Bulletin le Québec rural

Novembre-Décembre 2014, vol. 23, no 7

Cette édition du Québec rural sera la dernière produite par l’équipe de Solidarité rurale du Québec

Éditorial
Mot du secrétaire général
Dossier spécial : statistiques sur la ruralité
Ailleurs dans le monde
Brèves
Agenda

EDITORIAL

S’opposer, s’affirmer, proposer!

par Claire Bolduc,
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Ça y est! On est dedans. À l’intérieur de ce tsunami annoncé. Au moment d’écrire ces lignes, on sait que les conseils d’administration de nos centres de santé et services sociaux seront bientôt abolis, peut-être sous le bâillon. Les conférences régionales des élus sont abolies. Les MRC cherchent comment maintenir leur CLD, ou choisissent de l’abolir. Les commissions scolaires étudient un scénario qui supprime la moitié d’entre elles. Des ministères régionaux sont abolis et des directions régionales fusionnées. Les CJE ont reçu la confirmation qu’ils auront désormais un financement à la pièce, selon les référencements d’Emploi-Québec, plutôt qu’à la mission. Alors que l’intervention à la tête de pipe n’a jamais été à l’avantage des milieux ruraux… On apprend que les postes des agents Villes et villages d’art et de patrimoine ne seront plus soutenus par l’État. Que les subventions à la route verte sont abolies. Au 31 mars 2015, les MRC ne seront plus tenues de respecter le mandat des agents de développement rural. Les sommes allouées pour ces postes stratégiques pour la mise en œuvre de la PNR pourront être affectées à d'autres professionnels. Dès 2016, ces sommes ainsi que les Pactes ruraux, feront partie d’une enveloppe globale associée au Pacte fiscal et les MRC pourront en disposer selon les priorités qu'elles auront établies sur les différents territoires du Québec. Aussi bien dire que la Politique nationale de la ruralité n’existe plus. Et… Solidarité rurale du Québec perd son mandat d’instance-conseil.
Mais que peut-on faire?

D’abord s’opposer. Refuser le mensonge, refuser l’inacceptable.
Il y a des choses qui sont inacceptables, il y en a d’autres qui soulèvent de sérieuses questions dans ce qu’impose le gouvernement. Il y a aussi beaucoup de désinformation. Relevons d’abord que l’austérité ne nécessitait aucunement l’abolition des structures en place. Réfléchir nos façons de faire ne veut pas dire tout détruire. Et qu’ont donc en commun la réforme de la santé et celle du développement? Éliminer la participation de la société civile et des acteurs du développement des tables de décision d’abord, détruire les lieux de concertation et de dialogue établis ensuite. Ces choix ne sont donc pas financiers. Alors à quoi servent-ils? Pourquoi?

L’abolition des CRÉ et des CLD au profit des MRC, pose d’énormes questions. En rencontre, le ministre nous a informés de sa volonté de passer d’une relation de gouvernement à groupes de pression, en ciblant les deux unions municipales, à une relation de gouvernement à gouvernement, d’où la nécessité de « purifier », simplifier les échanges avec elles. D’où encore la nécessité d’abolir les autres organisations porteuses de visions de développement que sont les CRÉ, que sont les CLD, qu’est Solidarité rurale du Québec.

Soyons clairs : en dehors de ces deux unions et leurs représentants, personne ne pourra s’adresser au ministre; ils seront ses uniques interlocuteurs. Est-ce que c’est ce que nous voulons?

S’opposer, c’est aussi refuser qu’on détourne le sens des mots lorsque l’on parle de décentralisation. On ne transfère pas des pouvoirs de l’État vers les MRC présentement. On prend plutôt des pouvoirs déjà présents sur les territoires pour les centraliser aux mains des MRC, sans fixer désormais aucun cadre, et on les oblige à faire des choix permanents sur une situation temporaire, avec des finances précaires. Ils choisiront « le moindre mal » sur des questions majeures. Et tout ça, pour l’année 2015 seulement… Après? Qui sait?? Rappelons-nous au passage que les investissements économiques ne devraient jamais servir les intérêts électifs1. La disparition des CLD n’ouvre-t-elle pas cette possibilité?

À Solidarité rurale, nous avons toujours soutenu que l’État central a un rôle majeur dans notre société : celui d’établir une vision, de préciser les orientations, de fixer les objectifs, de déterminer la taille de la patinoire et les règles du jeu en somme. Si les milieux ruraux ont toujours milité pour qu’on leur laisse le choix des moyens, pour que l’on module l’action selon les milieux, jamais au grand jamais ils n’ont plaidé pour que l’État renonce à son rôle essentiel de porteur de vision nationale, comme il le faisait à travers la Politique nationale de la ruralité par exemple. Or, c’est à ce niveau qu’est le désengagement. Une fois encore, pourquoi ce choix?

Et parlons un peu de ces coupures financières. Des coupes qui, additionnées les unes aux autres, nous priveront de dizaines de professionnels, pour la plupart jeunes, diplômés universitaires, bourrés d’expertise et d’enthousiasme, ces jeunes, précisément, que nous avons mis des années à ramener dans nos campagnes. Que feront-ils dans un an, dans deux ans? En Gaspésie, sur la Côte-Nord, en Abitbi-Témiscamingue... Seront-ils encore là, à dynamiser nos milieux par leur engagement? Poser la question, il me semble, c’est y répondre. Comment peut-on accepter cela?

Ensuite, s’affirmer. Dire ce que nous sommes.

Le Québec est hétérogène. Oui, les villes sont importantes, mais les régions le sont tout autant! Selon le Conference Board, avec 25 % de la population, le monde rural contribue à hauteur de 30 % du PIB du Québec2.

La dynamique de développement rural est très différente de l’urbaine. Si en ville, on peut compter sur le privé pour s’occuper de tout, du Festival Juste pour rire en passant par la desserte d’Internet haute vitesse, en milieu rural, les gens ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

Et ce « eux-mêmes », s’incarne dans les CRÉ, les CLD. En asseyant ensemble les élus, les acteurs du développement que sont les entrepreneurs, mais aussi les jeunes, les gens de la forêt, de la culture, etc., on en est arrivé en ruralité à cerner les actions à entreprendre pour assurer la vitalité de nos milieux, de la région, et à se mettre en action pour développer notre territoire, à hauteur de MRC, avec les CLD, et à hauteur de région avec les CRÉ. Ce sont donc des outils de développement collectif particulièrement précieux en milieu rural. Des outils payants3. Des outils souples. Voilà pourquoi les CRÉ porteront tantôt le dossier du transport collectif, comme celle de la Gaspésie, tantôt celle de l’attraction de main-d’œuvre, comme celle de l’Abitibi-Témiscamingue, qui doit gérer un boom économique lié au secteur minier.

La différence rurale, c’est aussi, même si nous avons fait énormément de chemin depuis 1991, des milieux différents socioéconomiquement parlant. Les milieux ruraux sont, de par leur nature, plus fragiles que les autres. À titre d’exemple, 21 % de la population urbaine a un diplôme universitaire. En ruralité, c’est 9,8 %. Bien sûr que la structure économique est différente, mais il reste que les milieux ruraux ont cruellement besoin de l’expertise qui se trouve dans les organisations de développement comme de celle que l’on retrouve dans les commissions scolaires et dans le milieu de la santé et des services sociaux. C’est sur ces prémisses fondamentales de différence, de droit à la prospérité à même cette différence, que se sont organisées les outils de développement depuis plus de 30 ans.

Et c’est ce qu’on balaie aujourd’hui du revers de la main. Un instant!

Finalement… proposer.

Affirmons haut et fort qu’il y a des principes qui doivent continuer de s’incarner dans ce nouveau modèle que nous impose le gouvernement :

  • La valorisation de la personne dans son milieu de vie;
  • La diversité des opinions et le dialogue;
  • Les différences entre les régions;
  • Le respect et la promotion des valeurs régionales et locales;
  • La prise en charge, par le milieu, de son avenir;
  • L’équilibre dans le partage du pouvoir et l'équité économique;
  • La diversification de la base économique régionale;
  • La concertation des partenaires locaux et régionaux;
  • Le droit des Québécoises et des Québécois à habiter et vivre dans leur région.

Rappelons aussi à nos gouvernants qu’en démocratie, on aspire toujours à l’égalité des chances… On doit, au Québec, reconnaître qu’il existe DES ruralités, et qu’elles n’ont pas toutes les mêmes chances. Sur ces bases, peut-on, après des années de vœux pieux, s’entendre sur le fait qu’il existe des MRC et des régions périphériques, d’autres centrales, d’autres urbaines, et établir des façons de faire, tant au niveau de la gouvernance que des outils de développement, différenciés pour chaque type de territoire?

Mais d’abord, d’abord…

Il faut refuser de se laisser endormir par les beaux discours et les promesses de politiciens. Il faut se parler, à hauteur des territoires de MRC, à hauteur de région. Il faut se parler, se dire nos quatre vérités. Débattre pour savoir si on doit accepter ou refuser ce que nos gouvernants cherchent à nous imposer. Se demander si on pourra encore assurer le développement de nos régions avec ce qui restera sur nos territoires après le tsunami, si on est prêts à renoncer à trente ans de batailles pour avoir une prise collective sur notre avenir. Et décider si on est prêts à se mobiliser, à parler d’une seule et même voix, à se battre, encore une fois… Et agir! Pour nous! Parce qu’une fois de plus, on n’aura pas eu de cadeaux, on aura gagné à force de bataille chaque parcelle d’outil pour notre développement, pour nos milieux!!

Tant vaut le village, tant vaut le pays.

1 http://argent.canoe.ca/nouvelles/investissement-quebec-jette-largent-par...

2http://www.mamrot.gouv.qc.ca/pub/developpement_regional/ruralite/groupes_travail/etude_conferenceboard.pdf

3http://www.lapresse.ca/la-tribune/opinions/201411/23/01-4821668-les-cld-un-investissement-payant.php?

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MOT DU SECRETAIRE

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Après à peine plus d’un an dans mon poste de secrétaire général de Solidarité rurale du Québec, je reprends le clavier pour vous dire au revoir.

Après avoir bien compris les enjeux de la coalition et avoir développé une vision claire de la destination que je proposais pour Solidarité rurale, un lieu de concertation et un espace de partenariat où les corporations intéressées pourraient contribuer au développement d’une réflexion pragmatique et d’outils pour nos communautés rurales, nous devons fermer les lumières du bureau de la rue Notre-Dame à Nicolet, tout près de Trois-Rivières.

Je n’éprouve aucune fierté à commettre ces gestes. Comme je n’ai pas ressenti de joie en annonçant aux employés la fin de leur emploi au sein de l’équipe. Comme aucun employé n’éprouve du plaisir présentement à liquider les documents, faire l’inventaire des meubles, ressasser des souvenirs de 22 ans d’activités.

Nous sommes des centaines au Québec à vivre cette situation. Le gouvernement de la province de Québec procède à un grand ménage de nos façons de faire et de nos institutions collectives. Il en a le droit. Il fut démocratiquement élu. Par contre, il y a la manière.

Au Québec, nous sommes accueillants. Généralement bien élevé. On n’arrive pas les mains vides en visites chez des amis ou dans la famille. On se pile dessus un peu pour éviter de déplaire aux autres.

Lorsque je suis arrivé en poste en septembre 2013, je vous disant que j’étais fier de venir offrir mon humble contribution à la chose collective. Et bien là, ce gouvernement avec ses façons de faire ne me donne plus le goût de contribuer au collectif. Par son attitude déplaisante, il me donne le goût de lui tourner le dos. Avec l’utilisation mensongère des faits, il me donne le goût de ne plus collaborer avec lui. On dirait que ce gouvernement n’est pas le mien. Qu’il ne me représente pas. Comme celui à Ottawa.

Dommage.

Nous fermons les lumières du bureau de la rue Notre-Dame. Martine (11 ans de travail au sein de SRQ), Cynthia (7 ans), Caroline (6 ans), Carole (8 ans), Line (5 ans), Amélie (2 ans), Anne (1 an) et Christian (1 an) quittent le bureau. Ils deviennent des membres de la coalition. Je vous invite à faire de même. Pour nous aider collectivement à ne pas tourner le dos à la chose publique. Pour bâtir ensemble et pour incarner ce Québec que nous désirons.

Des mots, des paroles et des rêves.

Honnêtement, je nous souhaite collectivement bonne chance. L’hiver sera long. Je sais par contre que brule dans mon village depuis 1667 un beau feu de foyer. On n’efface pas la ruralité en faisant des coupures. La ruralité fait partie de notre identité québécoise.

Je vous souhaite une bonne route.

 

La transition énergétique de l’économie québécoise : un outil de développement de nos collectivités

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Lors d’un forum organisé dans le cadre du Sommet international des coopératives tenu à Québec du 6 au 9 octobre, j’ai eu l’opportunité d’assister à des présentations portant sur la transition énergétique du Québec de messieurs Robert Laplante, directeur de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), François L’Italien, chercheur à l’IREC, et Normand Mousseau, professeur à Université de Montréal et co-président de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec. 

Selon M. Laplante la réduction de notre dépendance au pétrole ne signifie pas que nous devons nous débarrasser du pétrole, mais plutôt utiliser différemment cette ressource non renouvelable. Présentant des éléments du rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec1, M. Mousseau a affirmé que le Québec est privilégié de pouvoir compter sur plus de 47 % d’énergie renouvelable. Certains États avancés dans leur transition énergétique comptent encore sur une faible proportion d’énergie renouvelable, comme l’Allemagne qui utilise approximativement 10 % d’énergies vertes. Au Québec, les 53 % d’énergie fossile sont principalement utilisés pour le transport et le chauffage.

Dans un contexte où l’on réfléchit à la dynamisation de notre économie, selon M. Mousseau, le Québec gagnerait peu d’investir massivement dans l’électrification des véhicules, car la majeure partie de ces investissements servirait à acquérir des biens (dont des véhicules) fabriqués à l’extérieur du Québec. Afin de viser une réduction du pétrole dans le transport (secteur qui utilise 29 % de l’énergie totale au Québec), les solutions sont davantage du côté du développement du transport collectif et de l’aménagement du territoire. Une planification plus rigoureuse du développement territoriale éviterait, selon le rapport de la Commission, d’énormes dépenses d’énergie. Afin de permettre cela, la loi sur l’aménagement et l’urbanisme devrait être revue afin de faire payer aux utilisateurs les coûts réels de l’étalement urbain.

Selon les panélistes, la transition ne sera possible qu’en s’appuyant sur une mobilisation sociale et technique. Plusieurs exemples et applications démontrent le sérieux des différentes options de transition. Nous devons maintenant passer de la phase des projets pilotes à des applications collectives à plus grandes échelles afin de poursuivre la mise en place d’une culture du succès et offrir des exemples de réussites aux Québécois.

M. L’Italien a rappelé que la structure actuelle de l’économie est aussi une construction des rapports sociaux de la propriété. Tenter d’agir sur la structure de l’économie, c’est aborder des notions conflictuelles et politiques du choix d’un modèle de développement. L’exploitation des économies alternatives est principalement basée sur un modèle d’exploitation des filières par l’entreprise privée. Par exemple, les premiers appels de projets éoliens ne laissaient pas de place aux collectivités, ce qui a permis de créer le plus grand parc éolien dans le Nord-est américain, près du lac Alfred en Matapédia, administré par deux entreprises étrangères (Enbridge et EDF). 

D’autres modèles qui évitent la scission entre le capital et le territoire sont possibles au Québec et ces modèles d’affaires ont déjà largement fait leurs preuves. Les entreprises coopératives de travailleurs et de solidarité notamment sont des exemples d’entreprises enracinées dans leur milieu qui permettent une capture dans les collectivités territoriales des rentes liée à l’exploitation des ressources naturelles ET des sources d’énergie.

Les trois panélistes ont présenté un argumentaire convainquant sur l’utilisation de la biomasse afin de remplacer nos 24 centrales thermiques québécoise. Ces centrales déconnectées du réseau d’alimentation en hydro-électricité, en plus d’être polluantes, nécessitent l’importation de pétrole et contribuent négativement à la balance commerciale du Québec. Investir dans la conversion de ces centrales aux Îles-de-la-Madeleine et sur l’île d’Anticosti permettrait de réduire nos importations de pétrole, créait des emplois dans l’extraction et la transformation de la biomasse en région et développerait notre expertise en utilisation de la biomasse pour la chauffe à une plus grande échelle tout en assurant la capture de la rente au profit des collectivités. 

Selon les panélistes, nous possédons déjà l’expertise au sein du mouvement coopératif grâce aux efforts de la Fédération des coopératives forestières et de leur entreprise Forêt-Énergie. Ainsi des dizaines de projets ont permis la mise en place de chaufferies à la biomasse dans plusieurs régions du Québec. Un important partenaire financier, le Fonds d’action CSN, est déjà prêt à investir davantage dans ce domaine. Selon M. l’Italien, la Caisse de dépôt et placement a déjà investi par le passé dans des créneaux d’avenir, comme les barrages hydro-électriques. Le chercheur de l’IREC posait la question : « pourquoi la caisse de dépôt investit-elle depuis 2008 dans les opérations des sables bitumeux au lieu de le faire dans les projets de biomasse au Québec? » L'IRÉC soutenait dans une étude en 2012 2 que les placements directs de la Caisse dans des compagnies actives dans les sables bitumineux de l'Ouest canadien totalisaient 5,4 milliards $ en août 2012, soit 5 % des actifs. Ces investissements dans des initiatives industrielles de biomasse permettraient le positionnement d’entreprises dans des créneaux d’avenir porteur pour toute la société québécoise.

Enfin nous citons ici deux recommandations de la commission1:

  • Que le gouvernement du Québec coordonne et soutienne la création d’une véritable filière bois-énergie dans l’ensemble des régions forestières du Québec.
  • Que le gouvernement du Québec donne l’exemple en achetant des chaudières à la biomasse plutôt que des systèmes de chauffe à l‘électricité ou au gaz naturel – dans tous les projets de construction ou d’abandon du mazout, dans les régions où la biomasse forestière est disponible à des conditions concurrentielles.

Note 1 : http://consultationenergie.gouv.qc.ca/pdf/Rapport-consultation-energie.pdf
Note 2 : Se sortir la tête du sable - La contribution de la Caisse de dépôt et placement du Québec au développement des énergies fossiles au Canada, Éric Pineault et François L’Italien, IREC, février 2012

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PORTRAIT D'ICI

Différences entre l’urbain et le rural. Encore du chemin à faire?

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca  

Depuis la tenue des États généraux du monde rural en 1991, les milieux ruraux québécois ont connu un rattrapage important par rapport aux milieux urbains, en ce qui concerne beaucoup d’indicateurs, tels que le PIB, l’emploi et le revenu moyen des ménages1. Bien que la situation se soit améliorée dans bien des milieux,  il reste que des écarts demeurent toujours. Le tableau que nous vous présentons ici reprend des données tirées de l’ouvrage Comprendre le Québec rural2 que nous avons spécialement choisi pour illustrer qu’en matière de différence entre l’urbain et le rural, il reste encore du chemin à faire.

Quelques statistiques parlantes sur les différences
entre les milieux ruraux et urbains

Évolution (croissance) de la population de 1981 à 2011

Rural

14,9 %

Note : Les MRC entièrement rurales des régions ressources ont connu une décroissance de -5,75 %.

Urbain

25,9 %

Revenu d’emploi (2010)

Rural

32 574 $

Écart

15,6 %

Urbain

37 642 $

Revenu moyen des ménages ruraux (2010)

Rural

60 875 $

Écart

10,4 %

Urbain

67 962 $

Revenu moyen des ménages après impôts (2010)

Rural

51 958 $

Écart

7,5 %

Urbain

56 163 $

Niveau de scolarité –

% des 15 ans et plus, ayant un certificat, diplôme ou grade universitaire du bac. ou supérieur au bac. (2011)

Rural

9,8 %

Note : Entre 1986 et 2011, l’écart entre les ruraux et les urbains qui possèdent un diplôme universitaire s’est accru, passant de 6,2 % à 11,8 %.

Urbain

21,6 %

Structure de l’emploi dans les trois grands secteurs de l’économie (2011)

Primaire

Rural

7,7 %

Urbain

0,9 %

Secondaire

Rural

24,1 %

Urbain

16,5 %

Tertiaire

Rural

57,5 %

Urbain

74, 4 %

Évolution de la structure d’emploi du Québec rural (2001 à 2011)

Agriculture, foresterie, pêches et mines 

-14,5 %

Note : Entre 2001 et 2011

Ce sont ces deux secteurs qui ont subi les plus fortes diminutions d’emplois au Québec (-10,85 % et -9,9 %).

Fabrication, construction, services publics

-2,7 %

1 Voir l’article : « 20 ans d’évolution du monde rural. Un bref portrait statistique. »

http://www.bulletin.ruralite.qc.ca/Bulletin/edition-speciale-printemps-2...

2 JEAN, Bruno en collaboration avec Lawrence DESROSIERS et Stève DIONNE (2014), Comprendre le Québec rural, 2e édition revue et augmentée, Université du Québec à Rimouski – Chaire de recherche du Canada en développement rural – GRIDEQ – CRDT, 166 pages. Téléchargement gratuit : http://www.uqar.ca/files/developpement-rural/quebecrural2.pdf

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AILLEURS DANS LE MONDE

Des assurances collectives pour les habitants de Caumont-sur-Durance

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

Voilà l’innovation tant sociale qu’économique qui ballait tous les paradigmes établis en France dans l’univers des mutuelles. Même les maires de Paris et de Bordeaux ont contacté l’adjointe au maire de la petite commune de Caumont-sur-Durance pour explorer la transférabilité de cette brillante initiative qu’elle a eue. Plus de 300 communes se sont informées sur le sujet et à l’heure actuelle une douzaine de villes ont emboîté le pas.

Le tout découle des observations de l’adjointe au maire qui remarquait l’augmentation, sans cesse croissante, des demandes d’aide liées à la santé aux instances d’aide sociale. Il faut savoir que jusqu’au tiers des Français n’adhèrent pas à une mutuelle, c’est-à-dire à une assurance collective pour soins de santé complémentaires, soit par négligence, mais souvent par manque de moyen financier. Cette statistique a comme impact direct que certains problèmes de santé, non résolus à la base, dégénèrent et coûtent ensuite beaucoup plus cher à l’État.

L’adjointe cherchait à résoudre cette problématique qu’elle côtoyait quotidiennement et du même envol souhaitait faire renaître l’esprit de solidarité dans sa commune. Elle a donc entrepris cette démarche qui dura plus d’un an en formant un comité de pilotage où l’on retrouva entre autres des personnes du corps médical, un cadre retraité, un étudiant en commerce, etc. Afin d’offrir un contrat à prix raisonnable, l’équipe s’est d’abord affairée à recenser les besoins en santé des habitants de la commune. À l’aide de ces précieuses informations, la commune a été en mesure de dénicher des contrats communs d’assurances adaptés aux besoins de ses habitants et comportant de belles garanties pour la simple somme de 47 euros par mois. Sur les 4 600 habitants, 700 personnes ont adhéré sur le champ; à ce nombre s’ajouteront tous ceux qui attendent la fin de leur contrat actuel puisqu’il s’agit d’une économie moyenne pouvant aller jusqu’à 100 euros mensuellement! Comme quoi la proximité des services développés contribue parfois au « beau, bon, pas cher ».

Source : Les mutuelles communales : des territoires aux petits soins [http://www.agrobiosciences.org/article.php3?id_article=3881#.VFI6_MnOWs0]

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BREVES

TouchePasÀMesRégions.ca

Devant les annonces de coupures dans les outils de développement régional, une plateforme Web a été mise en place afin que les citoyens puissent se joindre au mouvement et se rallier au message de mobilisation pour le développement rural. En plus de la page nationale, des pages régionales ont également été mises en ligne. Les personnes désirant se joindre aux 1693 signataires (en date du 26 novembre) et appuyer la mobilisation peuvent le faire en se rendant au : www.TouchePasAMesRegions.ca.

 

Pétition en opposition au démantèlement des instances de développement des régions

Devant les coupures dramatiques dans les organisations ayant un rôle central dans l’occupation dynamique du territoire, une pétition a été mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale afin de demander au gouvernement du Québec de cesser le démantèlement contreproductif des instances de développement des régions et de maintenir intégralement leur financement afin de préserver la prospérité de notre nation. La pétition sera en ligne jusqu’au 1er janvier 2015. Signez en grand nombre!

https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-502...

 

Devenir membre de SRQ

La poursuite des activités de la coalition sera possible grâce aux membres de la coalition. Si vous ne faites pas déjà partie de la grande famille qu’est SRQ, nous vous invitons à devenir membres en vous rendant au : http://www.ruralite.qc.ca/fr/SRQ/Membership. Nous vous invitons également à parler de la coalition autour de vous et à inviter les gens de votre entourage à joindre la coalition.  

À l’avenir, la contribution des membres permettra le maintien et la mise à jour du site Internet de la coalition et de prendre la parole lors de divers événements afin que les ruraux disposent toujours d’une voix dans l’espace public.

 

Assemblée générale extraordinaire

Une Assemblée générale extraordinaire aura lieu le 10 décembre 2014 à Trois-Rivières à la Salle Félix-Leclerc, 1001, rang Saint-Malo à partir de 9 h 30. Nous comptons sur vous pour être de cet événement qui sera déterminant pour l’avenir de Solidarité rurale du Québec. Si ce n’est déjà fait, vous pourrez, si vous le souhaitez, appuyer Solidarité rurale et devenir membre, directement sur place.

 

Du côté de SRQ

En raison des coupures annoncées, le conseil d’administration de Solidarité rurale du Québec a dû prendre la difficile décision de mettre à pied les employés de l’organisation. Cette décision sera effective le 9 décembre prochain. À compter de cette date, le bureau sera définitivement fermé. Vous pouvez voir sur notre page Facebook un portrait de chacun de nos employés.

 

Message de l’équipe de Solidarité rurale

Voilà, notre engagement auprès de Solidarité rurale du Québec se termine dans des conditions que l’on ne souhaiterait pas à nos pires ennemis, à quelques semaines de Noël, avec deux semaines de préavis. Vous nous connaissez, dans cette tourmente, nous gardons malgré tout le moral, et nous nous inquiétons beaucoup plus pour la grande famille du développement et pour l’avenir de la Coalition que pour nous-mêmes.

Avant de partir, nous tenions à ce que vous sachiez combien nous nous sommes sentis privilégiés de travailler à vos côtés. Développeurs, agents, élus, citoyens engagés, chercheurs, penseurs, ruraux, rurales, régionalistes et ruralistes… si vous saviez combien de fois nous avons été impressionnés par votre ingéniosité, par votre résilience, par votre passion. Suivant votre exemple, nous nous refusons à nous laisser abattre, même si tout nous y appelle.

Nous avons fait de notre mieux, comme équipe, pour porter l’héritage de Solidarité rurale, pour porter la Déclaration du monde rural, qui était placardée sur nos murs et dans nos cœurs, pour qu’elle continue de résonner dans le contexte contemporain. Nous ne serons plus là comme employés. Mais nous continuerons d’y être comme membres, comme bénévoles pour certains d’entre nous. Et nous espérons que vous ferez de même. Parce que la voix de la Coalition est essentielle à la société.

Merci,

L’équipe de Solidarité rurale du Québec

Dans l’ordre habituel :
Rangée du bas : Carole Pratte, Amélie Germain, Christian Thivierge
Rangée du haut : Anne Vadeboncoeur, Caroline Jacob, Cynthia Rivard, Martine Thibeault, Line Lavoie

 

Pour rester en contact avec la Coalition

Comme il n’y aura plus de secrétariat,  il sera important de nous suivre via Facebook et Twitter. 

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AGENDA

6 novembre (C. Bolduc)
Montréal. Participation au 15e anniversaire du Réseau des femmes en environnement

7 novembre (C. Bolduc)
Drummondville  Conférencière à la journée du secrétariat intersyndical des services publics (SISP)

10 novembre (A. Vadeboncoeur)
Trois-Rivières. Participation au Comité loisir rural de l’UQTR

12 novembre (C. Bolduc, C. Thivierge et toute l’équipe)
Québec. Conférence de presse

13 novembre (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Jacob)
Conférence téléphonique. Comité exécutif de SRQ

14 novembre (C. Bolduc)
Bécancour. Conférencière au Mémento culturel de la MRC de Bécancour

24 novembre (C. Rivard)
Québec. Panéliste-conférencier lors de la table ronde de la journée sur la ruralité et la santé de l’INSPQ dans le cadre des JASP 2014

24 novembre (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Jacob)
Trois-Rivières. Conseil d’administration extraordinaire de SRQ

10 décembre (C. Bolduc, C. Thivierge)
Trois-Rivières. Assemblée générale extraordinaire de SRQ

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Octobre 2014, vol. 23, no 6

EDITORIAL

La solidarité existe-t-elle encore?

par Claire Bolduc,
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Ce qui compte vraiment ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément - Albert Einstein

Au début, ce n’est qu’une petite secousse, une vibration accompagnée d’un bruit sourd. Qui enfle peu à peu. Soudain, la menace apparaît, réelle, plus grosse, plus grande que ce que l’imagination pouvait concevoir. Et voilà : le tsunami déferle, sans pitié, balayant tout sur son passage, ne laissant, en se retirant, que désolation et humains meurtris, démunis…

Cette image de tsunami, c’est celle que j’ai en tête en ce moment en prenant connaissance de l’actualité. Pas tant l’image des coupes et de l’austérité — bien qu’il y ait là aussi matière à inspirer des visions de tsunamis —, mais celle des confrontations et des dissensions qui émergent en ce moment, entre des alliés de longue date, des compagnons de lutte qui, ensemble, ont été en mesure de gagner tant de batailles et qui, désormais, se déchirent pour un bout de pouvoir ou pour simplement exister…

La solidarité est éminemment fragile devant la menace, dans le danger. Chaque personne, chaque organisation voit son univers se rétrécir; le monde autour devient flou. Il n’existe plus que son travail, sa mission, sa raison d’être… Sans même s’en rendre compte, l’humain ou l’organisation passe en mode survie, parce qu’à tort ou à raison, on croit qu’on ne peut compter sur personne d’autre que sur soi…. Et nous devenons en perpétuelle confrontation les uns envers les autres.

La solidarité existe-t-elle encore? Alors que les menaces planent, que les différences nous inquiètent, pourquoi ne pas les transformer en force pour nous mener plus loin dans nos échanges, le plus naturellement possible, et partager notre authenticité en toute modestie?

Le monde rural change sans cesse. Il a changé. Il changera demain encore. Dernièrement, nos amis de Sol et Civilisation en France me posaient une question coup de poing : le rural existe-t-il encore? Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est le rural. Pour nous, c’est d’abord un rapport à l’espace, à l’autre et au temps unique, différent de ce que l’on trouve dans d’autres milieux. Une conscience plus aigüe de ces rapports, qui nous provient peut-être de l’observation des grands cycles et des grandes règles de la nature, des interrelations, du temps qu’on ne peut maîtriser, du fragile équilibre dans lequel tout évolue. C’est une intelligence de la terre, une sagesse populaire que nous avons en commun.

Cet angle d’observation nous amène à comprendre que le monde dont nous faisons partie n’est pas mécanique, mais bien organique, vivant, avec tout ce que cela implique de patience, d’équilibre qui se recrée sans cesse. De là viennent les valeurs de prise en charge, de solidarité, d’innovation, de rééquilibrage des pouvoirs, de diversification économique qui sont inscrites dans la Déclaration du monde rural que nous portons.

Le gouvernement revoit présentement tous ses programmes, toutes les structures. Il y a longtemps à Solidarité rurale que nous militons en faveur d’une décentralisation, pour que les acteurs du développement sur les territoires de MRC puissent donner leurs propres réponses aux défis nationaux, pour qu’ils puissent s’appuyer sur l’intelligence collective pour mettre en place des solutions qui leur conviennent, qui leur ressemblent. N’est-ce pas là l’assise d’un réel développement durable?

Mais pour que cela soit possible, encore faut-il qu’il existe encore des structures et des programmes qu’eux considèrent comme étant efficaces au bout de l’exercice! L’État ne peut donc faire l’économie d’une analyse territoriale dans sa révision! Encore faut-il aussi que la décentralisation se fasse dans le respect des compétences de chacun, et dans le dialogue, plutôt que dans la confrontation.

Le monde rural change, il a changé, je le répète. Et il n’est pas à l’abri de l’individualisme et du cynisme ambiant. En ces temps d’austérité à laquelle on donne des allures de grande crise, notre pire ennemi potentiel, c’est nous-mêmes. Passer en mode survie, en mode « je », en mode « mon organisation » est un luxe dont nous paierons tous le prix.

Plus que jamais, nous avons besoin les uns des autres, c’est une nécessité pour le monde rural!

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MOT DU SECRETAIRE

Les acteurs du développement, des tisserands de résilience

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

À la veille d’un important exercice de révision des programmes et de possibles rationalisations et réorganisations des mandats des acteurs du développement du Québec, il apparaît intéressant d’examiner nos politiques de développement et particulièrement les liens qui se manifestent entre les acteurs du développement rural.

L’examen des politiques rurales du Québec et du Canada réalisé par l’OCDE en 2010 a démontré que la vision développée par le gouvernement pour ses régions rurales stimule leur développement. La Politique nationale de la ruralité, l’une des approches d’appui au développement rural parmi les plus avancées dans les pays de l’OCDE, est centrée sur le renforcement des capacités des collectivités. Il n’est plus à démontrer, aujourd’hui, que le développement social et le renforcement des capacités collectives sont des préalables à un développement économique durable. Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi la PNR est pilotée par un ministère distinct de ceux qui régissent l’agriculture et le développement économique.

Toujours selon cet examen de l’OCDE, les performances de la PNR peuvent toutefois être améliorées. « En particulier, il serait pertinent de mieux intégrer les objectifs de développement territorial, collectif, économique et entrepreneurial et de renforcer davantage encore le rôle de l’échelon supralocal (MRC) dans la gouvernance territoriale. »

Historiquement, les MRC ont été créées pour mieux coordonner le développement territorial, renforcer la cohésion entre les municipalités et améliorer l’efficience par le biais des économies d’échelle. Progressivement, les MRC ont agi sur leur développement économique et le soutien de l’emploi. Les CLD, structures essentielles du développement économique local cofinancées par le gouvernement provincial et les MRC, sont venus achever le travail de ces dernières dès 1998.

Ces deux entités forment l’unité de base de la gouvernance économique de nos territoires ruraux. Autour de ce noyau gravitent d’importants acteurs (SADC, CDEC, CDC, CRÉ, CLSC, commissions scolaires, etc.) qui complètent le travail de diversification économique. La coordination de ces multiples acteurs est assurée par le gouvernement et demeure une délicate tâche d’équilibriste. L’intégration des politiques économiques et l’adaptation des programmes sectoriels aux conditions rurales sont aussi un enjeu. Solidarité rurale du Québec prône une approche territoriale en réponse à ces défis ou, autrement dit, la possibilité pour les régions de moduler les programmes provinciaux à leur réalité.

La diversité est source de résilience en biologie. La diversité des acteurs, avec leurs historiques et leurs approches, permet le maintien d’une toile résistante aux soubresauts. Il est temps de réfléchir collectivement aux orientations de développement que nous désirons pour notre Québec et à la façon dont les acteurs peuvent travailler plus étroitement afin de maximiser leur efficience et l’utilisation des fonds que les contribuables confient à ces organismes. Chez Solidarité rurale du Québec, nous croyons que pour assurer la prospérité de tous, nous devons réagir aux changements rapides ou lents de l’économie en optimisant les ressources existantes et en intégrant les outils de développement dans une culture de partenariat. Ceci permettra aux entrepreneurs ruraux de tirer avantage des richesses naturelles et de réinvestir dans la diversification économique.

En conclusion, notons que, selon l’OCDE : « Le budget plutôt limité de la politique rurale prouve que des politiques territoriales décentralisées à petit budget peuvent être efficaces si elles sont compatibles avec les aspirations locales. »

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PORTRAIT D'ICI

Allo transport : un organisme + deux MRC = un comté!

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca  

Le transport en milieu rural a été un sujet d’actualité au Québec cet été. Profitons de l’occasion pour regarder de plus près un modèle québécois de transport collectif.

Allo transport est un service de liaison qui a pour mission d'orchestrer le transport collectif et le covoiturage pour offrir à la population une formule peu coûteuse de transport communautaire. Innovateur, ce service de transport se déploie sur deux MRC, Maria-Chapdelaine et Domaine-du-Roy, couvrant ainsi tout le comté de Roberval. La Corporation du transport collectif comté Roberval inc., un organisme à but non lucratif, a été créée en 2004 pour chapeauter le service.

Entre autres objectifs, Allo transport facilite l'accès aux différents types de transport. Il répertorie et met au services des usagers des places disponibles dans les véhicules de transport collectif (autobus scolaires, transport adapté, etc.) et dans les véhicules de particuliers (automobiles, camionnettes, etc.) qui circulent dans le comté ou qui se dirigent vers l’extérieur. Depuis mars dernier, la gestion de la banque de covoiturage se fait à l’aide d’une application développée pour l’organisme et qui intègre Google Maps.

Au fil des années, la crédibilité grandissante de la Corporation lui a permis d’augmenter le nombre d’ententes de service avec différents organismes, notamment le Carrefour jeunesse-emploi, les Maisons de la famille de Roberval et de Dolbeau-Mistassini, les centres d'éducation des adultes et de formation professionnelle de la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets, le Juvénat Saint-Jean de Dolbeau‑Mistassini, le CSSS Domaine-du-Roy ainsi que la Coopérative Nimilupan Nitshinatsh de Mashteuiatsh.

En 2013, Allo transport a effectué 36 563 déplacements (dont le tiers en covoiturage) sur tout le territoire du comté, portant ainsi le nombre de déplacements total à 162 351 depuis sa mise en service. Les principaux motifs de déplacement étaient les loisirs (17 100 déplacements) et le travail (11 900 déplacements).

Site : www.allotransport.com

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AILLEURS DANS LE MONDE

Le défi du transport actif pour les écoles rurales de l’Iowa

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Le transport actif est souvent un défi pour les régions rurales en raison des distances à parcourir plus grandes qu’en ville et du manque d’infrastructures sécuritaires et adéquates. Dans la foulée du programme national américain « Safe Routes to School », un programme plutôt conçu pour les milieux urbains et pour lequel il n’existait aucun modèle d’application en région rurale, les écoles de six comtés ruraux du nord-est de l’Iowa ont adapté les activités proposées à leur réalité pour encourager les jeunes à adopter un mode de transport actif.

Dans les régions urbaines, le programme permet l’amélioration et la construction d’infrastructures près des écoles (trottoirs, passages pour piétons, pistes cyclables, etc.), la tenue d’activités de sensibilisation ainsi que la mise en place de mesures incitatives. Les écoles de l’Iowa ont repris certaines mesures instaurées en milieu urbain telles que des autobus pédestres ou des trains de vélos chaperonnés par des parents, mais des activités adaptées à leur situation ont dû être imaginées. Dans les communautés à faible densité de population, des stations de débarquement ont été mises en place, inspirées des stationnements incitatifs des réseaux de transport en commun : les parents se rencontrent et marchent avec les enfants le reste du trajet jusqu’à l’école.

Malgré toutes les bonnes intentions, la marche et le vélo ne sont pas nécessairement des options pour se rendre à certaines écoles. La promotion de l’activité physique et du transport actif se réalise alors autrement : par exemple, le programme a permis la mise sur pied d’un club de kilométrage au sein duquel les étudiants peuvent amasser des récompenses en marchant sur une piste extérieure ou dans le gymnase, et certains professeurs ont intégré l’activité physique à leur programme d’enseignement régulier en utilisant des techniques comme « Stories in motion », où les jeunes miment activement une histoire.

Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Le rapport annuel d’activité de 2013-2014 montre que, pour l’ensemble des six comtés, c’est 14 % des étudiants qui marchent ou roulent jusqu’à l’école alors qu’en 2011-2012, c’était 22 % des jeunes.

Source: “Getting Rural Kids Walking and Biking : A Case Study From Northeast Iowa”, par Tanya Snyder, http://usa.streetsblog.org/2014/07/22/getting-rural-kids-walking-and-bik...

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BREVES

Zebrea : source d’inspiration

Par Cynthia Rivard,
crivard@solidarite-rurale.qc.ca

Un bébé et son parent qui enseignent l’empathie à des enfants, une application mobile qui permet de faire du microbénévolat, des boîtes à donner… voilà un aperçu de ce qui vous attend sur le site de Zebrea, média des solidarités créatives. Avec comme objectif de sensibiliser et d’inspirer la communauté en valorisant les initiatives porteuses de sens, Zebrea recense une foule de projets de partout, en plus de dresser le portrait de gens qui changent le monde. Une source à consulter souvent! http://zebrea.com/

 

Wikicité : la citoyenneté à l’ère numérique

Par Cynthia Rivard
crivard@solidarite-rurale.qc.ca  

L’ère numérique crée tout un bouleversement dans les façons de faire et de voir, mais elle ouvre également tout un lot de possibilités. L’Office de consultation publique de Montréal dévoilait ces possibles concernant la participation citoyenne en organisant l’événement Wikicité en février dernier. Visualisation 3D de projets d’aménagement en temps réel grâce au téléphone intelligent, consultations Web sur les budgets municipaux et cocréation étaient des sujets abordés. Généreusement, l’organisation rend maintenant disponible un site Web permettant de mieux connaître les enjeux, mais également les possibilités de l’ère numérique par le biais d’une présentation de pratiques et d’outils prometteurs. L’Office montre comment elle-même appliquera les enseignements reçus lors de l’événement et présente un lexique, question de s’y retrouver dans tout ce nouveau vocabulaire. Pour y accéder : http://wikicitemtl.com/ 

 

Néorurale.ca : blogue sur le lifestyle néorural 

Par Cynthia Rivard
crivard@solidarite-rurale.qc.ca

Cassiopée Dubois et ses comparses explorent tous les « racoins » du mode de vie rural dans leur blogue Néorurale.ca. Créé pour « laisser la parole aux néoruraux afin qu’ils y expriment leur expérience, leur vision de la ruralité et ce qui les a poussés à s’établir en région », le blogue aborde avec humour la différence rurale. Pour en savoir plus : http://neorurale.ca/

 

Le Prix Ruralia-Desjardins : 40 000 $ en bourses!

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Pour une quatrième année, Solidarité rurale du Québec et le Mouvement Desjardins remettront le Prix Ruralia-Desjardins. Le prix sera remis à quatre projets d’initiative citoyenne qui auront su mobiliser l’ensemble de leur communauté rurale et se démarquer par leur aspect rassembleur et novateur.

En nouveauté cette année, quatre bourses seront remises : soit un grand prix de 25 000 $ et trois prix de 5 000 $. Pour connaître les critères d’admissibilité ou déposer votre candidature, visitez le site Internet du prix au : http://www.ruralite.qc.ca/fr/Outils/Prix-Ruralia-Desjardins .

La date limite pour le dépôt de votre candidature est le 2 décembre 2014.

 

Des nouvelles de la coalition

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

Solidarité rurale du Québec, en tant que coalition, cherche à se rapprocher de ses membres non seulement pour mieux les desservir, mais aussi pour nourrir les réflexions et les visions de la coalition. La dernière année a notamment servi à mieux comprendre leurs attentes. Les membres fondateurs ont tous été rencontrés et les membres corporatifs et individuels ont été sondés sur différentes questions. Dans la poursuite de cette démarche, un espace privilégié a été créé sur notre site Web. Cet espace membre sera appelé à évoluer pour répondre aux différents besoins.

Nous tenons à remercier tous nos membres, tant corporatifs qu’individuels, pour la confiance qu’ils nous témoignent. Nous profitons de l’occasion pour souhaiter la bienvenue à 15 nouveaux membres individuels, ainsi qu’aux organisations suivantes qui ont joint l’effectif de la coalition :

  • Localité de Radisson
  • MRC du Rocher-Percé
  • Municipalité de Cayamant
  • Municipalité de L'Ange-Gardien
  • Municipalité de Saint-Pierre-les-Becquets
  • Regroupement québécois des intervenantes et intervenants en action communautaire en CSSS

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AGENDA

1-2 octobre (C. Rivard)
Québec. Congrès de Place aux jeunes en région 

2 octobre (C. Bolduc)
Québec. Participation au forum sur la lutte contre l’intimidation

7 octobre (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture

8 octobre (C. Bolduc)
Montréal. Participation au grand cocktail-bénéfice d’Équiterre

9 octobre (C. Bolduc, C. Thivierge, A. Vadeboncoeur, C. Rivard)
Québec. Participation à la remise des Grands Prix de la ruralité

9 octobre (C. Bolduc)
Québec. Conférencière aux deux jours pour le leadership jeunesse de la Fondation Monique-Fitz-Back et du mouvement des EVB-CSQ

21 octobre (C. Bolduc)
Amos. Conférencière à la table ronde intergénérationnelle d’étudiants

21 octobre (C. Bolduc)
Amos. Conférencière à la semaine des bibliothèques publiques

22-23 octobre (C. Bolduc)
Montréal. Participation au 10e congrès de la Fédération des cégeps

27 octobre (C. Thivierge, A. Vadeboncoeur)
Nicolet. Rencontre du comité national des agents de développement rural

28 octobre (A. Vadeboncoeur, A. Germain, C. Jacob)
Nicolet. Forum de réflexion sur la ruralité périurbaine

29 octobre (C. Jacob)
Montréal. Participation au conseil d’administration du TIESS

30 octobre (S. Bellerose, C. Rivard, A.Vadeboncoeur)
Montréal. Participation à l’assemblée générale annuelle de la revue Kaléidoscope

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Septembre 2014, vol. 23, no 5

EDITORIAL

Malades de santé? 

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Au moment d’écrire ces lignes, j’ai en tête l’actualité des dernières semaines et ce débat sur la rémunération des médecins. On questionne, et c’est sain, le salaire des médecins, les primes à l’exercice de leur fonction et toutes ces mesures d’exception que l’on accepte en fermant les yeux pour garantir le bon fonctionnement de nos services de santé. Beaucoup plus discrètement, certains s’interrogent tout de même sur l’ensemble des conditions de fonctionnement de ce fameux système de santé, alors même que les discussions avec les pharmaciens sur les nouveaux pouvoirs que leur octroie en théorie le projet de loi no 41 sont au point mort et que les « super-infirmières » qui font merveille ailleurs au pays ne trouvent aucun espace d’exercice chez nous. Ne serait-ce pas là le vrai débat que l’on devrait tenir?

Le système de santé a besoin d’être réformé. Ça crève les yeux. Il craque de partout. 

L’entendez-vous craquer lorsque les hôpitaux des régions plus éloignées doivent dérouler la maison sur le bord du lac avec piscine creusée chauffée pour attirer un médecin? 

Entendez-vous sa plainte quand il donne des milliers de dollars à un médecin de dépannage, un médecin qui recevra une rondelette somme en plus de son salaire de base, de ces milliers de dollars que les gestionnaires locaux n’auront pas pour faire autre chose, comme offrir des services à domicile par exemple…?

Et lorsqu’un malade atteint du cancer doit faire de 4 à 6 heures de route pour recevoir des traitements alors qu’il devrait se reposer près des siens, l’entendez-vous se moquer doucement de nous? Et lorsqu’un médecin demande à une mère épuisée de nuits blanches de ramener son bébé à l’urgence pédiatrique, où elle devra attendre quatre heures et prendre la place d’une vraie urgence, chaque mois, pour qu’il pèse son enfant et ajuste sa prescription, l’entendez-vous rire?

Et pourquoi diable donne-t-on au médecin tant de pouvoir sur notre propre état de santé? À quel moment de notre histoire a-t-on décidé que le médecin était finalement un être tout-puissant? Et pas question ici de remettre en doute sa compétence ou la pertinence de son travail. Mais qu’on m’explique pourquoi tout le monde attend l’imprimatur du médecin pour savoir qu’il est en bonne santé. Et qu’on m’explique surtout pourquoi tout un système de santé repose sur la mainmise d’un seul corps de métier. Pourquoi l’infirmière et le pharmacien seraient-ils incapables de faire plus? Pourquoi les sages-femmes doivent-elles se battre tous les jours pour qu’on reconnaisse leur expertise? 

Les médecins sont spécialistes du corps humain et de ses dysfonctionnements, je veux bien. Mais pas des spécialistes de la santé. Parce que la santé, nous en sommes tous spécialistes en l’étant de la nôtre et de celle de nos communautés au premier chef. 

Réfléchissons un peu… On achète sans broncher des fruits et légumes d’ailleurs sans savoir dans quelles conditions ils ont été produits, quels pesticides ont été utilisés, la qualité du sol et de l’eau d’où ils proviennent alors que nous imposons les normes les plus strictes à nos producteurs agricoles. Et l'on s’attend, bien sûr, à payer le même prix, peu importe la provenance. Pourtant, nous sommes ce que nous mangeons… Voilà un premier sujet sur lequel nous pouvons avoir beaucoup de prise! 

Les enfants marchent de moins en moins pour aller à l’école, ne vont plus explorer leur voisinage, ne montent plus aux arbres, mais ont de plus en plus de cours de natation, de danse, de chant, de karaté, de gymnastique, de soccer, de hockey, et j’en passe… Et la performance prime sur le simple plaisir de pratiquer ces activités. Ils ne savent plus prendre le temps, simplement… Et on les trouve hyperactifs? Ou dépressifs? 

La moitié d’entre nous passe deux heures et plus par jour devant la télé, mais nous avons du mal à trouver du temps pour faire de l’exercice ou cuisiner.

Trouvez l’erreur. Et si la santé se résumait à agir de manière à être bien dans sa tête, dans son cœur et dans son corps? Un esprit sain dans un corps sain… Et si l’on se donnait vraiment les moyens de s’investir dans la prévention, personnellement et collectivement? 

Nous amorçons, comme coalition, une réflexion de fond sur la santé. Voilà un sujet à défricher qui promet des discussions passionnantes. Cependant, permettez-moi d’émettre un souhait : celui que le gros bon sens, la bonne vieille sagesse populaire, triomphe, au final, de ces débats. Car les spécialistes, si brillants soient-ils, ne devraient jamais prendre seuls les décisions. Rappelons-nous que ce sont des spécialistes qui ont eu la bonne idée de faire absorber à du bétail les restes de leurs congénères. Une belle idée en apparence, intellectuellement parfaite, mais contraire au gros bon sens. Une crise de la vache folle plus tard, avons-nous appris quelque chose?

Je nous le souhaite. 

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MOT DU SECRETAIRE

Une perspective historique à nos échanges portant sur l’éducation

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Dans le cadre d’un grand calendrier d’échanges et de consultations thématiques s’étalant sur presque 2 ans, les membres de SRQ sont invités à se prononcer sur leurs visions des grands thèmes de la société, de la santé aux richesses naturelles, en passant par l’entrepreneuriat rural et le territoire. Ces échanges se feront sous plusieurs formes, de la consultation électronique, à la rencontre de cuisine ou par de petits forums régionaux. Le premier des thèmes abordés est l’éducation et la méthode choisie est celle de l’échange en ligne. Les membres de SRQ ont donc eu la possibilité tout au long de l’été de se prononcer sur les prises de position historiques de la coalition face à l’éducation et de manifester leur intérêt pour la priorisation d’un enjeu plus qu’un autre.

Nous avons vu lors des dernières années plusieurs débats publics sur notre système d’éducation, principalement liés à son financement. Les compromis du Sommet sur l'enseignement supérieur, le contrôle des dépenses des commissions scolaires, l’abolition du gel ou l’indexation des frais de scolarité universitaire, le maintien des petites écoles de villages, la fermeture des commissions scolaires ou des directions régionales du ministère de l’Éducation et plus récemment la prise de position de jeunes libéraux pour la réorientation des cégeps sont quelques-uns des sujets qui ont animé la place publique (et les rues) au Québec. Ces enjeux sont certes importants, mais ne sont que le reflet de l’état de notre société, comme l’était à une autre époque le débat sur la déconfessionnalisation de l’éducation. Il convient d’en discuter tout en conservant en mémoire la longue traversée historique de notre système d’éducation. 

La coordination de l'éducation au Québec a pris de nombreuses formes tout au long de son histoire. Au temps de la colonie, l’éducation non obligatoire était offerte aux garçons et aux filles par des communautés religieuses distinctes. Suite à la Conquête, le nombre d’établissements et la qualité de l’enseignement diminuent fortement et restent sous le contrôle des autorités religieuses. Progressivement, on ouvre des établissements anglophones protestants. L’enseignement secondaire compte deux établissements en 1773 (Québec et Montréal) alors qu’à cette époque plus de 80 % de la population réside en milieu rural. L’enseignement formel est perçu comme étant la porte d’entrée à l’administration publique. Rappelons-nous que le ministère de l’Éducation et le Conseil supérieur de l’éducation n’ont été créés qu’en 1964 et que la Loi sur l’instruction publique, qui a réellement consolidé le système d’éducation et instauré la gratuité scolaire, n’a que 71 ans.

En somme, la présence d’établissements d’enseignement partout sur le territoire québécois est récente. De fait, la population rurale doit composer avec un certain retard en ce qui concerne son niveau de scolarisation (29 % des ruraux contre 19,8 % des urbains de 15 ans et plus n’ont aucun diplôme)1. Plusieurs facteurs expliquent ce fait. La recherche tend à démontrer l’importance de la présence d’établissements d’enseignement supérieur accessibles géographiquement. Car même à ces niveaux d’éducation, l’appui de la famille s’avère déterminant dans la réussite scolaire. Parallèlement, les recherches indiquent que la réussite scolaire est en lien direct avec l’importance accordée à l’éducation dans les milieux de vie, l’attachement aux établissements d’enseignement et l’enracinement des populations2.

Ces éléments apportent certainement des pistes de réflexion qui dépassent les aspects financiers de la question. Dans l’économie du savoir, la question de l’éducation est une pièce maîtresse pour le monde rural comme pour l’urbain. Et le savoir ne réfère pas qu’à des connaissances techniques pointues. Au contraire. Des chercheurs de l’Université de York démontraient récemment que les diplômés de sciences sociales à mi-carrière avaient un revenu supérieur à ceux des sciences de l’administration3. Ceci s’expliquant par une ouverture d’esprit supérieure, une vision plus globale des choses, une culture générale plus solide, etc., autant de qualités recherchées de nos jours chez les gestionnaires… comme chez les leaders, qui, citoyens ou employés peuvent faire évoluer positivement le cours des choses. 

Les résultats de la consultation sur l’éducation qui a eu lieu cet été seront disponibles au courant de l’automne. C’est un exercice intéressant qui s’amorce au sein de notre coalition, je vous invite donc à y participer en grand nombre. Si vous n’en faites pas parti et que vous êtes intéressé à y participer, vous pouvez le faire en devenant membre.

1 Bruno Jean, Comprendre le Québec rural, 2014, www.uqar.ca/files/developpement-rural/quebecrural2.pdf
2 Michel Peston, Chaire de recherche sur les conditions de vie, la santé et les aspirations des jeunes, La Presse, 2013
3 Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, « Payantes les humanités », Jobboom.ca, 2014

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PORTRAIT D'ICI

L’Écoterritoire habité de La Matapédia

Par Cynthia Rivard,
crivard@solidarite-rurale.qc.ca    

Inspiré des Parcs naturels régionaux en France, l’Écoterritoire habité de La Matapédia est une démarche de développement durable pilotée par la MRC. Il s’agit d’un modèle de prise en main qui poursuit six objectifs : diversifier l'économie locale, améliorer les infrastructures publiques, bonifier les services de proximité de base, favoriser la complémentarité et la solidarité entre les communautés, intégrer les principes du développement durable aux façons de faire et ramener les jeunes à la Matapédia.

Depuis 2006, la MRC est en effet engagée dans une importante démarche de planification de son développement. La Commission d’aménagement et de développement — où l’on retrouve des élus, mais également des représentants d'organismes de développement, des gens de l’éducation, du monde communautaire, de la santé, des affaires, de la forêt, de l’agriculture, de l’environnement, du tourisme, de la culture, de l’environnement ainsi que des citoyens — travaille, avec le soutien de la MRC, à concrétiser la vision 2007-2025 « Pour une collectivité confiante, solidaire, innovante et agissante ». L’Écoterritoire habité est la réponse.

Ce plan de développement durable s’appuie sur un sondage réalisé auprès des Matapédiens pour cerner leurs valeurs, ainsi que sur de nombreuses activités de consultation. Déjà, l’adoption de la dénomination « Écoterritoire habité » et la création d’un visuel comptent parmi les premières réalisations de ce plan, de façon à créer une image de marque qui avive le sentiment d’appartenance. Mais le plan va bien au-delà de l’image.

Répondant aux six enjeux ciblés, une série d’orientations et d’objectifs qui transcendent tous les secteurs touchant à la qualité de vie des Matapédiens ont été énoncés. Dans ce territoire d’un peu moins de 20 000 personnes réparties dans 18 municipalités dont 12 sont étiquetées dévitalisées, secoué à répétition par les crises forestières, les défis ne manquent pas. Mais les Matapédiens ont pour eux les plus grands atouts pour relever les défis qui sont les leurs : la solidarité et l’innovation. Ils en font, encore une fois, la preuve irréfutable. Pour en savoir plus : http://www.ecoterritoirehabite.ca/matapedia/accueil.html

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AILLEURS DANS LE MONDE

Des ruraux français font la promotion de leur ruralité

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Dans le nord-est de la France, la communauté de communes du Barséquanais a tenu une conférence sur la ruralité afin de lister les atouts de leur secteur et d’en faire la promotion. Sous le thème « Vivre en milieu rural, c’est possible », les divers intervenants du milieu étaient invités à partager leurs expériences de vie très diverses en milieu rural, avec le public et les étudiants en travail social, en immersion sur le territoire.

La beauté des paysages et la nature qui influent sur le quotidien des habitants, les relations humaines fortes, la solidarité bien présente, un tissu associatif important... voilà les principaux avantages de la ruralité relevés par les différents participants. Bien qu’ils aient vanté la possibilité de vivre en milieu rural, ils ont aussi abordé le prix à payer pour bénéficier de certains avantages : des problèmes de transports, l’accès un peu plus difficile à la culture ou aux activités sportives, des services qui disparaissent petit à petit, plusieurs embuches qu’ils pourraient subir. Mais ces ruraux ont su démontrer qu’ils ont choisi et non « subi » une ruralité « plurielle » pour offrir à leurs enfants un cadre familial où la solidarité prévalait, contrairement à en ville. Bien qu’ils ne puissent pas tout faire en milieu rural, ils vivent avec ce qui existe et les nombreuses propositions de la nature sur place.

Tous sont d’accord pour un engagement au service des autres et puisqu’ils se connaissent presque tous, tout paraît plus simple en cas de besoin. Les efforts locaux pour compenser certains manques et leur regard suffisamment large pour profiter des opportunités locales ne leur font rien envier aux citadins. Ce sont eux qui font vivre leur territoire.

Source : http://www.lest-eclair.fr/bar-sur-seine/plaidoyer-pour-la-vie-en-milieu-...

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BREVES

SRQ engagée dans un comité de pilotage

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Le projet de développement de partenariat de recherche sur les professions et les pratiques de développement collectif vise à mettre en place les conditions d'une nouvelle collaboration entre des milieux de pratique et des milieux universitaires impliqués dans l’action et l’intervention collectives au Québec. Aussi, le projet vise entre autres à mieux connaître et comprendre l’évolution des professions de développement collectif de même que les particularités de leurs pratiques. Le projet est dirigé par Denis Bourque, professeur à l’UQO et directeur de la Chaire de recherche du Canada en organisation communautaire (CRCOC). Le comité de pilotage est composé de chercheurs provenant de différentes universités (Université du Québec en Outaouais, Université d’Ottawa, Université de Sherbrooke et Université Laval) et de représentants de différentes organisations (Observatoire estrien du développement des communautés, Communagir, Regroupement québécois des intervenantes et intervenants en action communautaire en CSSS et de Solidarité rurale du Québec).

 

Publication sur le développement territorial intégré 

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

La Chaire de recherche du Canada en organisation communautaire (CRCOC) de l’Université du Québec en Outaouais a récemment publié une étude sur la MRC du Haut-Saint-François. Elle s’inscrit dans une série d’études pour dresser un portrait des pratiques de développement des communautés dans diverses régions du Québec. Le Haut-Saint-François a attiré l’attention de plusieurs chercheurs en raison de la forme d’organisation que les acteurs collectifs locaux ont choisie. Cette MRC compte sur un Collectif territorial – une instance de concertation réunissant les directions locales d’établissements institutionnels et de ressources de développement et la préfète de la MRC – et un regroupement d’agents de développement, le Groupe d’accompagnement des communautés (GAC) du Haut-Saint-François. Ces deux organisations sont inscrites dans un système local d’action dont la structure repose sur un ensemble d’interactions entre les leaderships gestionnaires des grands établissements locaux, les leaderships de processus des divers agents de développement, le leadership politique des élus exercé par le conseil de la MRC et les leaderships citoyens qu’elles suscitent et soutiennent. Elles se présentent comme une formule susceptible de favoriser l’innovation dans le cadre d’une démarche de développement territorial intégré qui permet aux communautés d’avoir un meilleur accès aux ressources dont elles ont besoin pour se prendre en main. La publication est disponible en ligne : www.uqo.ca/crcoc

 

Le troisième colloque des Pactes ruraux de la Montérégie  

Par Anne Vadeboncoeur
avadeboncoeur@solidarite-rurale.qc.ca

Le 12 juin dernier avait lieu à Venise-en-Québec, aux abords du lac Champlain, le 3e Colloque des Pactes ruraux de la Montérégie ayant comme thème : « Aller plus loin avec la Politique nationale de la ruralité 2014-2024 pour en apprendre plus, pour échanger et s’inspirer! »

Un lieu magnifique, certes, mais des participants particulièrement inspirés, heureux d’échanger et des agents de développement rural affirmés et fiers de partager leurs expériences. Une journée bien dosée, en termes d’appropriation de contenus, où les animateurs chevronnés du Centre St-Pierre rythmaient la démarche en alternant contenus et échanges.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est de constater à quel point les milieux ruraux de la Montérégie ont fait preuve de créativité et comment ils se positionnent fièrement en véritables experts pour trouver les projets adéquats pour soutenir le développement de leur communauté!

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AGENDA

3 septembre  (C. Bolduc)
Montréal. Rencontre du jury national du Prix d’excellence Gérard-Desrosiers du Réseau BIBLIO du Québec

3 septembre  (A. Genest, C. Thivierge)
Trois-Rivières. Participation à une consultation de la Commission des transports du Québec

4 septembre (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Rivard)
Montréal. Tournée des membres fondateurs – Rencontre avec le Mouvement Desjardins

4 septembre (C. Bolduc)
Longueuil. Participation au 5 à 7 protocolaire de l’UPA

5 septembre  (C.Bolduc, C.Thivierge, C. Rivard)
Montréal. Tournée des membres fondateurs - Rencontre avec l'Union des municipalités du Québec 

9 septembre (C. Bolduc)
La Sarre.  Conférencière au lancement de l'exposition « L'âgisme, parlons-en! »

9 septembre (C.Jacob)
Montréal. Comité exécutif du TIESS

10 septembre (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge, C. Rivard) Nicolet. Comité exécutif de Solidarité rurale du Québec

11 septembre (C. Rivard)
Québec. Conseil d’administration de Place aux jeunes en région

12 septembre (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture

17 septembre (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge, C. Rivard)
Trois-Rivières. Conseil d’administration de Solidarité rurale du Québec

18-19 septembre (A. Vadeboncoeur)
Montmagny. Colloque annuel du réseau québécois de villes et villages en santé

19 septembre (C. Bolduc)
St-Hyacinthe Rendez-vous des papilles

24 septembre (C. Bolduc)
Longueuil. Conseil d’administration de Les Arts et la Ville

25-26 septembre (C. Bolduc, C. Thivierge)
Québec. Congrès de la Fédération québécoise des municipalités

25 septembre (C. Bolduc)
Québec, Participation à la remise du Prix d’excellence Gérard-Desrosiers du Réseau BIBLIO du Québec

30 septembre (C. Rivard)
Québec. Congrès de Place aux jeunes en région

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Été 2014, vol. 23, no 4

EDITORIAL

S’adapter : la vraie force des ruraux

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

 « On ferme des bureaux régionaux de ministères, des bureaux de poste, des points de service de caisse, des écoles, et Orléans Express souhaite diminuer ses services de transport. Est-ce qu’on est en train de fermer des villages en faisant par-derrière et par détours ce qu’on n’a pas pu faire directement et par-devant? »

La question du journaliste frappait comme un coup de poing.

Tout comme les mots du ministre des Finances lors du discours du budget : « déficit structurel 1». Et derrière ces deux mots menaçants qui « sonnent savant » suivent d’autres que nous, les ruraux, avons déjà entendus : rationalisation, consolidation, réévaluation…

L’avenir semble si sombre ces jours-ci dans les pages des journaux et les commentaires politiques.

Et pourtant, à bien y regarder… Le monde change, voilà tout. Et à une vitesse effrénée. Dans les circonstances, on peut se payer le luxe de courir comme des poules sans tête un temps. Mais pas éternellement. À un moment, il faut s’asseoir, prendre du recul, revenir à la base, au pourquoi des choses, se parler. Distinguer aussi les batailles à mener, et les chicanes qui n’en valent pas la peine. Les pierres et le mortier ne valent que rarement la peine qu’on se batte pour eux, à moins de porter en eux l’histoire.

Qu’est-ce qui vaut donc la peine qu’on se batte au bout du compte?

C’est simple. Les gens qu’on aime, qui sont généralement intrinsèquement liés au territoire qu’on habite et qui nous habite.

Le monde change. Mais pas l’humain, au final.

Les possibles évoluent très rapidement. La technologie qui aura mis en péril un service ou une entreprise hier pourra en sauver d’autres demain. Et cet État-providence qui agonise nous ramène à l’essentiel : la solidarité. Une solidarité qui s’exprimera autrement, qui passera davantage par le partage des ressources disponibles et l’entraide au niveau local, celle-là même qui concerne notre quotidien et qui est ouverte à la contribution de tout le monde. C’est précisément par la solidarité que nous serons plus forts que toutes les menaces. Parlez-en à toutes ces communautés rurales qui se voient un jour privées d’éléments de vitalité et qui le lendemain se donnent des moyens, différents, mais tout aussi efficaces. Les Lac-Édouard, St-Joachim de Shefford ou Petit-Saguenay de ce monde ont de quoi inspirer toute une société!

Qu’on cesse un peu de croire que les ambitions collectives d’hier sont les utopies d’aujourd’hui, parce que le monde change! Au contraire, elles sont plus vivantes que jamais parce qu’il nous appartient maintenant, et à personne d’autre, d’y donner vie! Le gouvernement n’est pas responsable du bonheur collectif pas plus qu’il l’est de notre joie de vivre. Nous en sommes les premiers responsables. L’État est responsable des écoles, pas de l’éducation de nos enfants. Il est responsable des hôpitaux, mais pas de notre santé. Nous avons tranquillement abdiqué plusieurs de nos responsabilités. Ne serait-il pas temps de se les réapproprier, de commencer par là?

« On ne peut empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes, mais on peut les empêcher d'y faire leur nid. » Voilà un proverbe chinois qu’il vaudrait la peine de méditer par les temps qui courent. Que l’été soit l’occasion de prendre du recul, de danser sous la pluie, de se rappeler, individuellement et collectivement, que le bonheur tient finalement d’abord et avant tout de notre propre volonté…

1 Un déficit structurel correspond à un solde négatif des finances publiques sans tenir compte de l’impact de la conjoncture sur la situation des finances publiques. La conjoncture économique est l’ensemble des éléments qui caractérise la situation économique d’un pays à un moment donné. La conjoncture désigne ce qui est susceptible d’être modifié à court terme, par opposition avec la structure qui désigne les éléments fixes et permanents d’une économie.

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MOT DU SECRETAIRE

L’innovation sociale en milieu rural

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Les communautés rurales du Québec sont l’objet de fortes mutations. Les enjeux auxquels elles doivent faire face sont très nombreux, allant de l’arrivée de néoruraux, en passant par la fermeture de services de proximité ou des projets d’exploitation des ressources. Individuellement, les communautés ne peuvent réagir comme les grandes villes ou les grandes entreprises. Elles disposent de peu de moyens, sont très hétérogènes et sont, par définition, réparties sur un très vaste territoire avec une faible densité de population. La réflexion partagée et les échanges leur sont indispensables pour s’assurer que le développement qu’elles désirent se mette en place. Un système d’innovation sociale au profit de la résilience et de la prospérité de nos communautés est donc indispensable.

Selon le Réseau québécois en innovation sociale (RQIS), une innovation sociale est une nouvelle idée, approche ou intervention, un nouveau service, un nouveau produit, un nouveau type d’organisation qui répond plus adéquatement et plus durablement que les solutions existantes à un besoin social bien défini. La portée d’une innovation sociale est transformatrice et systémique. Ces systèmes d’échanges existent naturellement en milieu rural. L’intérêt ici est de maximiser leur efficacité, les rendre plus efficients et par le fait même offrir des occasions répétées de prises de conscience des acteurs de ces systèmes déjà en place.

Qu’est-ce que la prospérité?
Réal Boisvert1 pose la question : « L'objectif est-il simplement d'accroître la richesse nationale, ou s'agit-il de quelque chose de plus subtil : améliorer le bien-être de la majorité des gens, garantir leur liberté, renforcer leur sécurité économique? » C’est dans ce contexte que nous croyons qu’un indicateur de vitalité des communautés est l’aptitude des communautés à supporter la vie. La résilience peut être perçue comme un effet de la vitalité des communautés.

La résilience de nos communautés, un objectif à atteindre et un outil d’analyse écosystémique
René Dubos, écologiste, utilise le mot résilience pour désigner la capacité qu'ont les systèmes vivants de se reconstituer, après avoir subi un choc violent ou un stress continu. Selon Gilles Paquet, c’est la capacité de garder le cap, d’assurer la pérennité d’un organisme ou d’une société, le maintien d’une certaine permanence dans un environnement turbulent. Nous dirons qu’un système est résilient s’il perdure malgré les chocs et perturbations en provenance du milieu interne et de l’environnement externe. Très souvent, la survie passe par l’acquisition de propriétés nouvelles et par la modification de l’organisation : ce qui permet au système de maintenir son intégrité. Un système résilient disposera de mécanismes qui permettront de continuellement redéfinir sa propre organisation.

La confiance, valeur fondamentale d’un système résilient, basée sur les rapports de réciprocité bien décrits par Karl Polanyi (1971) et les contrats moraux entre citoyens qui assuraient l’entraide en cas de crise, était le pilier de l’économie préindustrielle. Les bouleversements des 50 dernières années (concurrence internationale, surabondance de l’information, dérives économiques, réduction de l’état keynésien) ont provoqué une érosion du sens de la « communauté » en s’en remettant à des structures bureaucratiques et marchandes. Notre intention de rebâtir la résilience au sein de nos communautés passe par la réponse à ce besoin de confiance. 

L’engouement pour les marchés publics, les lieux de partages, des contacts directs avec des artisans sont des exemples illustrant ce besoin de rapprochement et de confiance entre les gens. Un ouvrage collectif de l’Université De Boeck2  précise que la confiance peut-être entendue comme un état psychologique se caractérisant par l'intention d'accepter la vulnérabilité basée sur une perception optimiste des intentions d'autrui. En d’autres termes, et sous d’autres registres : « Il y a une faille dans toute chose. C'est par là qu'entre la lumière. »3. La revitalisation des communautés commence par là.

1 Les indicateurs de développement des communautés, 2007
2 L'analyse économique de la confiance, 2008
3 Citation de Leonard Cohen

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PORTRAIT D'ICI

Partenaires 12-18 : Des raccrocheurs de jeunes, des réveilleurs de leader du Centre-du-Québec

Par Cynthia Rivard
crivard@solidarite-rurale.qc.ca    

« Vivre dans un milieu rural, ce n’est pas aussi simple que vous pensez. Oui, le calme est là, l’espace; l’air est plus sain. Mais vivre loin des amis, des voisins, des magasins, de tout, ça fait en sorte que les congés, les étés, c’est très long à rester chez nous sans rien faire. » Pour Mathilde Lemay, 14 ans, comme pour plusieurs jeunes, la vie dans un petit village n’avait rien de bien excitant. S’asseoir avec d’autres jeunes du village pour se mettre en action aura changé cette réalité.

Soutenus par des accompagnateurs, les jeunes de 16 municipalités sont invités à se regrouper dans leurs villages, à se nommer des officiers et à réfléchir ensemble aux façons d’améliorer la vie au village et à réaliser des projets. Ces comités, imputables, doivent produire des états financiers et fonctionnent comme tout bon conseil d’administration, avec ordres du jour et procès-verbaux. 

Journées de gardiennage pour parents en quête de répit, bingo avec les personnes âgées, voyages organisés pour les jeunes à La Ronde, New York ou Toronto, parrainage d’enfants en Afrique… la liste des projets réalisés par les jeunes est longue et diversifiée, mais ils ont tous en commun d’induire un changement positif.

Certaines activités sont par ailleurs offertes aux jeunes qui le souhaitent. Ainsi, le MAMROT régional, en collaboration le DGEQ et les présidents d’élection de chaque localité, a offert aux jeunes de participer au jour du scrutin lors des dernières élections municipales en participant aux activités du bureau de vote. Les responsables des relations publiques de chaque cellule (un poste d’officier) peuvent, quant à eux, réaliser des entrevues avec des personnalités publiques, notamment lors de KARV, l’anti.gala, diffusé à VRAK.TV.

Cette façon de faire permet aux jeunes de vivre ce qui sera souvent une première expérience d’implication sociale, et cela se fait au sein de leur milieu de vie. Ils peuvent même continuer leur engagement au-delà de leurs 18 ans en devenant mentors auprès de la cellule 12-18 du village.

La reconnaissance des gens du milieu comme l’expérience qu’ils acquièrent sont des acquis qui les suivront toute leur vie durant. Ainsi raccrochés à leurs milieux, éveillés à leur leadership, qui sait jusqu’où ils iront.

 

La P’tite École de Lac-Édouard

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

En 2003, les citoyens du village de Lac-Édouard, niché au cœur des montagnes en Haute-Mauricie, voyaient leur école fermer. Sachant que l’avenir d’un village passe par la prise en main de ses habitants, les 175 citoyens de cette communauté ont ciblé les éléments essentiels à leur revitalisation. Conscients qu’un village vit grâce aux générations futures, la remise en place d’un environnement éducatif au sein de la communauté est devenue le point de départ pour dynamiser leur village.

Voyant leurs enfants parcourir 65 km vers l’école située la plus près, des parents et des acteurs de la municipalité se sont regroupés afin d’offrir aux deux enfants d’âge scolaire un environnement éducatif stimulant dans leur milieu. Croyant fermement au projet, la municipalité a offert gracieusement l’accès à un local du centre communautaire, qui est l’ancienne école, et participé activement à la rénovation d’une classe, d’une bibliothèque, d’un gymnase et d’un parc-école avec l’aide de plusieurs dizaines de bénévoles. Tous les équipements essentiels au bon fonctionnement d’une école et à l’apprentissage des élèves ont été mis à la disposition du village. Le temps, les compétences, l’expérience et l’amour des citoyens pour la survie de leur école ont permis la prise en charge de l’avenir de leur milieu de vie et la création, en 2008, de la P’tite École de Lac-Édouard.

Même si tout se déroule dans un cadre scolaire qui favorise le développement physique, social, affectif et intellectuel des enfants, la P’tite école évolue sous le régime éducatif de l’enseignement à la maison. Au début du projet, la mise en place et l’adaptation du programme d’enseignement du ministère de l’Éducation à la réalité multiniveau des élèves étaient exclusivement sous la responsabilité d’une enseignante retraitée et de citoyens bénévoles. Depuis 2010, la P’tite école est partiellement soutenue par la commission scolaire. Une enseignante est engagée à raison de trois jours par semaine afin de compléter l’équipe de neuf citoyens bénévoles. Aujourd’hui, la P’tite École est fréquentée par huit élèves de maternelle à la 5e année qui évoluent dans le même local.

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BREVES

Publication de la 2e édition de l’ouvrage « Comprendre le Québec rural »

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Comprendre le Québec rural a été révisé et mis à jour avec les données du recensement de 2011. Cet ouvrage se veut une contribution à un travail d’actualisation et de vulgarisation des connaissances sur les nouvelles réalités rurales au Québec.

Enrichi d’une annexe statistique avec plusieurs dizaines de tableaux, prenant en considération la typologie des milieux ruraux devenue classique avec la Politique nationale de la ruralité (PNR), Comprendre le Québec rural devient un ouvrage que tout agent de développement rural appréciera pour la compréhension qu’il pourra lui apporter du milieu dans lequel il s’implique.

JEAN, Bruno en collaboration avec Lawrence DESROSIERS et Stève DIONNE (2014), Comprendre le Québec rural, 2e édition revue et augmentée, Université du Québec à Rimouski – Chaire de recherche du Canada en développement rural – GRIDEQ – CRDT, 166 pages.
Téléchargement gratuit : http://www.uqar.ca/files/developpement-rural/quebecrural2.pdf

 

« La Passion du rural ». Quarante ans d’écrits, de paroles et d’actions pour que vive le Québec rural

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

Monsieur Bernard Vachon, professeur retraité du département de géographie de l’UQAM, vous offre gratuitement son dernier ouvrage en version numérique. Son livre, le tome 2, sera publié à raison d'un chapitre par semaine sur notre site Internet. Dans la même foulée, le tome 1 est aussi offert, tout à fait gratuitement.

Le tome 2 raconte l’Évolution récente du Québec rural, 1961-2014; de l'exode au puissant désir de campagne. M. Vachon se dit « heureux que cette somme d'observations, d'analyses et de voies d'avenir pour le Québec rural soit désormais facilement accessible à tous ceux et celles qui ont à cœur la prospérité et le plein épanouissement de ce deuxième versant du Québec. »

À lire et partager : www.ruralite.qc.ca/fr/Enjeux/La-passion-du-rural

 

Journée de la ruralité d’Albanel

Par Anne Vadeboncoeur
avadeboncoeur@solidarite-rurale.qc.ca

Le samedi 5 avril dernier se tenait la journée de la ruralité de la MRC Maria-Chapdelaine, où 120 personnes se sont donné un moment de rencontre pour faire un bilan des projets entourant la Politique nationale de la ruralité. Neuf prix ont été remis soulignant les initiatives réalisées sur le territoire. Solidarité rurale du Québec intervenait lors de cette journée pour définir certains paramètres de la Politique nationale de la ruralité 2014-2024, dont l’intersectorialité. À la suite de cette présentation, les gens ont réfléchi autour de mises en situation permettant de développer des projets avec une approche de partenariat intersectoriel. Une journée inspirante, laissant présager des projets novateurs à l’image d’une MRC dynamique!

 

Élections scolaires 2014

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Le 2 novembre 2014 sera un jour d’élections scolaires au Québec. Pour tout savoir sur les élections scolaires – comment participer, comment être candidat ou quels sont les enjeux –, visitez le site www.electionsscolaires2014.com de la Fédération des commissions scolaires du Québec.

 

Formation des agents de développement rural

Par Anne Vadeboncoeur
avadeboncoeur@solidarite-rurale.qc.ca

La formation des agents de développement rural s’est déroulée en Outaouais du 6 au 9 mai dernier, réunissant 150 agents. Sous le thème : « Des agents innovants au cœur du changement : L’An 1 de la PNR 3 », les thématiques de l’intersectorialité se retrouvant au cœur de la PNR 2014-2024 et le rôle de l’agent en lien avec celle-ci ont été abordés. Un rendez-vous apprécié par les agents de développement rural présents.

 

La période estivale chez SRQ

Du 9 juin au 29 août, nos heures d’ouverture seront :

  • Du lundi au jeudi : 8 h à 16 h 30 (fermé pour le diner) et
  • Le vendredi : 8 h à 13 h.

Prenez note que nos bureaux seront fermés du 21 juillet au 1er août 2014.
Également, la revue de presse sera offerte du lundi au mercredi du 7 juillet au 29 août.

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AGENDA

3 juin (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Rivard)
Montréal. Tournée des membres fondateurs – Rencontre avec la CSQ

3 juin  (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Rivard)
Montréal. Rencontre avec le Réseau québécois de villes et villages en santé

4 juin (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge, A. Germain) Lac-Mégantic. Conseil d’administration de Solidarité rurale du Québec

5 juin (A. Vadeboncoeur, C. Jacob)
Québec. Séminaire du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité

5-6 juin (C. Bolduc)
Alma. Colloque Les Arts et la Ville

6 juin (S. Bellerose)
Montréal. Conseil d’administration de la Revue K

12 juin   (C. Bolduc, A. Vadeboncoeur)
Venise-en-Québec. Colloque « Aller plus loin avec la PNR3 » de la table des agents ruraux de la Montérégie

12 juin  (C. Bolduc)
Montréal. Conseil d’administration d’Équiterre

12 juin (C. Thivierge)
Québec. Rencontre du comité technique des partenaires de la ruralité

18 juin  (C. Bolduc, C. Thivierge, A. Genest)
Québec. Cérémonie de remise de l’Ordre national du Québec

18 juin (C. Jacob)
Montréal. Conseil d’administration du TIESS

27 juin (A. Genest)
Mont-Tremblant. Participation au tournoi de golf bénéfice de l’APNQL

3 juillet (C. Bolduc)
Rencontre téléphonique. Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture

8 juillet (C. Bolduc)
Trois-Rivières. Rencontre du Jury de sélection – Tournée vitalité culturelle

9 juillet (C. Bolduc)
Montréal. Conseil d’administration d’Équiterre

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Mai 2014, vol. 23, no 3

EDITORIAL

2034… Nous pouvons le faire!

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

7 avril 2034. Le jour se lève sur le Québec, rural comme urbain. C’est une belle journée qui s’annonce.

Au village, il y a de la fébrilité dans l’air. C’est aujourd’hui le lancement de la toute nouvelle tablette numérique holographique mise au point au Centre de recherche et d’exploitation intégrées des Terres rares du Témiscamingue. L’exploitation de cette ressource a fait beaucoup jaser dans la MRC. Il y en a eu des soirées houleuses au cours desquelles les citoyens ont parlé fort et franc. Les élus ont écouté avec attention pour bien saisir toutes les préoccupations exprimées avant d’aller rencontrer les promoteurs. À force de discussions, ils en sont venus à une entente : exploiter, oui, mais à condition de transformer au moins 40 % de la ressource dans le milieu! Qui plus est, on a assuré la protection de toute ressource en eau lors de l’extraction et le centre de recherche et d’exploitation a été installé dans un endroit où les inconvénients possibles ne dérangent pas les citoyens. Encore mieux, une partie des profits va directement enrichir un Fonds de développement pour appuyer la naissance d’autres projets. Il faut dire que ce n’est pas une première en la matière… Toutes ces démarches, on les avait faites déjà en 2018 pour l’instauration du Parc éolien... Aujourd’hui, partout au Québec, on a su transformer les confrontations stériles en débats constructifs et cette façon de travailler est devenue habituelle pour le déploiement de projets, grands ou petits!

À l’école primaire, ça bourdonne. Les enfants sont encore sous le charme de leur dernière sortie. On leur a appris que la magnifique ardoise provenant de leur village garnissait les cuisines de plusieurs vedettes de l’heure. Cette découverte s’ajoute à tant d’autres apprises au fil de leur cours d’histoire locale… ils se sentent fiers d’appartenir à cette communauté. Mais il y a plus. Madame la mairesse doit passer plus tard, avec les membres du conseil municipal. On a demandé aux enfants ce qui manquait au village pour qu’on y soit encore mieux. Les enfants ont longuement réfléchi à la question, en ont discuté ensemble, et avec d’autres, par visioconférence, avec des enfants de la Côte-Nord qui s’étaient déjà posé la question. Ils livreront le résultat de leurs délibérations au conseil en fin d’après-midi. Ils rêvent de tellement de choses, mais c’est la réalisation d’un parc intergénérationnel et interculturel qui a été priorisé. Et ils vont dire aux élus qu’ils sont prêts à mettre la main à la pâte, à organiser des soupers spaghettis-sushis, des campagnes de levées de fonds pour que ça se concrétise. Les membres du Club Aînés actifs et de l’Âge d’or veulent aussi aider. La Commission scolaire et citoyenne s’est déjà engagée à investir dans le projet.

Aux nouvelles locales, on annonce que les organisations de développement socioéconomiques ont renouvelé leur Pacte de territoire. L’organisation des services de garde préscolaire et scolaire, les services d’aide à la santé et au bien-être des citoyens, les services de loisirs, culture et sports pourront donc continuer de jouer leur rôle pour des milieux de vie de qualité. La biomasse forestière recueillie par la Coopérative forestière pourra continuer d’alimenter en chaleur tous les édifices publics et scolaires du territoire et de soutenir des emplois locaux. Le transport collectif par monorail, très apprécié, sera maintenu, tout comme les services ambulants, qui vont de village en village. Nouveautés à signaler : les élus en sont venus à décider que les revenus des taxes en provenance de tous les parcs industriels iraient dorénavant garnir le fonds de développement de la MRC et la ville centre a décidé de fermer son aréna devenu vétuste, parce que celui du village d’à côté a tout ce qu’il faut pour satisfaire les citoyens.

Le préfet élu est fier d’annoncer que l’indice de vitalité et de bien-être des citoyens de la MRC s’est amélioré. Le Centre local d’emploi, la Commission scolaire et citoyenne, les organisations liées aux transports, l’hôpital et le CHSLD, la caisse populaire, la corporation de développement communautaire, les organisations de tourisme et de loisirs, le Carrefour jeunesse-emploi, la Chambre de commerce, les organisations qui desservent les familles, le CSSS, la Société d’aide au développement des collectivités, tous réunis sous le leadership du CLD pour l’action et sous celui de la MRC pour la coordination, sont fiers du chemin parcouru. Il n’a pas été facile de sortir des silos sectoriels et de la pensée de clocher, mais les efforts sont aujourd’hui récompensés. Tout le monde rame dans le même sens, à contresens des grands courants économiques peut-être bien, mais vers la destination qu’ils ont choisie ensemble, avec les citoyens au cœur de leur démarche. À plusieurs, ils avancent avec confiance et fierté vers cette destination.

Non, cela n’a pas été facile. Certaines des rencontres de la Table des partenaires territoriaux sont passées à la légende, tant elles ont été difficiles, parce que le pouvoir de quelques roitelets était esquinté, parce qu’on remettait en question des façons de faire et de penser. Mais aujourd’hui, tout le monde se félicite d’avoir continué malgré tout. Le climat de confiance qui s’est installé a eu aussi des effets positifs chez les entrepreneurs. Comme tout est plus transparent, que tout le monde collabore, il est plus facile de faire des affaires, et pour commencer, de déceler les occasions. La création d’emplois est au rendez-vous, tout comme l’est le souci de le faire en garantissant une belle qualité de vie aux citoyens.

Et dire que tout cela aura été rendu possible parce que, en 2014, un gouvernement nouvellement élu aura fait le choix de changer le sens du courant gouvernemental pour appuyer les communautés dans leur volonté de ramer envers et contre tous les courants économiques. Un choix difficile, parce qu’il exigeait de faire confiance! Parce qu’il signifiait aussi de donner aux milieux le droit à l’erreur! Mais un choix qui aura, fondamentalement, changé le Québec. Parce que ce choix aura été celui de se faire complice de la base de la société — ses communautés et les gens qui y habitent — et de les accompagner dans un changement aussi profond que salvateur pour en faire des intrapreneurs, pour leur redonner le goût de l’innovation et le désir de construire eux-mêmes leur milieu de vie.

Monsieur Couillard, voilà l’invitation que vous font les milieux ruraux aujourd’hui. Une invitation à passer à l’histoire en misant d’abord sur les communautés, pour développer l’économie, l’emploi et les services, puis à inverser les schèmes de pensée pour remettre l’État au service des citoyens plutôt que le contraire. À même votre volonté d’assainir les façons de faire tout comme les finances publiques, les ruraux en appellent au courage que commande notre époque. Que leur répondrez-vous?

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MOT DU SECRETAIRE

La prise en charge des communautés par les communautés

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

SRQ a, au cours de ses 23 ans d’histoire, régulièrement offert sa vision du développement des communautés rurales, incluant les changements nécessaires afin de continuer de répondre aux aspirations des habitants de ces territoires. Ces prises de position portaient sur un ensemble de mesures telles 1) le renforcement de la légitimité des institutions de la MRC par l’élection au suffrage universel des préfets, 2) l’utilisation du principe de la géométrie variable afin de respecter les particularités et les besoins locaux et régionaux ou 3) la transformation de la gouvernance locale afin d’offrir aux acteurs le plein contrôle de leurs outils de développement1.               

Il est vrai que plusieurs acteurs du développement espèrent depuis des années une loi-cadre, comme une expression claire et forte d’une volonté politique certaine, permettant aux décideurs locaux et aux citoyens de prendre possession, dans un cadre juridique, de leurs outils de développement local et des opérations régionales les affectant. En prenant un certain recul historique, nous pouvons émettre l’hypothèse que la prise en charge des communautés par les habitants de ces milieux se fait déjà progressivement depuis plusieurs décennies à vitesse variable, selon les réalités des milieux, les secteurs d’intervention et les opportunités. Comme le mentionne Marc-Urbain Proulx2, le premier mouvement prit la forme d’une déconcentration des différents ministères au cours des années 1960, suivi dans les années 1970 de la mise en place de mécanismes de consultations régionales et, par la suite, de la création des MRC. Proulx précise que cette entreprise amorcée clairement dans les années 1970 s’est essoufflée pour finalement s’appuyer sur le principe « des changements graduels à moyen terme par l’éventuelle responsabilisation croissante des décideurs locaux et régionaux ». Différentes vagues3 successives de réflexions et de revendications permirent une « lente et progressive réforme territoriale » (Proulx, 2011). 

Et si dans ce contexte, nous réfléchissions à des actions actuellement possibles dans nos milieux de vie permettant d’appuyer cette lente transition? D’une certaine façon, cette approche bottom up (du bas vers le haut) pourrait répondre à l’interrogation de Proulx (2011) sur l’existence d’une possible cassure entre la demande des organisations nationales et la volonté réelle des milieux.

L’exercice des opérations quotidiennes et les nécessaires planifications stratégiques avec les citoyens locaux sont des occasions de démontrer au gouvernement que les capacités de prise en charge sont en place dans les milieux et que le consensus existe, éléments indispensables pour poursuivre le transfert de responsabilités. Il est futile de demander un transfert de pouvoirs sans que les citoyens joignent leur voix à ces demandes.

En 2003, SRQ précisait entre autres que, du point de vue administratif, il était nécessaire de prévoir la formation des élus et des administrateurs publics ainsi que de mettre en place des mécanismes permettant l’élaboration et l’application de politiques en collaboration avec les acteurs. La mise en œuvre de ces formations devrait permettre d’introduire de nouvelles façons de faire particulièrement en matière de planification concertée et d’approche multisectorielle qui permettra d’intégrer les différentes planifications thématiques (schéma d’aménagement, PDZA, couverture sociosanitaire, services scolaires, etc.). La gouvernance locale se trouvera renforcée par l’offre d’encadrement afin d’assurer l’inclusion des aînés, jeunes, et immigrants dans les différents espaces de consultations et de décisions. Finalement, la mise en place de mécanismes de démonstration des impacts, par le biais de rencontres, de tableaux de bord, d’espace d’échanges formels et informels devrait aussi permettre un brassage régulier des idées entre les citoyens, acteurs et décideurs locaux.

La troisième Politique nationale de la ruralité offre des occasions et des outils aux communautés rurales pour démontrer qu’elles sont prêtes. C’est dans ce contexte que SRQ propose de faire connaître, de concert avec ses partenaires, des illustrations de bonnes pratiques de gouvernance locale et de concertation citoyenne. En nous basant sur des initiatives réelles, nous voulons offrir des occasions d’échanges et de formation de communautés à communautés. Finalement, nous souhaitons répertorier les outils disponibles afin de faire circuler l’expertise et ainsi contribuer à répondre aux besoins des milieux.

Alexis de Tocqueville nous disait que : de l’agglomération de ces libertés locales, actives et sourcilleuses, naît le plus efficace contrepoids aux prétentions du pouvoir central, fussent-elles étayés par l’anonymat de la volonté collective.

1 Plaidoyer en faveur d’une décentralisation démocratique, SRQ, 2006.
2 PROULX, Marc-Urbain. Territoires et développement : La richesse du Québec, Presses de l’Université du Québec, 2011.
3 L’État québécois au XXIe siècle, sous la direction de Robert Bernier, Presses de l’Université du Québec, 2004.

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PORTRAIT D'ICI

Grand lauréat du Prix Ruralia-Desjardins 2014 : Petit-Saguenay 2020

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Petit-Saguenay 2020 est une démarche de revitalisation et de diversification, articulée en concertation avec l’ensemble des acteurs du milieu. Plusieurs indicateurs socioéconomiques traduisaient la dévitalisation de cette communauté : déclin démographique, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, perte de services de proximité. Mais, la fierté et l’engagement des citoyens envers leur communauté ont motivé leur prise en main.

Créée en 2008, la démarche a d’abord consisté en la réalisation de cinq sommets socio-économiques avec les citoyens, les entreprises, la municipalité et les différents organismes gouvernementaux, afin d’évaluer les besoins et enjeux prioritaires, définir une vision du village rêvé, élaborer une stratégie globale du développement et se donner les orientations nécessaires à la mise en place des actions concrètes pour changer les choses. Ainsi, une stratégie globale de développement a été pensée par les acteurs. Visant à concentrer l’énergie des acteurs et les ressources disponibles sur les projets structurants, consolidant les emplois actuels et générateurs d’emplois durables, cette stratégie a résulté en la création d’un espace de mobilisation, de concertation et de planification, structuré en trois chantiers : développement, qualité de vie et tourisme.

Reposant sur un modèle de développement participatif, la mobilisation demeure au cœur du projet avec des rencontres annuelles de réflexion, des assemblées publiques et des votes permettant de trancher sur certaines questions. Cette structure de démocratie participative rejoint régulièrement entre 10 et 20 % de la population, en plus de la cinquantaine d’intervenants locaux et régionaux qui participent régulièrement à la démarche.

À ce jour, une trentaine de projets touchant tant le développement économique, touristique que les services de proximité sont planifiés. Parmi les réalisations, on compte la relance de l’usine de sciage par la Coop de solidarité Valoribois, l’aménagement d’un parc et d’une promenade en bois au cœur du village, la construction d’une boulangerie opérée par les jeunes du village et le magasin général soutenu par la Coop de consommation qui a permis de retrouver bon nombre de services perdus, dont le poste d’essence.

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AILLEURS DANS LE MONDE

France : La Gestion territoriale des emplois et des compétences

Par Caroline Jacob,
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca
En collaboration avec Truong-Giang PHAM, Sol et Civilisation
giang.pham@soletcivilisation.fr

L’attractivité est un enjeu majeur pour bien des territoires ruraux au Québec. En France aussi. Toutefois, les défis qui y sont associés peuvent prendre un tout autre visage. Notre premier réflexe est bien sûr de penser à l’embourgeoisement des campagnes, ou gentrification, mais il est question aussi de territoires qui connaissent un phénomène d’appauvrissement avec l’arrivée de populations plus défavorisées, devant conjuguer avec l’augmentation du coût du logement rural et avec un contexte économique difficile. Les acteurs de ces milieux ruraux qui sont aux prises avec cette situation cherchent donc des moyens pour relever les défis inhérents à cette situation, donc de créer les conditions pour gérer leurs attractivités économique et résidentielle.

Une avenue est de mettre en place des mécanismes de gestion des ressources humaines territoriales comme les démarches de Gestion territoriale des emplois et des compétences (GTEC).

La GTEC est ainsi une démarche inscrite dans le temps et exigeant une méthode et des outils de prise en compte de la ressource humaine d’un territoire au service d’un projet en lien avec des activités.

Soutenues par les politiques publiques, les démarches en cours sont néanmoins presque inconnues des acteurs et celles qui sont connues sont très spécifiques aux territoires où elles sont appliquées, ce qui les rend difficilement transférables. Devant cette situation, Sol et Civilisation1 a mis en place un projet ayant trois objectifs ou volets :

 

  1. Le volet accompagnement des territoires innovants
    Au cœur de la démarche, il s’agit d’accompagner les acteurs des territoires ruraux dans une démarche participative d’anticipation des mutations des activités et des compétences sur leurs territoires.
  2. Le volet communication et diffusion d’information
    Face au constat d’une relative méconnaissance des acteurs des territoires ruraux des démarches similaires, il s’agit de porter à la connaissance de tous les acteurs des innovations organisationnelles de la démarche.
  3. Le volet recherche et capitalisation
    Afin d’aller plus loin dans la démarche, il s’agit de rechercher les différentes possibilités de transfert des méthodes et outils expérimentés et pertinents dans les différents territoires accompagnés. La recherche engagée vise à permettre une diffusion des pratiques innovantes.

Pour en savoir plus sur la GTEC, son origine et les apprentissages issus des projets en cours, consultez les sites suivants :

www.soletcivilisation.fr/tag/gtec
www.territoireetemplois.fr/gtec/le-guide-gtec

1 Sol et Civilisation est une association indépendante proche du monde agricole, un groupe de recherche, d’étude et d’intervention qui souhaite promouvoir et faciliter un développement fondé sur le rôle de l’homme acteur des territoires et gestionnaire du vivant.

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BREVES

Résultats des élections au conseil d’administration de SRQ

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Le 26 mars dernier a eu lieu à La Malbaie l’Assemblée générale annuelle de Solidarité rurale du Québec. À cette occasion, les résultats des élections au conseil d’administration de la coalition ont été annoncés. Ainsi, les membres corporatifs qui devaient choisir leurs représentants ont élu la Chaire Desjardins en développement des petites collectivités de l’UQAT représentée par M. Patrice LeBlanc, la Ville de Nicolet représentée par M. Alain Drouin, ainsi que la SADC de la Matapédia représentée par Mme Martine Soucy. Les membres individuels ont également procédé à l’élection de leurs représentants. Mme Maria Labrecque-Duchesneau, M. Bruno Jean et Mme Esther Côté sont les nouveaux élus.

Pour ce qui est des postes à la présidence et à la vice-présidence, Mme Claire Bolduc et M. André Genest sont tous les deux réélus, respectivement présidente et vice-président.

Note de l’éditeur : Les mandats de tous les nouveaux élus sont de deux ans. Vous trouverez la liste complète des administrateurs sur notre site Internet. Si vous n'êtes pas membre de SRQ et que vous désirez le devenir, vous pouvez effectuer une demande en ligne au :  www.ruralite.qc.ca/fr/SRQ/Membership

 

Publication des actes de la 20e Conférence nationale

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

La 20e Conférence nationale de Solidarité rurale du Québec a rassemblé plus de 200 personnes à La Malbaie pour remettre sur la sellette le rôle des leaders au cœur des territoires. Pour entendre nos conférenciers, ou pour les réentendre, consultez nos actes en ligne : http://www.ruralite.qc.ca/CN/2014.

Merci à nos partenaires qui ont rendu possible cet événement, en particulier l’UPA et Desjardins, les partenaires privilégiés, ainsi qu’aux partenaires majeurs, soit la CEDEC, la CSN, La Coop fédérée et le Fonds de solidarité FTQ. Merci également à tous les participants.

 

Remise des Prix Ruralia-Desjardins 2014

Par Amélie Germain, agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Le 27 mars dernier, dans le cadre de la 20e Conférence nationale, le Mouvement Desjardins et Solidarité rurale du Québec ont récompensé trois projets d’initiative citoyenne lors du banquet gastronomique de remise des Prix Ruralia-Desjardins. Pour cette troisième édition, ce sont 151 projets novateurs et uniques dont la candidature a été soumise au jury de sélection, ne leur laissant pas la tâche facile. Le grand lauréat de cette année est Petit-Saguenay 2020, récipiendaire d’une bourse de 25 000 $, qui fait l'objet du Portrait d'ici. Partenaires 12-18 : « Des raccrocheurs de jeunes, Des réveilleurs de leader » est le second lauréat et obtient une bourse de 10 000 $. Finalement, La P’tite école de Lac-Édouard est le troisième lauréat, récipiendaire d’une bourse de 5 000 $.

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AGENDA

1 mai  (C. Jacob)
Montréal. Rencontre du conseil d’administration du TIESS-OLT

1 mai  (C. Rivard)
Montréal. Participation au coquetel du 5e anniversaire de la Coalition pour la souveraineté alimentaire

3 mai  (C. Bolduc)
St-Camille. Allocution à l’activité d’ouverture de RAVIR

5 mai  (C. Bolduc)
Montréal. Participation à la première du documentaire « Anticosti, la chasse au pétrole extrême »

6-9 mai  (C. Bolduc, C. Thivierge et toute l’équipe)
Gatineau. Formation des agents (es) de développement rural

9 mai  (C. Bolduc)
Joliette. Conférencière au forum régional de la CRÉ de Lanaudière

13-15 mai  (C. Thivierge, C. Jacob)
Montréal. Participation au colloque du CRISES, 82e Congrès de l’ACFAS

14 mai  (C. Thivierge)
Montréal. Panéliste à l’atelier du TIESS « L’importance du transfert dans la construction d’un système d’innovation sociale »

14 mai  (C. Bolduc)
Montréal. Conférencière au colloque de l’ACFAS « La ruralité au Québec depuis les États généraux du monde rural (1991) : Entre l’action et la recherche, bilan et perspective »

21 mai  (C. Bolduc, C.Thivierge, C.Rivard)
Longueuil. Tournée des membres fondateurs de SRQ : Rencontre avec l’UPA

26 mai  (C. Bolduc)
Québec. Participation au 64e Congrès de la CSN

27 mai  (C. Bolduc, C.Thivierge, C.Rivard)
Québec.Tournée des membres fondateurs de SRQ : Rencontre avec la FQM

28 mai  (C. Bolduc)
Lac-Mégantic. Conférence de l’événement « Préoccupation double »

28-29 mai  (A. Vadeboncoeur)
Valleyfield. Participation au 16e Congrès annuel de l’ACLDQ

29-30 mai  (C. Bolduc)
Saint-Félicien. Panéliste au Colloque national biennal du RQIIAC 

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Mars-Avril 2014, vol. 23, no 2

EDITORIAL

Adieu Superman

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

L’époque est douce-amère. De grands citoyens, ceux qui ont contribué à forger la société québécoise, qui ont généré fierté et espoir dans la population, des leaders plus grands que nature se retirent. Et chaque jour, chaque satané jour, on nous relaie des scandales sur ceux qui dirigent. Du maire de Toronto à celui de Laval ou de Mascouche, des chefs d’entreprise ou des dirigeants d’organisme, les médias nous renvoient une image sinistre. Des scandales et des entourloupes éthiques qui donnent envie de crier de colère et de cynisme.

D’aucuns diront que nous sommes en manque de leaders. Vraiment? Il faudrait déjà savoir ce que l’on cherche dans nos leaders. Est-ce qu’on ne confond pas tristement leader et sauveur? Des sauveurs, c’est vrai, il n’y en a plus. Celui qui sait tout, qui a les réponses à toutes les questions, expert à tout vent qui trouve toutes les solutions et les applique, qui porte à lui seul le monde sur ses épaules, il n’existe plus. Superman  nous a quittés depuis longtemps. A-t-il seulement déjà existé? Ou a-t-on plutôt voulu nous faire croire à la toute-puissance du héros à grand renfort d’effets spéciaux? 

Il faut plus que du bagou pour gouverner, il faut en fait quelque chose de bien plus précieux qu’une langue bien tournée : il faut des oreilles ouvertes, il faut des bras ouverts. Pour accueillir les gens et les idées. Pour savoir détecter les forces de chaque personne, pour les aider à se faire confiance et à mener à bien leurs rêves. Pour comprendre ce que les gens vivent, pour écouter au-delà des doléances, pour comprendre ce dont les gens ont besoin. Pour faire circuler l’information aussi. Pour briser l’isolement, les secrets et les chasses gardées, pour transcender les égos et les clans, pour qu’un vrai dialogue s’installe dans un climat de confiance.

Yes, we can! Si un leader a suscité de l’espoir au cours des dernières années, c’est bien Barack Obama. Yes, we can… Oui, nous pouvons! La clé de son message, ce n’était pas le pouvons, c’était le nous. Nous n’avons pas besoin de sauveurs aujourd’hui, nous avons besoin de leaders qui en engendrent d’autres parce qu’ils savent que c’est l’humain et sa capacité de se mettre en marche pour réaliser ses rêves qui compte bien plus que le reste. Bien plus que de grandes gueules toujours prêtes à mettre le poing sur la table pour un oui ou pour un non, à grand renfort d’envolées oratoires et de menaces.

Ce n’est pas le titre qui fait l’homme, pas plus que l’habit ne fait le moine. Les leaders de nos communautés sont des leaders de cœur d’abord. Des leaders habités par leurs territoires, par leurs paysages, par les gens qui y vivent, qui portent tous en eux ce désir d’y être mieux. Aujourd’hui, ils émergent en douceur, ces nouveaux leaders. Ils sont de leur temps, conscients que leur action ne se joue pas en sauveur. Adieu Superman!

Les défis de cette décennie de Politique nationale de la ruralité sont nombreux. Mais le premier de tous, c’est de faire de tous nos villages, à l’instar de Saint-Mathieu-d’Harricana[1], des villages dont chaque citoyen est le héros, où l’on travaille ensemble au mieux-être collectif.

En ce sens, la Conférence nationale à laquelle vous convie Solidarité rurale du Québec du 26 au 28 mars vous invite à découvrir ou à redécouvrir la base de tout village prospère, le plus grand de tous les enjeux de la ruralité… Vous! Voilà un rendez-vous.

[1] http://www.valleedeloramosregion.ca/Communaute/2014-01-26/article-359158...

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MOT DU SECRETAIRE

Vitalité : histoire de croissance économique ou beaucoup plus…

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca 

À l’aube de l’application de la nouvelle Politique nationale de la ruralité, dans un contexte où le Québec recherche des espaces d’expression de ses valeurs et que le milieu rural peut être perçu comme un refuge par certains, la réflexion sur ce qu’est la ruralité au Québec en 2014 pour les Québécois continue d’être plus que pertinente.

La lecture de la nouvelle Politique nationale de la ruralité (saluée par les intervenants ruraux, dont SRQ) nous amène à nous demander quels sont nos désirs pour la ruralité de demain. Pour SRQ, le Québec doit s’assurer que ses communautés rurales soient durables et qu’elles vibrent de vitalité. Comment pouvons-nous mesurer cet état de fait?

Dans la Stratégie pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires, le gouvernement québécois confirma, en 2011, sa volonté de soutenir le développement des économies locales, supralocales, régionales et métropolitaines québécoises. Cette orientation vise à maintenir ou à stimuler la vitalité économique des différentes collectivités pour qu’elles puissent se développer durablement sur un territoire, s’y investir et y accueillir des investissements. Selon cette approche, l’occupation et la vitalité des territoires du Québec passent nécessairement par le développement économique.

L’obsession du citoyen (2009), publié par le réseau québécois des Villes et Villages en santé, précise que « non seulement les citoyens recherchent un milieu qui les soutient économiquement, mais aussi un milieu qui participe à l’amélioration ou au maintien de leur qualité de vie, qui est stimulant au niveau socioculturel et qui collabore à l’épanouissement de la communauté. »

L’école de pensée néolibérale suppose que la croissance est une condition nécessaire au développement. Certains auteurs et penseurs croient qu’un développement des communautés est possible, malgré une absence de croissance économique. Plus encore, une communauté pourrait se développer dans un contexte de décroissance planifiée. Le concept de décroissance remonte au début du 18e siècle, mais acquiert davantage d’appuis à la suite de la publication de rapports du Massachusetts Institute of Technology (MIT), commandés par le Club de Rome et les travaux de Nicholas Georgescu-Roegen dans les années 70.

Peut-on réellement planifier la décroissance pour arriver à un développement? Oui, en décidant collectivement (dans la « petite » collectivité) ce que notre développement sera censé accomplir. Réal Boisvert dans Les indicateurs de développement des communautés : Vers le déploiement d’un dispositif national de surveillance (2007) pose la question : « L'objectif est-il simplement d'accroître la richesse nationale, ou s'agit-il de quelque chose de plus subtil : améliorer le bien-être de la majorité des gens, garantir leur liberté, renforcer leur sécurité économique? »

L’indice de développement humain (IDH) développé par les Nations Unies en 1990 permet de mesurer le développement humain qui « est une fin dont la croissance économique est le moyen ». Cet indice est calculé en amalgamant trois différents indicateurs : espérance de vie, durée moyenne de scolarisation pour les adultes, et revenu brut par habitant en parité de pouvoir d'achat. Est-ce que nous pourrions utiliser un tel indice qui permettrait de mesurer la vitalité de nos communautés au-delà du développement économique, tel un IDH pour nos communautés?

Le MAMROT a déjà amorcé ce travail en 2002 et nous disposons aujourd’hui de 26 indicateurs d’occupation et de vitalité des territoires, dont un indicateur composé de sept variables socio-économiques qui identifie les municipalités dévitalisées. Il faut reconnaître les efforts dans la construction de ces indicateurs qui permettent de mesurer plusieurs facettes de l’occupation des territoires.

Il pourrait être intéressant, voire nécessaire, de poursuivre cette réflexion afin de déterminer quels seraient des indicateurs de vitalité des communautés ou dit autrement : les aptitudes des communautés à supporter la vie et la résilience même de ces communautés. La résilience étant d’ailleurs un effet de la vitalité des communautés. 

Certains indicateurs pourraient orienter nos réflexions sur la vitalité des communautés rurales, par exemple : le renouvellement et la représentativité au sein du secteur communautaire. Encore une fois, Réal Boisvert (2007) pourrait nous éclairer avec quelques suggestions d’indicateurs additionnels : 

  • social : pourcentage de personnes vivant seules, de personnes séparées, divorcées ou veuves et de familles monoparentales;
  • sociosanitaire : âge moyen au décès;
  • bien-être : nombre de signalements signifiés au Directeur de la protection de la jeunesse, nombre d’élèves qui sont considérés par le ministère de l’Éducation comme étant en difficulté d’apprentissage ou ayant des problèmes de comportement;
  • variables intermédiaires : participation électorale, pourcentage de propriétaires résidents, taux de plaintes contre la malpropreté, pourcentage des personnes ayant déménagé au cours de la dernière année.

D’autres éléments mériteraient que l’on s’y attarde afin de définir ce qu’est une communauté dynamique et bénéficiant d’un capital social en développement, par exemple l’accès à des activités ou des services culturels diversifiés et à des espaces naturels aménagés. Le concept du bonheur municipal, présenté dans L’obsession du citoyen (Villes et villages en santé, 2009), nous rappelle qu’une communauté en santé « améliore continuellement son environnement physique et social. Le gouvernement municipal et les ressources de la communauté rendent les citoyens aptes à s’entraider dans la réalisation des activités courantes de la vie et à développer leur plein potentiel. » 

Nous avons tenté de présenter ici quelques pistes de réflexion qui nous permettent de conclure qu’une communauté rurale dynamique et en développement (au sens large du terme) peut être bien plus qu’un territoire ayant une augmentation de son activité économique ou de sa population.

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PORTRAIT D'ICI

SPÉCIAL PNR

Politique nationale de la ruralité 2014-2024 : De nouveaux courants pour un monde en changement

Le 5 décembre dernier, le gouvernement québécois annonçait le renouvellement de la Politique nationale de la ruralité. Avec cette troisième mouture émergent de nouveaux courants avec lesquels les communautés rurales devront composer. Voici un aperçu des nouveaux courants qui seront sous-jacents aux interventions futures des acteurs des milieux ruraux.

La gouvernance participative. L’action et non l’acceptation.

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca    

Habiter un territoire, c’est aussi se préoccuper du développement plutôt que de cultiver l’indifférence… La gouvernance participative est une voie qui permet aux citoyens d’agir sur leur milieu de vie. Elle leur offre la capacité de s’impliquer dans le choix et le déploiement des projets de développement. Elle vient ainsi s’opposer à la méthode traditionnelle qu’on réserve à l’acceptabilité sociale qui s’apparente à une marche à sens unique où l’information et la consultation suivent la décision et ne la précèdent pas. Elle ne vise pas à rendre un projet plus acceptable par des mesures d’atténuation et un certain encadrement.

Bref, la gouvernance participative, c’est une question de prise en charge de la communauté par la communauté. Elle implique la mobilisation des acteurs, des exercices de consultation et l’établissement d’un dialogue. Mais au terme du processus de consultation, quelle est la part de responsabilités qui revient aux élus locaux dans le processus de décision? Qui est imputable? Il est difficile de concevoir la gouvernance participative sans imaginer le leader local, souvent un élu, marcher sur un fil de fer avec son balancier…

Certains exemples québécois de gouvernance participative pourraient faire école. La Contrée en montagnes dans Bellechasse en est un. Un atelier entier y sera consacré durant la Conférence nationale, le 27 mars prochain.

D’autres expériences se sont avérées beaucoup plus… disons… difficiles. Un film sur l’expérience du laboratoire rural Mon rêve, mon village lancé par la Coop CSUR à Très-Saint-Rédempteur sera présenté à la Conférence nationale pour relater le parcours laborieux de cette initiative de gouvernance participative poussée, qu’est la sociocratie.

 

L’approche intersectorielle : Pour une synergie des acteurs

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

De multiples acteurs aux champs d’action et aux expertises divers interviennent dans les milieux ruraux. Traditionnellement, chacun des acteurs travaillait dans son créneau, sans interpeller les autres intervenants du milieu, créant des dédoublements. Mais, en partageant leurs visions et leurs expertises, on s’est aperçu que l’ensemble des actions pourrait être complémentaire : il s’agit là de la base d’une approche intersectorielle. La mise en commun des compétences particulières, des besoins à répondre et des visées communes permet plus de cohérence, de synergie et d’efficacité dans les milieux. Ainsi, l’approche intersectorielle contribue au développement multifonctionnel et à la complémentarité des actions des territoires. C’est pour cette raison qu’elle se retrouve au cœur de cette nouvelle politique et qu’elle caractérisera la gestion des pactes ruraux ainsi que des nouveaux « pactes plus ».

L’approche intersectorielle peut certes complexifier les processus au début, mais les résultats en seront plus profitables et durables pour les communautés concernées. Mais quels sont les obstacles à l’intégration de cette approche dans nos milieux? Les résultats valent-ils vraiment tous les efforts?

Déjà, plusieurs territoires se sont dotés de planifications stratégiques étant le fruit de la collaboration de plusieurs partenaires du milieu. À titre d’exemple, une cinquantaine d’organismes de la MRC de La Vallée-de-l’Or se sont engagés à travailler ensemble au bénéfice des jeunes du territoire. Au cours de la prochaine Conférence nationale, quelques partenaires de cette expérience transmettront leur expérience de l’intersectorialité dans le cadre d’un atelier.

 

Développement multifonctionnel : Un regard global du territoire

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Un territoire remplit plusieurs fonctions où de nombreux acteurs s’entrecroisent et agissent sur son développement. Souvent, certaines fonctions sont priorisées, sans que l’on identifie les effets possibles sur les autres fonctions du territoire. Le développement multifonctionnel des territoires amène à une véritable concertation des acteurs, peu importe leur champ d’activité, dans un objectif de développement optimal de toutes les fonctions du milieu. La rencontre des acteurs permet de rassembler leurs perceptions, d’apprivoiser leurs objectifs communs, de partager leurs connaissances, et de trouver une solution commune tout en répondant à leurs besoins et intérêts sectoriels. En mettant ainsi en lumière des opportunités qui leur auraient échappé dans une approche conventionnelle, les acteurs arrivent à déterminer les relations entre les différentes fonctions du territoire pour valoriser l’ensemble de son potentiel et maximiser son développement. 

La multifonctionnalité favorise ainsi la cohabitation de différentes fonctions et la diversification des activités sur un territoire, permettant une meilleure mise en valeur de celui-ci.

De quelles façons les effets structurants sont-ils ressentis dans les communautés la privilégiant? Comment organiser la participation de l’ensemble des acteurs et établir un consensus entre eux? Comment gérer la diversité des territoires et leur complexité? Cette approche fait saillir bien des défis pour nos communautés. Mais, il existe plusieurs exemples de projets réalisés selon une approche multifonctionnelle, entre autres, l’école communautaire de Saint-Philémon, la réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic et la société d’aménagement récréatif pour la conservation du lac Saint-Pierre.

 

La complémentarité rurale-urbaine : Un nouveau courant…

Par Anne Vadeboncoeur
avadeboncoeur@solidarite-rurale.qc.ca

Oui et très certainement une approche renouvelée! En fait, depuis 2007, la complémentarité rurale-urbaine est au cœur des préoccupations de Solidarité rurale du Québec. D’ailleurs, dans son Avis sur l’Occupation des territoires, SRQ identifiait des complémentarités à valoriser et nommait des lieux de rapprochement qu’elle définit comme des passerelles. 

Avec cette troisième politique nationale de la ruralité, on reconnait l’interdépendance et la complémentarité à bien des égards entre les milieux ruraux et urbains. Elle accorde une importance particulière à ce nouveau courant, en disant qu’il faut faire place à une approche renouvelée, multifonctionnelle et intersectorielle interpelant la MRC et l’ensemble des intervenants d’un milieu. « Une complémentarité rurale-urbaine renouvelée pourra sans nul doute contribuer positivement au dynamisme social et économique des régions concernées et de l’ensemble du Québec »[2]. Dans le cadre de la deuxième PNR, le groupe de travail sur la complémentarité rurale-urbaine a émis plusieurs recommandations dont l’une souligne l’importance d’améliorer la connaissance et la reconnaissance des réalités rurales-urbaines au Québec.

Fort de ces constats, le comité national des agents de développement rural s’est doté d’un comité de travail sur les réalités des communautés rurales en zones périurbaines. Dans le cadre de la semaine des régions, organisée par Place aux jeunes en région, une première rencontre sur ce thème a réuni une quinzaine d’intervenants de tous les secteurs d’activité des régions des Laurentides et de la Montérégie; tant des agents de développement rural, des élus, des directeurs de MRC et de CLD que des représentants du MAMROT. L’événement a permis l’identification des enjeux, des défis et des particularités des communautés rurales en zones périurbaines, le partage de leur vision du développement et de déterminer le rayonnement de la démarche.

De cette première discussion sera rédigé un outil de référence avec les objectifs que les participants souhaitent atteindre afin de poursuivre la réflexion sur leur territoire et de réaliser des discussions avec d’autres régions du Québec vivant la même réalité.

[2] Politique nationale de la ruralité 2014-2024

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BREVES

Assemblée générale annuelle de SRQ et élections

L’Assemblée générale annuelle (AGA) de Solidarité rurale du Québec se déroulera en marge de la Conférence nationale, le 26 mars 2014 à 13 h 30 au Manoir Richelieu à La Malbaie. Lors de cet événement seront dévoilés les résultats des élections aux six postes d’administrateurs à pourvoir, soit trois représentants parmi les membres corporatifs et trois parmi les membres individuels. Les mandats de la présidence et de la vice-présidence qui arriveront à terme seront également à combler. Les membres de Solidarité rurale du Québec ont reçu par courrier un formulaire de mise en candidature ainsi qu’un bulletin de vote à retourner par la poste. En tant que partie prenante de la coalition, nous espérons vous y rencontrer en grand nombre.

Notez que l’AGA est ouverte à tous et sera suivie d’un coquetel et d’une causerie par Bernard Derome intitulée « Les leaders que j’ai rencontrés! »

N’oubliez pas, il ne vous reste que quelques jours pour vous inscrire à la Conférence nationale…

 

Décès d’un administrateur

Notre Coalition est en deuil d’un de ses militants de la première heure, monsieur Magella Morasse. M. Morasse était représentant des membres individuels au sein du conseil d’administration de Solidarité rurale. C’est avec beaucoup de tristesse que tous les administrateurs ainsi que l’équipe du secrétariat général ont appris la nouvelle de son décès, ayant un peu l’impression de perdre un membre de la famille. Nous gardons tous de lui le souvenir d’un collaborateur engagé et efficace, qui aura marqué l’histoire de notre organisation.

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AGENDA

10 mars  (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Rivard)
Montréal, Tournée des membres fondateurs de SRQ : Rencontre avec la FTQ

19 mars (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Jacob)
Lieu à déterminer. Rencontre du comité exécutif de SRQ

20 mars (C. Thivierge, C. Jacob)
Trois-Rivières. Colloque sur la revitalisation intégrée

26 mars (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge et C. Jacob)
La Malbaie. Rencontre du conseil d’administration de SRQ

26 mars (C. Bolduc, A. Genest et toute l’équipe)
La Malbaie. Assemblée générale annuelle de SRQ

26-28 mars (Toute l’équipe de SRQ)
La Malbaie. 20e Conférence nationale de SRQ

27 mars (Toute l’équipe de SRQ)
La Malbaie. Banquet de la remise des Prix Ruralia-Desjardins

7-8 avril (C. Thivierge)
Québec. Dialogue continental sur l’agriculture familiale en Amérique du Nord de l’UPA Développement international

10 avril (C. Bolduc)
Paris, France. Grand témoin au séminaire sur la gestion des ressources humaines en milieu rural de Sol et Civilisation

24 avril  (C. Bolduc)
Québec. Conférencière au congrès de l’Association des aménagistes régionaux du Québec

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Février 2014, vol. 23, no 1

EDITORIAL

Vitalité : Mode d’emploi

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Vitalité, mode d’emploi? Je vous le dis tout de go, il n’y en a pas de mode d’emploi, pas de recette magique! Il existe par contre des ingrédients indispensables à la mise en place et à la réussite des initiatives de revitalisation ou de développement qui ne peuvent et ne doivent pas nous échapper.

Nos leaders, nos citoyens engagés ont été et demeurent la clé de voûte du développement de nos communautés. C’est l’initiative humaine qui fait la différence entre une communauté en développement et une communauté en difficulté. Mais au-delà de leur présence dans leur milieu, c’est l’attitude de confiance et d’ouverture affichée par ces personnes engagées qui est déterminante. C’est sur leur capacité à renouveler le regard, à penser globalement le territoire, à accueillir de nouvelles idées, de nouvelles personnes aussi, à alimenter et protéger les initiatives émergentes que reposent la vitalité, le renouveau et l’avenir de nos villages.  

Tout comme la nature nous l’enseigne. Quand, à la fin de l’hiver, le soleil reprend ses droits dans le ciel, qu’il fait fondre la glace et la neige, bourgeonner les arbres et sortir les gens. Tout est comme avant? Non. Pas tout à fait. Les choses ont changé. Les choses changent toujours. L’hiver est dur et laisse des traces un peu partout. Des arbres seront tombés, quelques granges abandonnées auront croulé sous le poids de la lourde neige.

C’est ce que l’on remarquera en premier. Le regard est souvent attiré par ce qui manque, par ce qui se dégrade. Mais le sage sait que la vie renaît toujours. Pendant que le regard se porte sur ce qui manque, il ne voit pas d’emblée ce qui n’était pas là avant l’hiver, ce qui est peut-être délicat pour le moment, mais qui grandira. C’est pourtant dans cette pousse délicate que résident l’espoir et l’avenir.

Voilà une belle leçon à tirer dans les efforts de développement et de revitalisation de nos communautés. Revitaliser, développer, ce n’est pas seulement maintenir ce qui fonctionne déjà, c’est recréer, réinventer constamment, continuellement. Et ce processus commence dans le regard qui est posé sur les choses et les gens. L’inédit et l’inattendu grandissent dans la curiosité et l’acceptation et sont à la base des succès rencontrés.

« Il faut de l’esprit pour parler, mais il faut de l’intelligence pour bien écouter. » Oh! combien André Gide avait raison! Ces citoyens qui se présentent aux assemblées publiques sont porteurs de critiques, mais aussi de solutions pour peu qu’on sache bien écouter, bien faire parler. Ces opposants à ce projet de développement sont un frein, ou un aiguilleur, selon la façon dont on les écoute, selon l’attention qu’on leur accorde, tout dépend de l’ouverture.

Et aujourd’hui, la Politique nationale de la ruralité renouvelée est une chance de faire plus que ce que l’on faisait déjà, ou de faire mieux, si l’on choisit d’être curieux et de prendre un peu de temps pour y réfléchir.

En somme, des leaders de cœur qui gardent toujours une vision territoriale du développement en tête. Voilà le thème que vous propose Solidarité rurale du Québec pour sa 20e Conférence nationale. À la veille de débuter une décennie de Politique nationale de la ruralité, nous vous convions à réfléchir à la base de toute l’édification d’une communauté : l’humain. Avec tout ce que cela implique d’ouverture et de curiosité. Une réflexion essentielle pour que la prochaine décennie en soit réellement une de partages, de rassemblements, d’innovations. En serez-vous?  

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MOT DU SECRETAIRE

Les olympiades du développement

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Nous sommes à la veille des Jeux olympiques de Sotchi. Les nations du monde enverront leurs plus grands athlètes afin de compétitionner pour les honneurs des Olympiades. Un lourd fardeau que seul un entraînement de très haut niveau permet de supporter. Cet entraînement est physique, bien entendu, et technique, mais les aspects psychologiques sont très certainement essentiels, afin d’inciter à se dépasser. Pour arriver à ces résultats, les athlètes d’exception comptent sur des êtres aussi d’exception, qui restent pour la plupart dans l’ombre : les entraineurs. 

Or, si nous pouvons nous inspirer des valeurs de persévérance et de détermination des athlètes, les gestionnaires peuvent aussi s’inspirer des coaches olympiques. Comment? Leur approche systémique, mais globale; leur capacité à fixer des objectifs atteignables, mais très exigeants; et l’encadrement qu’ils offrent à leurs protégés sont des exemples de nature à inspirer en matière de gestion des ressources humaines pour assumer son leadership. 

Intuitivement, on croit à tort que tous les leaders doivent posséder la capacité de tenir compte de toutes les parties et d’exercer leur influence en dégageant une vision. Dans leur description de l’agilité du leadership, Joiner et Josephs (2007) précisent que tous les leaders ne deviendront pas des leaders stratégiques. Selon eux, moins de 10 % des leaders atteindront ce niveau. En résumé, il existe trois niveaux de leadership. Le type de leadership stratégique est surtout utile dans les grandes transformations organisationnelles ou sociales. Le leader tactique, soit le cadre intermédiaire que l’on rencontre le plus fréquemment, est celui qui mettra cette vision à exécution, en orchestrant les activités et en gérant les ressources. Quant à l’expert, qui occupe le premier niveau de leadership formel, c’est celui qui résout des problèmes, sans vision globale et sans engager toutes les parties dans un objectif commun et partagé.

Dans un contexte de changement constant et de complexité de plus en plus grande, nos organisations ont plus que jamais besoin de professionnels et de gestionnaires au leadership fort, qui ne se contentent pas de reproduire des acquis, mais qui, au contraire, cherchent à innover et qui sont capables d’élaborer une vision inspirante. La première étape pour un bon coach est de prendre le temps d’évaluer son équipe et ses besoins. Il en est de même pour le gestionnaire qui évaluera ses professionnels selon deux aspects : l’intelligence émotionnelle et la capacité à développer une vision globale plutôt qu’analytique. Mais lorsque le diagnostic est posé, comment amener l’équipe plus loin?

Trop d’organisations retardent des investissements dans leur équipe, tenant pour acquis que le personnel compétent apprendra de lui-même. Par exemple, la plupart des organismes développent un cadre stratégique d’intervention (ou un cadre logique ou un plan de travail annuel – peu importe le nom). Mais est-ce que ce document précise clairement les livrables pour les membres de l’équipe? Est-ce que chacun des collègues dispose d’objectifs à atteindre afin d’appuyer l’éventuelle évaluation de performance? Ce sont deux outils essentiels de base qui sont trop souvent escamotés dans le brouhaha du quotidien.

Tout cela doit aussi s’accompagner d’un support constant et d’une confiance ferme en nos professionnels. En effet, leur offrir la reconnaissance qu’ils sont des individus d’exception réalisant un mandat particulier et délicat est évidemment un autre pas pour les lancer vers le podium. 

La force du sport, c’est de mettre des individus dans une situation difficile (la compétition et l’envie de gagner), de les amener à la dépasser, et être capables d’en tirer des leçons. Un peu à l’image de nos communautés rurales qui vivent des défis, des échecs et se relèvent grâce aux efforts de mobilisation de ces coaches que sont les professionnels du développement rural. L’athlète bien encadré devient en effet coach à son tour, un entraineur de communautés. Après tout, le rêve olympique sommeille dans le cœur de toutes les communautés rurales.

Pour en lire un peu plus, une suggestion : Leadership Agility (Joiner & Josephs, Jossey-Bass, 2007).

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PORTRAIT D'ICI

Des chantiers maritimes à l’agriculture

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca  

Depuis près de 25 ans, Denise Verreault est à la tête de l’entreprise fondée par son père, le Groupe maritime Verreault. Établie depuis ses débuts dans le village de Les Méchins en Gaspésie, l’entreprise regroupant six filiales occupe une place déterminante dans l'industrie maritime canadienne et emploie une cinquantaine de personnes. 

Étant née et habitant toujours Les Méchins, madame Verreault témoigne d’un fort engagement envers sa terre natale. À l’affut des difficultés rencontrées par les producteurs de sa région, elle voulut mettre à profit la passion pour son territoire au développement de sa région. Cette passion s’est traduite par la diversification de ses activités et l’acquisition, en 2006, d’une première terre agricole. Son souci pour la protection de l’environnement l’a également poussée à s’intéresser à la culture biologique. Une occasion d’affaires s’est alors imposée : la production de céréales sans gluten.

Depuis, elle a mis sur pied La Terre des Anciens à Cap-Chat, une ferme qui produit du chanvre (une variété ne possédant pas de propriétés euphorisantes), du sarrasin, de l’avoine nue et des légumineuses, tous certifiés bio. L’automne dernier, elle a inauguré une usine, La Minoterie des Anciens, à Sainte-Anne-des-Monts. La Minoterie s’affaire à transformer en farine la production de La Terre des Anciens ainsi que des grains provenant d’autres agriculteurs gaspésiens. Un investissement total d'environ 4 millions $ dont les résultats sont déjà tangibles. En effet, les produits sont déjà utilisés par la Coop du Cap de La Martre, de Cap-au-Renard.

Le produit d’usine venant à peine de se concrétiser, Mme Verreault voit déjà plus loin et rêve à de nouveaux investissements. Elle a entrepris, avec le Service de recherche et d'expertise en transformation des produits forestiers situé à Amqui, une étude sur la possibilité de développer différents projets visant à utiliser toute la tige de chanvre afin de minimiser les pertes. La production de chanvre est maintenant envisagée pour d’autres utilisations. Il pourrait entrer dans la fabrication de panneaux de contre-plaqué, qui pourraient notamment servir à la construction de maisons, et être une composante du biodiésel.

La Méchinoise a la conviction que l’agriculture demeure la base de l’économie régionale. Elle souhaite donner un nouveau souffle à l'agriculture en Gaspésie en remettant en valeur les trop nombreuses terres en friche grâce à des projets tels que la culture du chanvre. 

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AILLEURS DANS LE MONDE

Le marketing territorial

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Une tendance se dessine dans le secteur du tourisme mondial : le marketing territorial. On définit cette approche comme « l’ensemble des techniques qui permettent de construire et de développer l’attractivité d’un territoire, c’est-à-dire sa capacité à rayonner, à promouvoir son offre et à attirer sur place, d’une manière ponctuelle ou permanente, des personnes et des capitaux ». Il s’agit ni plus ni moins de regrouper les efforts de chacun des acteurs territoriaux pertinents pour développer l’attractivité du territoire. Ainsi, le tout deviendra plus grand que la somme de ses parties. 

Le marketing territorial est particulièrement intéressant parce qu’il cherche non pas à développer la seule attractivité touristique d’un territoire, mais bien son attractivité globale qui prend en compte autant le secteur résidentiel, les institutions d’enseignement, que les grands événements culturels, sportifs, commerciaux et d’affaires d’envergure. Il s’agit ni plus ni moins de considérer le caractère multifonctionnel des territoires visés, et ce, en intégrant les autres secteurs dans la démarche. Par exemple, London & Partners, un organisme créé dans le cadre des Jeux olympiques de 2012, regroupe plus de 1 000 partenaires de toutes tailles et est responsable de l’attractivité de la ville, tant pour le tourisme que pour les investisseurs, les grands événements et les étudiants. Ces territoires ne sont pas toujours, notons-le, administratifs, mais bien déterminés selon une logique qui leur est propre. Par exemple, en Europe, un projet de marketing territorial est en construction autour d’une forêt célèbre (Ardenne) qui regroupe trois pays qui la partagent, soit la Belgique, le Luxembourg et la France.

Les territoires québécois sont de plus en plus nombreux à considérer leur territoire, sa gouvernance et son développement, selon les approches intersectorielle, multifonctionnelle et interterritoriale. Finalement, on pourra clamer haut et fort que les milieux ruraux québécois sont « tendances »!

Source : Réseau de veille en tourisme. Le tourisme face aux évolutions du marketing territorial, partie 1.
http://veilletourisme.ca/2013/12/04/le-tourisme-face-aux-evolutions-du-m...

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BREVES

Solidarité rurale du Québec vous convie à sa 20e Conférence nationale!

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Cette 20e Conférence nationale se tiendra les 26, 27 et 28 mars 2014 au Fairmont Manoir Richelieu de La Malbaie. Organisée sous le thème Leaders de coeur et territoires en têtes, la Conférence nationale se veut un moment où tous les leaders pourront être inspirés pour pouvoir se lancer dans les prochaines dix années de la Politique nationale de la ruralité avec son territoire en tête, mais le cœur à la bonne place!

Entre autres, au programme : Bernard Derome, journaliste; Yannick Routhier, directeur au ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire; Gérald Lemoyne, ancien maire de Lebel-sur-Quévillon; et la Contrée en montagnes dans Bellechasse.

Les détails de la programmation sont disponibles au: www.ruralite/CN  

 

Le réseau québécois du crédit communautaire au service du développement des collectivités

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca  

Depuis 2000, le réseau québécois du crédit communautaire (RQCC), comme outil de développement économique et de lutte à la pauvreté, participe à la revitalisation des territoires. Au cours des 13 dernières années, il a permis à 3 650 TPE et PME de naître ou de se maintenir, en plus de contribuer à la création ou au maintien de 6 700 emplois. En rendant disponibles des fonds aux entrepreneurs exclus - en tout ou en partie - des systèmes traditionnels de financement, le RQCC vient faire la différence pour ces personnes qui se sont retrouvées devant des portes closes. Plusieurs TPE et PME en milieu rural, telles que Vivres en vrac de Val-David ou Charlevoix Pure Laine de Baie-Saint-Paul, ont pu voir le jour grâce à leur financement.

Pour avoir davantage d’information sur le RQCC, consultez leur site Internet au : http://rqcc.qc.ca/.

 

Colloque sur les pratiques de revitalisation intégrée

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca  

Les 18, 19 et 20 mars prochain aura lieu, à l’hôtel Delta de Trois-Rivières, le troisième colloque sur les pratiques de revitalisation intégrée organisé par ÉCOF-CDEC de Trois-Rivières, la CDEC de Québec et le Réseau québécois de revitalisation intégrée. Sous le thème « S’unir pour agir différemment », cet évènement vise à partager des expériences, à échanger sur les enjeux et à enrichir les réflexions sur la revitalisation intégrée comme outil de collaboration et de concertation dans un objectif de changement. Il s’agit d’une occasion pour les acteurs du développement économique communautaire, social et local, de découvrir le travail dynamique et novateur des collectivités de partout au Québec.

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AGENDA

20 janvier   (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du comité aviseur du programme pilote d’appui à la multifonctionnalité

23 janvier (C. Bolduc)
Sorel. Conférence lors de la session nationale des établissements verts Brundtland

23 janvier (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Rivard)
Montréal. Tournée des membres fondateurs de SRQ : rencontre avec la Fédération des cégeps

30 janvier (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du conseil d’administration des Arts et la Ville

3 février (A. Genest et A. Vadeboncoeur)
Montréal. Journée de réflexion sur la périurbanité dans le cadre de la semaine des régions

3 février (C. Bolduc)
Montréal. Rencontre du groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture au Québec

5 février (C. Bolduc)
En ligne. Animation d’un atelier web pour les Arts et la ville sous le thème : Aimer sa ville, son village

5 février (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge et A. Germain)
Conférence téléphonique. Réunion du comité exécutif de SRQ

5 février (C. Jacob)
Montréal. Rencontre du conseil d’administration du OLT-TIESS

7 février (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Rivard)
Québec. Tournée des membres fondateurs de SRQ : rencontre avec la Fédération des commissions scolaires du Québec

18 février (C. Bolduc)
Amos. Présidente d’honneur du gala de reconnaissance du minicolloque en développement rural de la MRC d’Abitibi

20 février (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Rivard)
Longueuil. Tournée des membres fondateurs de SRQ : rencontre avec les Cercles de fermières

21 février (C. Bolduc)
Amos. Participation à la cérémonie de remise de doctorats honorifiques de l’UQAT

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Décembre 2013, vol. 22, no 7

EDITORIAL

« Dessine-moi un mouton »

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Qui ne se souvient pas de cette histoire du Petit Prince, si seul et fragile sur sa minuscule planète? De ses questions, de ses remarques, de ses demandes…

« S’il te plaît, dessine-moi un mouton. »

Ne connaissant pas la planète du Petit Prince, ses espaces et ses limites, et ne sachant pas non plus ce que voulait exactement ce dernier, l’aviateur lui a dessiné une boîte. Au Petit Prince d’y voir et d’y trouver le mouton de ses rêves. Après tout, qui de mieux que ce petit homme pour savoir quel mouton pourra bien vivre dans son monde?

C’est cette image du Petit Prince et de sa boîte qui me vient à l’esprit au moment de lancer la prochaine mouture de la Politique nationale de la ruralité. Quand nous sommes allés vous rencontrer chez vous, nous vous avons écoutés nous parler de ce mouton que vous souhaitiez noir pour votre territoire, de cet autre qui pouvait être blanc dans le territoire d’à côté, du mouton que chaque village pourrait imaginer, selon ses rêves, ses réalités.

Or, et c’est une bonne nouvelle, à l’instar de l’aviateur, le gouvernement du Québec nous a donné une boîte, et il nous appartient maintenant d’imaginer le mouton que nous souhaitons y dessiner. Car ça y est! La Politique nationale de la ruralité est renouvelée! Nous avons de quoi nous réjouir. Un budget global bonifié malgré le contexte budgétaire difficile. Des agents de développement en plus, dont une équipe spéciale prête à se déployer en cas de crise. Une nouvelle mesure : les « pactes plus » qui favoriseront le travail en commun sur le terrain. Et en prime, 10 ans devant nous pour réaliser nos rêves. Nous avons de belles raisons de célébrer à la veille de Noël.

Une chose est sûre, notre défi, avec cette politique, est bien clair, c’est celui du « vivre ensemble », du « travailler ensemble ». Cela semble si simple, et pourtant... Comme pour le Petit Prince, d’abord, il y a l’Autre, ce renard à apprivoiser, qui s’éloigne chaque fois que l’on approche, parce que c’est dans sa nature, parce qu’il est effrayé. S’asseoir chaque jour près de lui. Attendre que la confiance mutuelle vienne, jusqu’à être capables, enfin, de se faire assez confiance pour partager. Ce sont des efforts que chacun aura à fournir. Mais le jeu en vaut largement la chandelle. Parce qu’au bout de ce travail de longue haleine, de patience, se trouvent des milieux de vie qui mettent le citoyen au cœur de l’action et des préoccupations. Pas le patient, l’élève, l’usager ou la personne âgée, selon qui « s’occupe » de lui, mais bien la personne. N’est-ce pas là la différence fondamentale du monde rural? Cette capacité à se souvenir que l’humain est la base de toute notre société, et qu’une étiquette ne le définit pas?

Nous vivons dans nos territoires, qui sont pour nous uniques, précieux, comme la rose du Petit Prince. « L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur. C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. »

Ce sont les gens qui l’habitent, avec qui nous avons ri, nous avons pleuré, nous nous sommes chamaillés puis réconciliés; ce sont les paysages que nous avons façonnés; c’est le temps que nous y avons perdu ou trouvé qui rendent chacun de nos territoires uniques, qui les rendent si précieux. En cette veille des Fêtes, je vous souhaite de vous arrêter pour apprécier à leur juste valeur toutes ces choses que vous aimez de cette vie au village.

Car la nouvelle année sera pleine d’espoir. Et la décennie, je l’espère, pleine de réalisations à notre mesure. Il vous appartient de commencer, déjà, à imaginer votre mouton…

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MOT DU SECRETAIRE

Le Québec — une nation de commerçants?

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Le Canada mettra en place d’ici 18 mois, un traité de libre-échange avec l’Union européenne. Depuis le début de notre histoire économique, les Québécois ont tenté de conserver une part des richesses ici, en faisant des compromis. Le plus récent de ces compromis nous est imposé par le Gouvernement canadien, imposé aux artisans fromagers et producteurs laitiers du Québec : plus de concurrence de produits européens. C’est important à plusieurs égards. L’industrie laitière est l’une des bases de nos activités agricoles et un maillon fort de l’industrie agroalimentaire du Québec, en plus d’être un symbole de notre réussite collective. Parlez-en à Agropur.

Aussi, ce traité de libre-échange pourrait avoir des impacts sur d’autres secteurs de notre économie rurale, outre le lait et les fromages. Est-ce que les exportations des produits forestiers bénéficieront de ce grand marché de 500 millions d’habitants? Et le tourisme : est-ce que davantage d’Européens viendront visiter nos campagnes? En fait, quels seront les impacts de ce traité sur les économies rurales du Québec? Voilà une question qui méritera que l’on s’y attarde lorsque nous connaîtrons les détails de l’entente.

Sur le terrain, les fromagers demandent avec raison la réciprocité des normes de production et des subventions équivalentes de chaque côté de l’Atlantique, mais ils ont mieux à faire valoir. Ils sont des entrepreneurs d’ici, qui promeuvent nos valeurs. Nous n’avons pas besoin de les « encourager ». Ils produisent ces fromages sur un territoire que nous visitons et admirons. Pas des campagnes vides. Ils produisent avec du lait dans un climat avec une température moyenne annuelle de 5 °C. Pas 15 °C comme ailleurs. Ils emploient des gens de chez nous, qui reçoivent une juste rétribution pour leur ouvrage. Au Québec, nous nous sommes donné des normes socio-économiques : salaire minimum, CSST, assurance-emploi, éducation, etc. On ne peut pas exiger des pays étrangers qu’ils produisent selon nos normes sociales.

Choisir des entreprises d’ici, c’est aussi, comme contribuables, choisir des partenaires qui paieront eux aussi une part des coûts de nos choix de société. Les artisans français font du bon fromage à bon coût, mais ils ne participeront pas à la prochaine rénovation de votre école de quartier ou de village, n’emploieront pas votre petit cousin, et ne seront pas présents à votre prochain marché public. En bref, ils ne vous rendront pas plus fiers d’appartenir à votre communauté.

Nous faisons partie de la solution en ce qui concerne la mondialisation avec l’achat local et nous avons également un pouvoir en ce qui concerne la reconnaissance de ces artisans qui travaillent à nous nourrir. Il n’y a pas que l’État qui peut soutenir l’agriculture. À titre de développeurs territoriaux, de consommateurs, nous le pouvons également. Ce soutien à visage humain, loin des accords de commerce, compte réellement dans la balance. Le gros bon sens, c’est de choisir des produits et des services qui répondent à nos valeurs et à nos goûts. C’est vrai pour nos fromages. C’est vrai pour tout le reste.

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PORTRAIT D'ICI

La revitalisation de Notre-Dame-de-Ham par une nouvelle offre de services de proximité

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Village de 418 habitants dans la MRC d’Arthabaska au Centre-du-Québec, Notre-Dame-de-Ham n’avait plus de services de proximité depuis la fermeture du dépanneur et de l’aire de restauration en 2009. Les citoyens devaient également se rendre, depuis 25 ans, dans le centre urbain le plus près, situé à 25 km de la municipalité, pour avoir accès à un poste d’essence. La distance à parcourir pour avoir accès à ces services de base posait des difficultés pour plusieurs citoyens de cette communauté défavorisée. Ce manque de services a poussé plusieurs entreprises à fermer leurs portes et a mené plusieurs familles à quitter le village.

Dès 2009, les Notre-D’Hamois ont démontré leurs préoccupations face à l’avenir de leur municipalité et se sont fixé des objectifs pour revitaliser et encourager le développement de leur milieu afin d’assurer le bien-être de toute la communauté. Ils ont établi que la priorité était de fournir un accès plus facile à des services de proximité. Quelques citoyens se sont alors regroupés pour démarrer le projet.

Pendant près de deux ans, l’équipe du conseil d’administration a travaillé avec détermination, sans compter les heures, pour développer le plan d’affaires et donner vie à ce qui allait devenir la Coopérative de solidarité de Notre-Dame-de-Ham. Grâce à la grande mobilisation du milieu, tant financière qu’humaine, la communauté a réussi à donner vie à leur coopérative qui a pu prendre son envol en mai 2012.

La Coopérative de solidarité Notre-Dame-de-Ham participe à la revitalisation de la municipalité en offrant un poste d'essence, un dépanneur et une aire de restauration. Depuis sa mise sur pied, six emplois locaux ont été créés. Ce projet constitue une démarche mobilisatrice d’envergure, puisque plus de 120 membres se sont associés à ce projet rassembleur au cœur de ce petit village. En plus de répondre à des besoins primaires de la population, la coopérative est devenue un lieu de rencontre très apprécié de tous et permet ainsi de briser l’isolement des citoyens.

 

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AILLEURS DANS LE MONDE

Un gouvernement ouvert pour développer l’économie: Le pari de l’Ontario

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Le gouvernement de la première ministre ontarienne Kathleen Wynne, a choisi d’offrir à la population un gouvernement transparent et accessible. Si, d’un point de vue éthique, nous ne pouvons que saluer l’initiative, il semble que ce soit aussi dans un souci de favoriser l’innovation et le développement économique que cette initiative ait été lancée.

Le principe est de proposer un dialogue ouvert avec la population par l’utilisation de technologie de l’information et de mettre à leur disposition des données ouvertes qui pourront leur permettre de résoudre des problèmes quotidiens et de trouver de nouvelles idées. La population aura également accès à de l'information ouverte, pour créer encore plus de transparence en partageant plus de renseignements. Bref, le gouvernement mise sur un accès simplifié à l’information, sur l’implication du plus grand nombre dans la prise de décision et sur la création de nouvelles possibilités économiques fondées sur l’information publique.

Entre autres exemples, on peut retrouver sur le site Web dédié à la publication des données ouvertes

(www.ontario.ca/donnéesouvertes), des données sur la géochimie des eaux souterraines ambiantes pour le sud-ouest de l'Ontario ainsi que les résultats d’un sondage pour un plan énergétique à long terme. Ces deux exemples de données ouvertes pourraient servir d’intrants pertinents pour le développement d’une technologie innovante de traitement des eaux ou, encore, la mise en marché d’un produit dans le secteur des énergies renouvelable.

Enfin, le gouvernement mettra en place un groupe de travail composé de représentants venant du monde universitaire, des affaires et des leaders communautaires pour recueillir les commentaires de la population et présenter un rapport sur l’initiative en 2014.

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BREVES

Conférence nationale 2014: Leaders de coeur, Territoires en tête

10 ans pour rassembler, partager, innover

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

Cette année, Solidarité rurale vous convie à une activité bien spéciale. Dans la foulée du lancement d’une nouvelle mouture de la Politique nationale de la ruralité, l’organisme s’affaire à vous préparer des conférences qui sauront vous inspirer et qui vous placeront au cœur de celle-ci. Réservez dès maintenant à votre agenda : du 26 au 28 mars au Fairmont Le Manoir Richelieu (La Malbaie). Pour connaître les détails de l’événement, consultez en janvier www.ruralite.qc.ca/cn. Nous recevrons les inscriptions dès la mi-janvier.

 

Assemblée générale annuelle de SRQ et élections

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

L’Assemblée générale annuelle de Solidarité rurale du Québec se déroulera le 26 mars 2014 à 13 h 30 au Faimont Le Manoir Richelieu, à La Malbaie dans la région de Charlevoix. Lors de cet événement seront connus les résultats des élections aux six postes d’administrateurs à pourvoir, soit trois représentants parmi les membres corporatifs et trois parmi les membres individuels. Les mandats de la présidence et de la vice-présidence qui arriveront à terme seront également à combler. Les membres en règle de Solidarité rurale du Québec recevront par courrier un formulaire de mise en candidature ainsi qu’un bulletin de vote à retourner par la poste. En tant que partie prenante de la coalition, nous espérons vous y rencontrer en grand nombre.

 

Étude sur le tissu social et la persévérance scolaire

Par Lisa-Marie Gervais
Le Devoir

Une étude inédite menée par Michel Perron, titulaire de la Chaire UQAC – Cégep de Jonquière sur les conditions de vie, la santé et les aspirations des jeunes (VISAJ), fait ressortir les principales caractéristiques influençant la persévérance et la réussite scolaires dans une MRC donnée. Contrairement aux idées reçues, même s’il a son importance, le dynamisme économique n’est pas nécessairement LE facteur le plus déterminant. De façon surprenante, le taux de croissance de la population - un facteur démographique - a un effet négatif sur la réussite, tout comme la proportion de logements ayant besoin de réparations majeures et la proportion d’individus dont la langue parlée à la maison n’est ni l’anglais ni le français. Viennent ensuite le poids démographique, la proportion de familles monoparentales et celle de logements plus vieux, construits avant 1946.

« Dans mon modèle, là où j’ai été étonné, c’est avec la variable du pourcentage de variation d’une population. C’était dans le sens contraire de ce que j’attendais. Je suis habitué à voir de plus faibles résultats dans des territoires en perte de vitesse démographique, mais ici, les territoires en croissance démographique sont ceux qui performent le moins bien », a souligné M. Perron, véritable sommité en matière de persévérance scolaire.

Ainsi, les revenus des familles et la scolarisation sont généralement élevés dans les nouvelles banlieues en pleine croissance démographique, par exemple dans la couronne nord de Montréal. Pourtant, la performance scolaire des élèves n’y est pas excellente. Dans des MRC comme celles de Deux-Montagnes (Saint-Eustache) ou des Moulins (Terrebonne, Mascouche), pour ne nommer que celles-ci, la persévérance et la réussite n’ont pas de quoi impressionner.

En somme : plus la communauté est tricotée serrée et implantée depuis longtemps sur un territoire donné, meilleure serait la performance des élèves à l’école. C’est l’hypothèse que formule Michel Perron, qui n’en est pas à ses premières recherches sur les liens entre persévérance scolaire et caractéristiques du territoire. « Là où, par exemple, il y a plus de logements de 60 ans et plus, la performance est meilleure. Ce serait moins le cas d’une population éparse et moins organisée », dit-il, en ajoutant que c’est vrai pour les deux couronnes, mais davantage pour celle au nord de Montréal.

 

Du côté de SRQ

Au courant du mois de novembre, l’équipe de Solidarité rurale a accueilli une nouvelle personne, madame Anne Vadeboncoeur, qui assurera le mandat de Conseillère au développement des territoires. Mme Vadebonceur a, à son actif, plusieurs années d’expérience en mobilisation, en développement local et territorial, et ce, dans différentes régions et possède aussi une expertise au niveau de la collaboration intersectorielle. Elle vient donc compléter et renforcer l’équipe en place. Nous lui souhaitons tous et toutes la bienvenue!

 

Le temps des Fêtes…

Toute l’équipe de Solidarité rurale vous souhaite un très Joyeux Noël entouré des gens que vous aimez… Revenez-nous en forme l’an prochain! Nous vous invitons à prendre connaissance de nos souhaits pour 2014 en consultant notre carte de Noël virtuelle au http://noel.ruralite.qc.ca ! Notez que nos bureaux seront fermés du 23 décembre au 3 janvier.

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AGENDA

2 décembre (C. Jacob)
Sherbrooke. Rencontre Voies vers la prospérité

3 au 6 décembre  (C. Bolduc et C. Thivierge)
Québec. Congrès de l’UPA

5 décembre (C. Bolduc, C. Thivierge, A. Germain, C. De Hamel, C. Jacob, C. Rivard et A. Vadeboncoeur)
Québec. Cérémonie de lancement de la Politique nationale de la ruralité (2014-2024)

12 décembre (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge et A. Germain)
Québec. Réunion du comité exécutif de SRQ

12 décembre (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge et A. Germain)
Québec. Réunion du conseil d'administration de SRQ

23 décembre au 5 janvier 
Vacances de Solidarité rurale du Québec

30 janvier 2014 (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du conseil d’administration des Arts et la Ville

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Novembre 2013, vol. 22, no 6

EDITORIAL

Pas de décentralisation sans démocratisation

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

La ritournelle est aussi vieille que les MRC et elle revient à nos oreilles à toutes les élections d’un nouveau gouvernement. Les couplets changent, mais le refrain reste toujours le même : décentraliser pour rapprocher les lieux de décisions du citoyen, décentraliser pour offrir de meilleurs services, décentraliser pour faire autrement que le gouvernement précédent.

La ritournelle est si belle qu’elle enchante chaque fois. Le gouvernement semble cette fois décidé à aller de l’avant avec un projet de loi-cadre sur la décentralisation. On est tentés d’y croire encore une fois. Mais à quoi veut-on croire au juste?

Sûrement pas au père Noël. La décentralisation n’a rien d’inoffensif. Au contraire. Il y a des enjeux, il y a des risques bien réels.

Si la décentralisation signifie recréer en région ces fiefs de bureaucrates qui, du haut de leur tour, décident de ce que sera le quotidien du bon peuple, qui s’attribuent pouvoirs et décisions, non merci. Si la décentralisation signifie accentuer les disparités entre les régions, nous n’en voulons pas. Si elle se veut une échappatoire à l’État pour éviter de redistribuer la richesse de façon équitable et une manière de retirer de ses livres comptables des dépenses politiquement non payantes, on passera notre tour.

Si au contraire, décentralisation rime avec démocratisation, nous sommes preneurs. Si elle permet aux citoyens d’avoir collectivement une meilleure emprise sur les décisions qui concernent leurs milieux de vie, nous la voulons.  Si elle permet de passer à un réel développement territorial, qui va par-delà les silos des secteurs d’activité et valorise l’utilisation de toutes les ressources présentes sur le territoire pour le bien commun, alors il nous la faut sans tarder!

Ce projet de loi-cadre qu’on nous promet pour bientôt n’ira pas plus loin que la multitude d’autres projets morts à l’état embryonnaire s’il n’est pas porté par une réelle volonté populaire. Sans racines profondes qui tirent leur force des milieux et de toute la richesse humaine qui les compose en termes sociaux, économiques, culturels, il tombera. Comme les autres!

Si la Politique nationale de la ruralité bat des records de longévité, avec ses 12 ans d’existence et ses dix ans à venir, c’est justement parce qu’elle est réellement décentralisée et qu’elle interpelle tous les acteurs du milieu, quel que soit leur secteur d’activité, quel que soit leur titre, du citoyen au maire, du forestier à l’artiste, et qu’elle les unit autour de l’avenir de leur territoire de MRC. Si elle connaît toujours autant de succès, c’est parce que les citoyens s’y sont impliqués en ayant la certitude qu’ils participaient aux orientations et à la décision.

L’histoire de la création de cette politique unique qui s’est écrite à l’encre de la fine observation, de la consultation du citoyen chez lui, dans son milieu, de la mobilisation des forces vives, de la réflexion soutenue, a de quoi inspirer nos gouvernants. C’est à l’unisson que les milieux ruraux ont réclamé sa reconduction, c’est à l’unisson qu’ils devront aussi chanter la décentralisation. La ritournelle électorale doit devenir la chanson qui est sur toutes les lèvres, qu’on vive à Laval ou à La Motte. Le contexte s’y prête plus que jamais. Nous avons tous, collectivement, urbains et ruraux, élus et citoyens, besoin de ce succès qui panserait peut-être quelques blessures infligées par les révélations de la commission Charbonneau, par l’exploitation à tous crins des ressources naturelles ou par les affres de la carte électorale. 

Le projet est prometteur. Mais sa nature même appelle la machine étatique à miser sur une élaboration qui sort de ses cadres habituels. Voilà un test qui définira son échec ou sa réussite. Et pour que la seconde option l’emporte, cela se fera avec les citoyens. Sans eux, point de salut.

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MOT DU SECRETAIRE

Serviteurs de la société 3.0

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

En ces temps où le cynisme ambiant rivalise avec le sentiment d’impuissance, tant à cause de révélations issues des commissions d’enquête, des grands enjeux affectant nos vies comme les changements climatiques ou les crises financières, les décideurs locaux et les acteurs du développement deviennent des alliés de taille de la population. Nos décideurs ont besoin à leur tour d’employés professionnels, d’experts salariés par l’État central, régional ou municipal.

Le besoin d’une administration et d’agents au service des décideurs s’est manifesté depuis plusieurs siècles partout sur la planète. En Europe, cette administration s’est développée avec l’intérêt du monarque pour la mainmise sur le territoire et a contribué à la construction des États. Pour la petite histoire, ce sont les Chinois qui, dans le cadre de la gestion de leurs grands empires, deux siècles avant notre ère, introduisirent des critères de nomination basés sur le mérite pour les postes de fonctionnaires. Ce n’est que bien plus tard que l’Angleterre (1854) et les États-Unis (1883) reprirent ce système.

Aujourd’hui, la fonction publique sur le territoire du Québec (les employés des sociétés d'État, des réseaux de l'éducation, du réseau de la santé et des services sociaux et des municipalités), qu'elle soit provinciale ou fédérale emploie près de 900 000 personnes (données de 2011). La part de l'administration provinciale dans l'emploi public au Québec est quant à elle à la baisse depuis le début des années 2000 (de 12 % en 2000 à 9,9 % en 2010). En ce qui concerne les entreprises publiques, elles ont connu une baisse continue et marquée (-42,9 %) de leur effectif depuis 1981 au Québec1.

En anglais, le terme utilisé pour désigner un fonctionnaire est civil servant, traduit librement par serviteur de la société. Cette appellation reflète bien cette réalité où le fonctionnaire s’engage à défendre consciencieusement la démocratie, l’ordre et la saine gestion publique. Selon la Commission de la fonction publique du Canada, le fonctionnaire sert l’intérêt public en servant le gouvernement élu. Le fonctionnaire exerce dans ses activités quotidiennes un certain niveau de pouvoir discrétionnaire, mais il doit traiter toutes les personnes du public avec impartialité.

Ces professionnels sont indispensables au bon fonctionnement de la société. Leur réputation a été malmenée depuis bien des années. On critique leur productivité, leur efficacité, ou leurs conditions avantageuses d’emploi. Aujourd’hui, le million de fonctionnaires de tous les niveaux au Québec travaillent à encadrer et à appuyer le développement de la société.

Bien plus que des gestionnaires de programmes, ces experts soutiennent nos élus dans leurs prises de décision, supportent les entrepreneurs dans leur développement, assurent la santé et la sécurité de notre population et offrent des moyens d’éduquer et de former nos gens.

Devant le cynisme, il nous reste la rigueur d’analyse. Pour contrer les sentiments d’impuissance, nous devons compter sur la compétence. Les fonctionnaires de notre État moderne doivent posséder les compétences pour aller au-devant des gens dans des structures souples qui favorisent l’innovation. Les citoyens québécois de partout doivent continuer de compter sur eux afin de mettre en place les grandes politiques de notre gouvernement. La Politique nationale de la ruralité annoncée par la première ministre est un exemple où le jugement et l’esprit d’innovation seront indispensables afin d’en assurer le succès.

Note :

1. L’Observatoire de l’administration publique - ENAP. L’État québécois en perspective. www.etatquebecois.enap.ca/fr/accueil.aspx

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PORTRAIT D'ICI

Publication. La ruralité en Abitibi-Témiscamingue : Visions multiples

Lorsque je pense à la ruralité de l’Abitibi-Témiscamingue, je pense à …?

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Cette question a été posée à des ruraux de l’Abitibi-Témiscamingue afin de produire un portrait de la ruralité différent des portraits traditionnels statistiques. Trouver quels sont les mots justes pour dire la ruralité, c’est le mandat auquel s’est attaquée la Chaire Desjardins en développement des petites collectivités, pour la Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue.

L’analyse de l’ensemble des termes cités par les participants pour parler de la ruralité nous permet de tirer ce constat : la ruralité de l’Abitibi-Témiscamingue, c’est d’une façon synthétique […] d’abord un milieu de vie habité par des gens qui se préoccupent de son développement, notamment en regard des services. Mais c’est aussi un lieu, un grand territoire avec des ressources, sans doute à mettre en valeur.

Aussi, l’exercice de cartographie conceptuelle (la méthode utilisée par le chercheur pour « sonder » les participants) a permis de dégager six grandes représentations de la ruralité de la région :

  1. La ruralité, c’est de grands espaces naturels.
  2. La ruralité, c’est un milieu de vie de qualité.
  3. La ruralité, c’est un mode de vie choisi et en transformation.
  4. La ruralité, c’est une identité forte et un sentiment d’appartenance important.
  5. La ruralité, c’est un potentiel de développement à saisir par la créativité de ses habitants.
  6. La ruralité, c’est des luttes et des mobilisations politiques.

Source : Patrice LeBlanc, La ruralité en Abitibi-Témiscamingue : Visions multiples, Chaire Desjardins en développement des petites collectivités pour la Conférence régionale des élus (CRÉ) de l’Abitibi-Témiscamingue, 2013. www.conferenceregionale.ca/documents/publications/leblanc_cre_la_ruralit...

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AILLEURS DANS LE MONDE

Mexique : une culture en mutation

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Le 15 octobre dernier, on célébrait la Journée internationale de la femme rurale. Voilà un beau prétexte pour observer comment le fait d’être une femme rurale se vit ailleurs. Au cours des dix dernières années, ce sont environ 200 000 hommes qui ont quitté le Mexique vers des exploitations agricoles étrangères, espérant pouvoir offrir un meilleur revenu à leur famille. Au Québec, de plus en plus d’employeurs agricoles font appel au service de cette main-d’œuvre ponctuelle qui est devenue indispensable pour la viabilité de ce secteur économique. Cependant, la venue de ces travailleurs étrangers tant ici qu’aux États-Unis a des conséquences sur l’industrie agricole de leur pays d’origine. Dans ce pays où le patriarcat prédomine, ce phénomène de migration des hommes transforme peu à peu la culture. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes ont le devoir d’assurer la subsistance de leur famille.

La répartition traditionnelle des rôles entre les sexes n’est pas encore disparue, puisque beaucoup de femmes demeurent tributaires de l’argent que leur mari leur envoie de l’étranger et que les hommes sont toujours majoritairement en charge de l’agriculture, qu’ils reprennent en main lorsqu’ils reviennent au pays. Cependant, on constate que les quelques mois passés à l’étranger changent irrémédiablement les relations. Aujourd’hui, la femme représente le principal soutien de la famille dans plus d'un ménage rural du pays sur six, soit un tiers de plus qu’il y a dix ans.

De plus en plus de femmes assurent la gestion des entreprises agricoles familiales puisque la plupart des hommes qui s’exilent ne reviennent jamais au Mexique et beaucoup cessent d’envoyer de l’argent à leur femme. La nouvelle vie de Mme Fernandez démontre bien la réalité de ces femmes de travailleurs étrangers. Au début, lorsque le père de ses cinq enfants a quitté la maison pour travailler aux États-Unis, il transférait fréquemment de l’argent et donnait des nouvelles. Mais, un jour, tout s’est arrêté. Pour survivre, elle a dû prendre en main la gestion de l’exploitation familiale de café. Puis, elle a regroupé en coopérative plus de cent producteurs locaux de café. Les profits de la dernière année, avec l’augmentation du prix du café, lui ont permis d’agrandir son territoire d’exploitation et de s’offrir quelques extras. À sa grande surprise, le père de ses enfants est réapparu. Ne voulant pas perdre sa nouvelle liberté et sachant qu’elle avait la capacité de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille, elle a refusé qu’il revienne.

L’histoire de Mme Fernandez n’a rien d’exceptionnel. L’exode des hommes vers le nord aurait pu mettre en péril le développement des entreprises agricoles, mais la résilience des femmes mexicaines leur a permis de prendre le relais des hommes et leur a démontré qu’elles pouvaient réussir.

Source : http://www.courrierinternational.com/article/2012/06/15/les-paysannes-pr...

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BREVES

Et les gagnants sont…

Par Cynthia Rivard
crivard@solidarite-rurale.qc.ca

Le Comité des partenaires de la ruralité célébrait le 10 octobre dernier les Grands Prix de la ruralité, au Salon rouge de l’Assemblée nationale. L’événement, qui vise à reconnaître l’importance des acteurs clés du développement rural que sont les municipalités, les MRC, les centres locaux de développement, les agents ruraux et les leaders locaux, a mis en lumière cinq organisations et personnes qui se sont distinguées par leur dynamisme et leur apport à la ruralité québécoise. Solidarité rurale du Québec salue les lauréats pour cette contribution ainsi que tous les finalistes. Voici les lauréats :

  • Prix Mobilisation (remis par la Fédération québécoise des municipalités) : MRC de Nicolet-Yamaska
  • Prix Excellence – Innovation (remis par l’Union des municipalités du Québec) : Produire la santé ensemble
  • Prix Organisme rural (remis par Solidarité rurale du Québec) : Coopérative de solidarité de Notre-Dame-de-Ham
  • Prix Agent rural (remis par l’Association des centres locaux de développement) : Monsieur Jerry Espada
  • Prix Hommage (remis par le ministre délégué aux Régions) : Monsieur Charles Labrie, instigateur du projet de Cité-école

 

Les effets de la Politique nationale de la ruralité sur la santé des communautés rurales et de leurs citoyens.

Des nouvelles de l’avancement du projet.

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

En mai dernier, Solidarité rurale du Québec vous annonçait sa participation à un projet de recherche sur l’impact de la PNR sur la santé des ruraux en collaboration avec l’Institut national de santé publique. Quelque six mois plus tard, les travaux de l’équipe de chercheuses de l’Institut ont avancé à grands pas. Entre autres, il y a eu la tenue d’un séminaire en juin dernier et le choix des territoires qui seront étudiés. Ainsi, deux villages dans les MRC de Montmagny, d’Arthabaska et du Granit ont été sélectionnés en fonction d’une série de critères et la collecte de données dans les milieux a été amorcée par la réalisation d’entrevues. Les résultats finaux de l’étude sont attendus en 2015. À suivre!

 

Un guide pour amenuiser les tensions

Par Cynthia Rivard
crivard@solidarite-rurale.qc.ca

On connaît davantage l’organisme Au coeur des familles agricoles pour son travail de rang auprès des agriculteurs, pour les soutenir et briser leur isolement. L’organisation vient d’ailleurs d’inaugurer un centre de répit en plein cœur d’un quartier résidentiel de Saint-Hyacinthe. Mais l’organisation travaille également, dans la lignée philosophique du travail de rue, avec le milieu. C’est dans cette perspective qu’elle a publié Le Guide du bon voisinage, destiné à tout néorural qui s’installe en campagne. Le guide, disponible sur le site Internet d’Au cœur des familles agricoles au www.acfareseaux.qc.ca, démystifie les pratiques agricoles en expliquant, saison par saison, ce qui se passe dans les champs. Il est également ponctué de « saviez-vous que ? » tantôt utiles, tantôt instructifs pour les néoruraux. « Saviez-vous que la loi permet tout de même de dépasser, de manière sécuritaire, les véhicules portant un triangle orange? » « Saviez-vous qu’il n’y a pas d’antibiotiques ni aucune hormone de croissance utilisés dans l’alimentation des vaches laitières? », voilà quelques exemples tirés de la publication qui permet une meilleure compréhension et une meilleure connaissance du monde agricole. Le guide dresse également un portrait des différentes productions, présentant ses particularités, et parle de quelques enjeux importants en agriculture, comme la relève ou l’environnement. De quoi permettre, assurément, un meilleur voisinage dans un territoire multifonctionnel, où tous peuvent y trouver leur compte.

 

Mémoire : La future politique énergétique du Québec. Une question de vision globale et territoriale.

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Solidarité rurale du Québec a déposé un mémoire dans le cadre de la Consultation publique sur les enjeux énergétiques du Québec. Parmi les différentes positions et recommandations que l’on retrouve dans ce mémoire, notons que SRQ recommande que la Politique énergétique laisse une part de l’assiette énergétique aux communautés rurales désireuses de développer leur potentiel énergétique dans des projets communautaires qui leur ressemblent. Aussi, elle enjoint le gouvernement à reconnaître les responsabilités des milieux (MRC et schéma d’aménagement), notamment en ce qui concerne l’exploitation des hydrocarbures. En d’autres mots, le mémoire table sur l’importance de considérer le développement énergétique aussi sous un angle territorial.

Pour la Coalition, tenir compte de l’interdépendance entre le rural et l’urbain, tout en se rappelant leur complémentarité, s’avère un exercice fondamental dans le cadre de l’élaboration de la nouvelle Politique énergétique du Québec. Il faudra que celle-ci prenne en considération le besoin des uns et des autres ainsi que leurs apports respectifs dans l’élaboration des solutions et l’atteinte des cibles.

Pour lire les mémoires de Solidarité rurale du Québec : www.ruralite.qc.ca/fr/Publications

 

Prix Ruralia-Desjardins 2014 : Appel de candidatures

Votre communauté réalise un projet mobilisateur? Celui-ci pourrait être admissible au Prix Ruralia-Desjardins. Il est possible de soumettre votre candidature jusqu’au 12 décembre prochain en visitant : www.ruralite.qc.ca

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AGENDA

4 novembre (C. Bolduc)
Sainte-Foy. Rencontre du Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture au Québec

5 novembre (A. Genest et A. Germain)
Montréal. Conférence de presse Coalition contre la réforme de l'Assurance emploi

8 novembre (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge et C. Jacob)
Trois-Rivières. Réunion du comité exécutif de SRQ

12 novembre (C. Thivierge)
Montréal. Co-animation Table ronde au Colloque Systèmes Alimentaires Durable au Québec

15 novembre (C. Bolduc, A. Germain et C. De Hamel)
Montréal. Soupe populaire de la Coalition québécoise contre la réforme de l'assurance-emploi

19 novembre (C. Bolduc, C. Thivierge)
Ottawa. Panel Assurer la prospérité et la sécurité des collectivités rurales du Comité permanent des finances dans le cadre de ses consultations pré-budgétaires.

20 novembre (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Jacob)
Montréal. Assemblée générale annuelle de Territoires innovants en économie sociale et solidaire - Organisme de liaison et de transfert (TIESS-OLT)

22 novembre (C. Bolduc)
Québec. Rencontre avec les étudiants d'agroéconomie de première année

26 novembre (C. Thivierge)
Lac-Delage. Participation au Colloque sur le développement des forêts de proximité

29 novembre (C. Bolduc)
Sainte-Foy. Rencontre du Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture au Québec

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Octobre 2013, vol. 22, no 5

EDITORIAL

« Aimons-nous quand même »

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Aimons-nous malgré l’amour…

On choisit de vivre ensemble par amour. C’est viscéral et profondément humain, une question de survie. Qui se ressemble s’assemble. Des familles s’érigent autour de ce principe, des communautés aussi. C’est ce qui a permis à l’humain, bien faiblard à côté des autres espèces, de prospérer jusqu’à se hisser au sommet de la chaîne alimentaire.

C’est aussi ce qui a permis à nos communautés rurales de survivre et de prospérer au fil du temps, malgré tout ce qu’en disaient les pronostics des oiseaux de malheur. Nos communautés tricotées serrées ont su rebondir sur la force de leurs mailles. Parce qu’elles ont appris à se faire confiance. Et soyons clairs, ce n’est pas un long fleuve tranquille que de développer ce sentiment. Il y en a eu des discussions, des débats, des hésitations et des chicanes… il y en aura encore. C’est justement à travers la vie qu’elles ont appris à s’aimer, avec leurs forces et leurs faiblesses, à dépasser leurs peurs. La peur d’échouer a fait place à la certitude qu’ils pouvaient réussir. La peur de l’arrivée de ce projet a fait place à la volonté de s’affirmer et de fixer les règles de son implantation.

Ce rurbain qui débarque en campagne arrive avec son lot de menaces. Se plaindra-t-il des odeurs de l’agriculture? Laissera-t-il l’accès à son terrain aux motoneigistes? Participera-t-il à la vie du village en cherchant à imposer ses idées ou, au contraire, s’isolera-t-il dans son chalet au bord de l’eau sans jamais dépenser un sou au commerce du coin, profitant de ses escapades en ville pour se réapprovisionner?

Et à ce nouveau citoyen rural, lui a-t-on raconté la fête annuelle au village? Lui a-t-on dit qu’il y est invité et que sa présence sera bien accueillie? Lui a-t-on expliqué la corvée que l’on fait une fois l’an pour améliorer notre milieu de vie ou encore ce concours de décoration ou d’embellissement? Lui a-t-on présenté l’histoire de notre village, ses batailles, ses héros, ses victoires et tous ces enjeux nouveaux aussi?

Céder à la peur, c’est s’enfermer dans nos perceptions sans jamais les vérifier, de part et d’autre. La confiance, elle, vient avec une bonne dose de curiosité qui permet la discussion et le dialogue. 

J’aurai longtemps en tête le souvenir de cet homme, rencontré en tournée dans une région marquée par l’arrivée massive de rurbains, qui demandait pourquoi les nouveaux propriétaires, en plus de leur taxe de bienvenue, ne recevaient pas aussi leur taxe d’implication citoyenne de laquelle s’acquitter en temps donné auprès de la communauté. Ce citoyen avait mis le doigt sur quelque chose d’important : pour vivre ensemble, il faut d’abord avoir des occasions de rencontres, les initier, les provoquer. 

En sillonnant le Québec, j’ai été en mesure de constater toute la fierté qui anime nos communautés. J’ai rencontré des gens fiers de ce qu’ils sont, libres penseurs, ouverts sur le monde, curieux de tout. Et de l’Autre au premier chef. Car pour celui qui a confiance, cet Autre est une occasion merveilleuse. Une aventure en soi. Une porte ouverte sur de nouvelles façons de faire, de voir le monde, sur un talent qui manquait au village, sur des compétences essentielles, sur une maille qui renforcera encore la communauté. Qui à Mont-Laurier pourrait remettre en question l’apport important de Michel Adrien à la vitalité de la communauté? Le sentier Poétique ne serait pas né à St-Venant-de-Paquette sans Richard Séguin. Ils sont, comme bien d’autres, de ces mailles qui se confondent dans le tricot, tout en y apportant une couleur chatoyante.

* * *

Cette réflexion sur les nouveaux citoyens du monde rural, ça ne vous rappelle pas l’actualité des dernières semaines?

On aura dit beaucoup de choses sur la Charte des valeurs. Mais tout ce qui aura été dit sur l’autre en aura finalement beaucoup plus dit sur nous.

Aimons-nous, simplement. Aimons-nous comme nous sommes! Le respect suivra.

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MOT DU SECRETAIRE

La fierté en trois mots      

Par Christian Thivierge,
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Je suis heureux de vous écrire ces premiers mots à titre de secrétaire général de Solidarité rurale du Québec. Trois mots. Trois beaux mots :

solidarité   -   rurale   -   Québec.

Trois mots qui traduisent ma fierté et, j’espère, la vôtre. Sans tomber dans la nostalgie des temps révolus, je suis fier d’appartenir à ce peuple qui s’est construit lentement sur quelques siècles grâce à ses travailleurs, bâtisseurs, découvreurs, et ses gens de courage et d’ambition. Fierté de voir des gens de chez moi relever la tête dans ce présent tumultueux où les réalités se bousculent, à certaines occasions dans la souffrance. Fierté de rêver à notre avenir, avec bien sur la conscience de nos ressources, de nos possibles, mais aussi de nos aspirations collectives.

Joindre Solidarité rurale du Québec, c’est pour moi, très humblement, participer à ce grand chantier qu’est le Québec d’hier, d’aujourd’hui, et de demain. C’est aussi me mettre au service des communautés et au service du Québec.

Ces communautés rurales, nos communautés rurales, méritent notre fierté. Avec une population représentant le quart de celle du Québec, toute en diversité et en nuances, les questions du vivre ensemble et d’éducation sont cruciales. Avec leurs immenses territoires offrant un espace de vie où l’équilibre entre développement et respect des écosystèmes durables est possible, les enjeux énergétiques, d’utilisation des ressources, d’accès à Internet et de décentralisation des pouvoirs sont fondamentaux. Ce ne sont là que quelques questions touchant l’actualité. Il y en a bien d’autres qui ne sont pas dans l’œil des médias ces jours-ci.

Nous sommes également ce que les autres voient en nous. Qu’est-ce que la communauté internationale voit lorsqu’elle regarde le Québec? Demandez-le aux prochains touristes qui passeront dans votre coin de pays. Ils voient la beauté de notre territoire et la force de nos gens. Et ils viennent de loin pour voir cela!

Beaucoup de défis s’inscrivent dans notre réalité et seront aux portes de demain. Pour affronter ces défis, Solidarité rurale s’engage à outiller les acteurs du développement et les citoyens. Nous appartenons tous à une famille et dans certains cas à plusieurs familles. Et si les grandes familles du Québec se parlaient et travaillaient ensemble? Les défis d’aujourd’hui et de demain sont des occasions de nous faire rêver. Ensemble.

Au plaisir d’échanger avec vous sur vos rêves et vos aspirations.

*  *  *

Monsieur Thivierge est ingénieur forestier et détenteur d’une maîtrise en développement régional. Outre son passage en Amérique latine où il a travaillé au développement forestier en concertation avec les milieux, au Québec, il a assumé la direction régionale de l’Agence forestière des Laurentides, la direction adjointe au programme des Réseaux de Centres d'Excellence (RCE) du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). Tout récemment, il était conseiller en développement à la Conférence régionale des élus de la Capitale-Nationale. Il est également propriétaire d’une entreprise spécialisée dans la production d’ail et de fleurs d’ail biologique à Sainte-Anne-de-la-Pérade.

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PORTRAIT D'ICI

Saint-Mathieu-du-Parc en met plein la vue pour l’Halloween

Par Amélie Germain,
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Chaque fin octobre, depuis 2007, le village de Saint-Mathieu-du-Parc, en Mauricie, fait les choses en grand pour frapper l’imagination des petits et des grands en se transformant pour souligner de façon originale les festivités d’Halloween. Acrobates, comédiens, musiciens, jeux, aires de restauration et feux d’artifice contribuent à rendre la soirée magique au grand plaisir de tous.

Sortie de l’imaginaire des propriétaires du Duché de Bicolline, la Quête des enfants perdus permet à toute la famille de participer à un immense jeu immersif animé par de nombreux personnages et créatures fantastiques sous une thématique différente chaque année. À travers leur chasse aux bonbons, les participants sont amenés aux quatre coins du village pour trouver des indices qui leur permettront de résoudre leur quête. Au fil des années, le village a reçu la visite de pirates, d’une foire ambulante et des hommes en noirs. Cette année, les participants seront immergés dans « le parcours des apprentis magiciens » où les plus grands mages du monde transporteront les enfants dans une aventure médiévale fantastique.

La municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc et le Duché de Bicolline sont partenaires dans l’organisation de cette grande fête qui prend de plus en plus d’ampleur chaque année. En 2012, la programmation fut élargie permettant ainsi à près de 9 000 personnes de participer à la fête, la plupart provenant de l’extérieur puisque la communauté rurale compte 1 200 habitants.

Victime de son succès, la tenue de l’événement requiert une organisation de plus en plus importante et nécessite la collaboration de toute la communauté. Les organisateurs ont dû faire des efforts pour améliorer la sécurité et trouver une solution au manque de stationnement. Ainsi, le village est désormais totalement piétonnier pour faciliter le déploiement de l’action. Des moyens ont également été mis en place pour encourager et soutenir la mobilisation des citoyens qui participent à la transformation du village tant au niveau de l’accueil que de la décoration. Par exemple, la municipalité a mis sur pied une réserve de bonbons et des navettes s'organisent pour livrer les friandises dans les maisons du village. Sans cette aide, les citoyens ne parviendraient jamais à combler l'enthousiasme des petits monstres qui sillonnent les rues. Aussi, des prix sont prévus pour récompenser les plus beaux décors.

Même si les retombées demeurent difficiles à quantifier, l’enthousiasme est présent. Pour la municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc, il s’agit d’une niche intéressante puisque la fête entre en compétition avec aucun autre événement. Il ne fait aucun doute que la fête a pris beaucoup d'ampleur depuis ses débuts et qu’elle est appelée à se développer davantage puisque les organisateurs espèrent bien que leur village devienne la capitale de la fête de l’Halloween.

Cette année, l’activité a lieu samedi le 26 octobre.

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AILLEURS DANS LE MONDE

Un modèle en émergence : l’éolien citoyen

Par Caroline De Hamel,
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

La consultation publique1 de la Commission sur les enjeux énergétiques bat son plein au Québec. Elle est à la recherche de réponses sur la thématique « De la réduction des gaz à effet de serre à l’indépendance énergétique du Québec ». Ce moment de réflexion nationale s’avère tout à fait pertinent pour aller voir ailleurs où ils en sont en matière de développement énergétique communautaire. De l’autre côté de l’océan, là où les ressources énergétiques se font de plus en plus rares et coûteuses, de nouveaux modèles de développement se mettent en place. Les collectivités prennent en charge leur destin, leur autonomie et sont à l’heure de l’action.

Bégawatts, premier projet citoyen éolien à voir le jour en France, c’est en bref « 1 000 citoyens, 4 éoliennes, 12 millions d’euros d’investissement, 10 années de persévérance ». Dès 2014, ces hélices géantes fourniront en électricité environ 8 000 foyers du département de Morbihan en Bretagne.

Le projet a pris naissance lors d’une discussion où un couple d’agriculteurs souhaitait ériger une éolienne. Un an plus tard, en 2003, l’Association Éoliennes en Pays de Vilaine est créée et déjà plus de 100 citoyens sont impliqués. Cette association se base sur les principes directeurs suivants : le recours aux énergies renouvelables, l'appropriation de la question énergétique par les citoyens, la maîtrise locale de l'énergie productrice de richesse locale et des actions en faveur des économies d'énergie. L’implication inépuisable venant de différentes organisations tant publiques que privées, mais surtout de toute la collectivité locale permet au projet de démarrer et de franchir une étape charnière en 2005 : les études et les démarches déterminent le choix du site qui sera Béganne, commune rurale affichant une population totale de près de 1 500 âmes. Le site s’étendra aussi sur les communes voisines : Allaire et Saint-Gorgon. En 2007, sont abordés de façon importante les aspects de financement local de ce développement. On crée une SARL (Société à responsabilité limitée) qui réunit les vingt-quatre adhérents de l’association ainsi que les habitants du territoire qui sont regroupés en CIGALES (des Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative Locale de l’Économie Solidaire). La recherche de financement s’étalera sur plusieurs années tout en respectant les prémisses du projet : un financement majoritairement citoyen. En 2010, les statuts juridique et financier innovateurs du projet compliquent les démarches. Malgré tout, Begawatts prend officiellement forme en 2011 et assurera la gestion de l’exploitation du futur parc éolien. Les années qui suivent ont servi à finaliser et consolider le montage financier ainsi que la planification du projet de construction du site. Le 27 mai dernier ont enfin commencé lesdits travaux.

Seulement en Bretagne, quatre autres parcs sont prévus. En toile de fond de ces projets, on trouve le Conseil régional de Bretagne qui vise à fournir 34 % de la consommation d’électricité en 2020 par ces énergies renouvelables. Il met sur pied le réseau Taranis, conçu spécialement pour soutenir les citoyens dans leur projet éolien, entre autres en mettant à leur disposition un guide méthodologique. Les objectifs de Taranis sont :

1) partager et valoriser les projets d'énergies renouvelables citoyens menés en Bretagne
2) créer un pôle de mutualisation des ressources et des compétences
3) favoriser et appuyer le portage de projets citoyens
4) faire émerger de nouveaux projets citoyens

Québec, à vos marques!

1.   La consultation se terminait le 11 octobre 2013. Toute l’information au http://consultationenergie.gouv.qc.ca.
Sources [consultées le 17 septembre 2013] :

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BREVES

Troisième édition du Prix Ruralia-Desjardins - 40 000 $ en bourses!

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Pour une troisième année, Solidarité rurale du Québec et le Mouvement Desjardins remettront le Prix Ruralia-Desjardins. Le prix sera remis à trois projets d’initiative citoyenne, en démarrage ou en cours de réalisation. Les projets récompensés auront su mobiliser l’ensemble de leur communauté rurale et se démarquer par leur aspect rassembleur et novateur, dans une perspective de prospérité durable.

Trois bourses seront remises: soit un grand prix de 25 000 $, un prix de 10 000 $ et un prix de 5 000 $. Pour connaître les critères d’admissibilité ou déposer votre candidature, visitez le site Internet du prix au : www.ruralite.qc.ca/fr/Outils/Prix-Ruralia-Desjardins. La date limite pour le dépôt des candidatures est le 12 décembre 2013.

 

Congrès : Vers un Québec intelligent et numérique

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

L’Association des professionnels en développement économique du Québec (APDEQ) a tenu son 54e congrès avec cette thématique à la fine pointe de l’actualité. Les 2, 3 et 4 octobre avait lieu ce rassemblement d’acteurs de développement de nos régions dans la belle région de Gatineau. Partant du principe que les communautés se dotent de plus en plus de leur propre plan d’action en regard aux TIC et inspiré des dernières tendances « de Wi-Fi gratuit et accessible, d’innovation ouverte, d’espace de cocréation, d’applications pour téléphones intelligents, de données ouvertes », ils ont abordé tout cela dans l’objectif de trouver des pistes de solutions qui contribueront à bâtir les communautés de demain.

 

Mémoire sur la réforme de l’assurance-emploi

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Après un printemps de mobilisation contre la réforme de l’assurance-emploi, Solidarité rurale du Québec a participé aux travaux de la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi en y déposant un mémoire. Dans celui-ci, la Coalition aborde la réforme de l’assurance-emploi sous trois angles, soit celui de la vision territoriale, de la vitalité et de l’occupation des territoires, et de la gouvernance.

SRQ demande au gouvernement fédéral de se doter d’une vision qui prend en compte la multifonctionnalité des territoires, les différences que l’on y retrouve et les capacités locales à se prendre en charge et à se développer. La réforme de l’assurance-emploi va donc totalement à contresens d’un développement réfléchi des collectivités et des personnes. Il faut plutôt mettre sur pied une politique de l’emploi cohérente et différenciée sur une base territoriale. Une politique qui prend en compte les stratégies et les plans déjà en action – relatifs à l’emploi et à la formation – dans les territoires, que l’on parle ici de provinces ou d’unités territoriales à plus petites échelles (MRC, etc.). Une stratégie qui tient compte du fait que d’ici peu de temps – mais peut-être un peu plus long qu’un mandat de quatre ans! – le vieillissement généralisé de la population engendrera une diminution marquée du bassin de la population active, soit les 20-64 ans, qui fournissent l’essentiel de la main-d’œuvre.

Solidarité rurale s’inquiète tout particulièrement de l’impact que pourrait avoir la réforme sur l’occupation des territoires et la vitalité des communautés rurales. Baisse des salaires, diminution de l’activité économique, déménagements vers un centre urbain, etc. Tout ceci risque d’accroître la dévitalisation de plusieurs villages québécois. Enfin, la Coalition remet en cause la façon dont est administrée la caisse de l’assurance-emploi et propose au gouvernement fédéral de revoir le modèle actuel.

Pour lire les mémoires de Solidarité rurale du Québec : www.ruralite.qc.ca/fr/Publications

 

L’Université rurale du Québec en Estrie

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Des membres de l’équipe de SRQ ont participé à quelques activités dans le cadre de l’Université rurale du Québec (URQ) qui se déroulait cette année en Estrie. Le circuit « Miser sur l’attrait de nouveaux résidents » dans la MRC des Sources a permis d’en apprendre plus sur quatre projets, soit les Fermettes du Rang 13, le Parc agrovillageois de Saint-Camille, Espace-Nature Petit Ham et le Développement résidentiel de Saint-Georges-de-Windsor. Ces projets ayant chacun leurs particularités, cette visite a permis aux participants de se questionner sur la thématique de l’habitation en milieu rural, mais aussi sur les différentes stratégies d’attraction et d’intégration de la population néorurale.

À propos de l’URQ : L'Université rurale, en bref, c'est la rencontre des chercheurs et des acteurs du monde rural qui savent que leurs connaissances comme leurs expériences ne peuvent s'enrichir que dans le dialogue des uns avec les autres, que théorie et pratique ne prennent vraiment sens que dans le croisement.

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AGENDA

1er octobre (A. Germain)
Montmagny. Congrès Place aux jeunes

1er octobre (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Rivard)
Montréal. Tournée des membres fondateurs de SRQ : rencontre avec La COOP fédérée

2 octobre (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Jacob)
Québec. Consultation CAPERN sur le projet de loi n° 46 (Loi modifiant la Loi sur l’acquisition de terres agricoles par des non-résidents)

8 octobre (C. Bolduc)
Sainte-Foy. Rencontre du Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture au Québec

8 octobre (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Jacob)
Shawinigan. Intervention à la Consultation publique sur les enjeux énergétiques du Québec

10 octobre (C. Bolduc et C. Thivierge)
Québec. Comité des partenaires de la ruralité

10 octobre (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge, C. Rivard)
Québec. Grands Prix de la Ruralité

15 octobre (A. Germain)
Montréal. Rencontre Coalition contre la Réforme de l’Assurance-Emploi

23 octobre (C. Thivierge)
Montréal. Table d'experts sur les biomasses et les déchets dans le cadre de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec

23-25 octobre (C. Bolduc)
Bologne, Italie. OECD 9th Rural Development Policy Conference

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