Décembre 2013, vol. 22, no 7

EDITORIAL

« Dessine-moi un mouton »

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Qui ne se souvient pas de cette histoire du Petit Prince, si seul et fragile sur sa minuscule planète? De ses questions, de ses remarques, de ses demandes…

« S’il te plaît, dessine-moi un mouton. »

Ne connaissant pas la planète du Petit Prince, ses espaces et ses limites, et ne sachant pas non plus ce que voulait exactement ce dernier, l’aviateur lui a dessiné une boîte. Au Petit Prince d’y voir et d’y trouver le mouton de ses rêves. Après tout, qui de mieux que ce petit homme pour savoir quel mouton pourra bien vivre dans son monde?

C’est cette image du Petit Prince et de sa boîte qui me vient à l’esprit au moment de lancer la prochaine mouture de la Politique nationale de la ruralité. Quand nous sommes allés vous rencontrer chez vous, nous vous avons écoutés nous parler de ce mouton que vous souhaitiez noir pour votre territoire, de cet autre qui pouvait être blanc dans le territoire d’à côté, du mouton que chaque village pourrait imaginer, selon ses rêves, ses réalités.

Or, et c’est une bonne nouvelle, à l’instar de l’aviateur, le gouvernement du Québec nous a donné une boîte, et il nous appartient maintenant d’imaginer le mouton que nous souhaitons y dessiner. Car ça y est! La Politique nationale de la ruralité est renouvelée! Nous avons de quoi nous réjouir. Un budget global bonifié malgré le contexte budgétaire difficile. Des agents de développement en plus, dont une équipe spéciale prête à se déployer en cas de crise. Une nouvelle mesure : les « pactes plus » qui favoriseront le travail en commun sur le terrain. Et en prime, 10 ans devant nous pour réaliser nos rêves. Nous avons de belles raisons de célébrer à la veille de Noël.

Une chose est sûre, notre défi, avec cette politique, est bien clair, c’est celui du « vivre ensemble », du « travailler ensemble ». Cela semble si simple, et pourtant... Comme pour le Petit Prince, d’abord, il y a l’Autre, ce renard à apprivoiser, qui s’éloigne chaque fois que l’on approche, parce que c’est dans sa nature, parce qu’il est effrayé. S’asseoir chaque jour près de lui. Attendre que la confiance mutuelle vienne, jusqu’à être capables, enfin, de se faire assez confiance pour partager. Ce sont des efforts que chacun aura à fournir. Mais le jeu en vaut largement la chandelle. Parce qu’au bout de ce travail de longue haleine, de patience, se trouvent des milieux de vie qui mettent le citoyen au cœur de l’action et des préoccupations. Pas le patient, l’élève, l’usager ou la personne âgée, selon qui « s’occupe » de lui, mais bien la personne. N’est-ce pas là la différence fondamentale du monde rural? Cette capacité à se souvenir que l’humain est la base de toute notre société, et qu’une étiquette ne le définit pas?

Nous vivons dans nos territoires, qui sont pour nous uniques, précieux, comme la rose du Petit Prince. « L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur. C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. »

Ce sont les gens qui l’habitent, avec qui nous avons ri, nous avons pleuré, nous nous sommes chamaillés puis réconciliés; ce sont les paysages que nous avons façonnés; c’est le temps que nous y avons perdu ou trouvé qui rendent chacun de nos territoires uniques, qui les rendent si précieux. En cette veille des Fêtes, je vous souhaite de vous arrêter pour apprécier à leur juste valeur toutes ces choses que vous aimez de cette vie au village.

Car la nouvelle année sera pleine d’espoir. Et la décennie, je l’espère, pleine de réalisations à notre mesure. Il vous appartient de commencer, déjà, à imaginer votre mouton…

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MOT DU SECRETAIRE

Le Québec — une nation de commerçants?

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Le Canada mettra en place d’ici 18 mois, un traité de libre-échange avec l’Union européenne. Depuis le début de notre histoire économique, les Québécois ont tenté de conserver une part des richesses ici, en faisant des compromis. Le plus récent de ces compromis nous est imposé par le Gouvernement canadien, imposé aux artisans fromagers et producteurs laitiers du Québec : plus de concurrence de produits européens. C’est important à plusieurs égards. L’industrie laitière est l’une des bases de nos activités agricoles et un maillon fort de l’industrie agroalimentaire du Québec, en plus d’être un symbole de notre réussite collective. Parlez-en à Agropur.

Aussi, ce traité de libre-échange pourrait avoir des impacts sur d’autres secteurs de notre économie rurale, outre le lait et les fromages. Est-ce que les exportations des produits forestiers bénéficieront de ce grand marché de 500 millions d’habitants? Et le tourisme : est-ce que davantage d’Européens viendront visiter nos campagnes? En fait, quels seront les impacts de ce traité sur les économies rurales du Québec? Voilà une question qui méritera que l’on s’y attarde lorsque nous connaîtrons les détails de l’entente.

Sur le terrain, les fromagers demandent avec raison la réciprocité des normes de production et des subventions équivalentes de chaque côté de l’Atlantique, mais ils ont mieux à faire valoir. Ils sont des entrepreneurs d’ici, qui promeuvent nos valeurs. Nous n’avons pas besoin de les « encourager ». Ils produisent ces fromages sur un territoire que nous visitons et admirons. Pas des campagnes vides. Ils produisent avec du lait dans un climat avec une température moyenne annuelle de 5 °C. Pas 15 °C comme ailleurs. Ils emploient des gens de chez nous, qui reçoivent une juste rétribution pour leur ouvrage. Au Québec, nous nous sommes donné des normes socio-économiques : salaire minimum, CSST, assurance-emploi, éducation, etc. On ne peut pas exiger des pays étrangers qu’ils produisent selon nos normes sociales.

Choisir des entreprises d’ici, c’est aussi, comme contribuables, choisir des partenaires qui paieront eux aussi une part des coûts de nos choix de société. Les artisans français font du bon fromage à bon coût, mais ils ne participeront pas à la prochaine rénovation de votre école de quartier ou de village, n’emploieront pas votre petit cousin, et ne seront pas présents à votre prochain marché public. En bref, ils ne vous rendront pas plus fiers d’appartenir à votre communauté.

Nous faisons partie de la solution en ce qui concerne la mondialisation avec l’achat local et nous avons également un pouvoir en ce qui concerne la reconnaissance de ces artisans qui travaillent à nous nourrir. Il n’y a pas que l’État qui peut soutenir l’agriculture. À titre de développeurs territoriaux, de consommateurs, nous le pouvons également. Ce soutien à visage humain, loin des accords de commerce, compte réellement dans la balance. Le gros bon sens, c’est de choisir des produits et des services qui répondent à nos valeurs et à nos goûts. C’est vrai pour nos fromages. C’est vrai pour tout le reste.

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PORTRAIT D'ICI

La revitalisation de Notre-Dame-de-Ham par une nouvelle offre de services de proximité

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Village de 418 habitants dans la MRC d’Arthabaska au Centre-du-Québec, Notre-Dame-de-Ham n’avait plus de services de proximité depuis la fermeture du dépanneur et de l’aire de restauration en 2009. Les citoyens devaient également se rendre, depuis 25 ans, dans le centre urbain le plus près, situé à 25 km de la municipalité, pour avoir accès à un poste d’essence. La distance à parcourir pour avoir accès à ces services de base posait des difficultés pour plusieurs citoyens de cette communauté défavorisée. Ce manque de services a poussé plusieurs entreprises à fermer leurs portes et a mené plusieurs familles à quitter le village.

Dès 2009, les Notre-D’Hamois ont démontré leurs préoccupations face à l’avenir de leur municipalité et se sont fixé des objectifs pour revitaliser et encourager le développement de leur milieu afin d’assurer le bien-être de toute la communauté. Ils ont établi que la priorité était de fournir un accès plus facile à des services de proximité. Quelques citoyens se sont alors regroupés pour démarrer le projet.

Pendant près de deux ans, l’équipe du conseil d’administration a travaillé avec détermination, sans compter les heures, pour développer le plan d’affaires et donner vie à ce qui allait devenir la Coopérative de solidarité de Notre-Dame-de-Ham. Grâce à la grande mobilisation du milieu, tant financière qu’humaine, la communauté a réussi à donner vie à leur coopérative qui a pu prendre son envol en mai 2012.

La Coopérative de solidarité Notre-Dame-de-Ham participe à la revitalisation de la municipalité en offrant un poste d'essence, un dépanneur et une aire de restauration. Depuis sa mise sur pied, six emplois locaux ont été créés. Ce projet constitue une démarche mobilisatrice d’envergure, puisque plus de 120 membres se sont associés à ce projet rassembleur au cœur de ce petit village. En plus de répondre à des besoins primaires de la population, la coopérative est devenue un lieu de rencontre très apprécié de tous et permet ainsi de briser l’isolement des citoyens.

 

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AILLEURS DANS LE MONDE

Un gouvernement ouvert pour développer l’économie: Le pari de l’Ontario

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Le gouvernement de la première ministre ontarienne Kathleen Wynne, a choisi d’offrir à la population un gouvernement transparent et accessible. Si, d’un point de vue éthique, nous ne pouvons que saluer l’initiative, il semble que ce soit aussi dans un souci de favoriser l’innovation et le développement économique que cette initiative ait été lancée.

Le principe est de proposer un dialogue ouvert avec la population par l’utilisation de technologie de l’information et de mettre à leur disposition des données ouvertes qui pourront leur permettre de résoudre des problèmes quotidiens et de trouver de nouvelles idées. La population aura également accès à de l'information ouverte, pour créer encore plus de transparence en partageant plus de renseignements. Bref, le gouvernement mise sur un accès simplifié à l’information, sur l’implication du plus grand nombre dans la prise de décision et sur la création de nouvelles possibilités économiques fondées sur l’information publique.

Entre autres exemples, on peut retrouver sur le site Web dédié à la publication des données ouvertes

(www.ontario.ca/donnéesouvertes), des données sur la géochimie des eaux souterraines ambiantes pour le sud-ouest de l'Ontario ainsi que les résultats d’un sondage pour un plan énergétique à long terme. Ces deux exemples de données ouvertes pourraient servir d’intrants pertinents pour le développement d’une technologie innovante de traitement des eaux ou, encore, la mise en marché d’un produit dans le secteur des énergies renouvelable.

Enfin, le gouvernement mettra en place un groupe de travail composé de représentants venant du monde universitaire, des affaires et des leaders communautaires pour recueillir les commentaires de la population et présenter un rapport sur l’initiative en 2014.

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BREVES

Conférence nationale 2014: Leaders de coeur, Territoires en tête

10 ans pour rassembler, partager, innover

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

Cette année, Solidarité rurale vous convie à une activité bien spéciale. Dans la foulée du lancement d’une nouvelle mouture de la Politique nationale de la ruralité, l’organisme s’affaire à vous préparer des conférences qui sauront vous inspirer et qui vous placeront au cœur de celle-ci. Réservez dès maintenant à votre agenda : du 26 au 28 mars au Fairmont Le Manoir Richelieu (La Malbaie). Pour connaître les détails de l’événement, consultez en janvier www.ruralite.qc.ca/cn. Nous recevrons les inscriptions dès la mi-janvier.

 

Assemblée générale annuelle de SRQ et élections

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

L’Assemblée générale annuelle de Solidarité rurale du Québec se déroulera le 26 mars 2014 à 13 h 30 au Faimont Le Manoir Richelieu, à La Malbaie dans la région de Charlevoix. Lors de cet événement seront connus les résultats des élections aux six postes d’administrateurs à pourvoir, soit trois représentants parmi les membres corporatifs et trois parmi les membres individuels. Les mandats de la présidence et de la vice-présidence qui arriveront à terme seront également à combler. Les membres en règle de Solidarité rurale du Québec recevront par courrier un formulaire de mise en candidature ainsi qu’un bulletin de vote à retourner par la poste. En tant que partie prenante de la coalition, nous espérons vous y rencontrer en grand nombre.

 

Étude sur le tissu social et la persévérance scolaire

Par Lisa-Marie Gervais
Le Devoir

Une étude inédite menée par Michel Perron, titulaire de la Chaire UQAC – Cégep de Jonquière sur les conditions de vie, la santé et les aspirations des jeunes (VISAJ), fait ressortir les principales caractéristiques influençant la persévérance et la réussite scolaires dans une MRC donnée. Contrairement aux idées reçues, même s’il a son importance, le dynamisme économique n’est pas nécessairement LE facteur le plus déterminant. De façon surprenante, le taux de croissance de la population - un facteur démographique - a un effet négatif sur la réussite, tout comme la proportion de logements ayant besoin de réparations majeures et la proportion d’individus dont la langue parlée à la maison n’est ni l’anglais ni le français. Viennent ensuite le poids démographique, la proportion de familles monoparentales et celle de logements plus vieux, construits avant 1946.

« Dans mon modèle, là où j’ai été étonné, c’est avec la variable du pourcentage de variation d’une population. C’était dans le sens contraire de ce que j’attendais. Je suis habitué à voir de plus faibles résultats dans des territoires en perte de vitesse démographique, mais ici, les territoires en croissance démographique sont ceux qui performent le moins bien », a souligné M. Perron, véritable sommité en matière de persévérance scolaire.

Ainsi, les revenus des familles et la scolarisation sont généralement élevés dans les nouvelles banlieues en pleine croissance démographique, par exemple dans la couronne nord de Montréal. Pourtant, la performance scolaire des élèves n’y est pas excellente. Dans des MRC comme celles de Deux-Montagnes (Saint-Eustache) ou des Moulins (Terrebonne, Mascouche), pour ne nommer que celles-ci, la persévérance et la réussite n’ont pas de quoi impressionner.

En somme : plus la communauté est tricotée serrée et implantée depuis longtemps sur un territoire donné, meilleure serait la performance des élèves à l’école. C’est l’hypothèse que formule Michel Perron, qui n’en est pas à ses premières recherches sur les liens entre persévérance scolaire et caractéristiques du territoire. « Là où, par exemple, il y a plus de logements de 60 ans et plus, la performance est meilleure. Ce serait moins le cas d’une population éparse et moins organisée », dit-il, en ajoutant que c’est vrai pour les deux couronnes, mais davantage pour celle au nord de Montréal.

 

Du côté de SRQ

Au courant du mois de novembre, l’équipe de Solidarité rurale a accueilli une nouvelle personne, madame Anne Vadeboncoeur, qui assurera le mandat de Conseillère au développement des territoires. Mme Vadebonceur a, à son actif, plusieurs années d’expérience en mobilisation, en développement local et territorial, et ce, dans différentes régions et possède aussi une expertise au niveau de la collaboration intersectorielle. Elle vient donc compléter et renforcer l’équipe en place. Nous lui souhaitons tous et toutes la bienvenue!

 

Le temps des Fêtes…

Toute l’équipe de Solidarité rurale vous souhaite un très Joyeux Noël entouré des gens que vous aimez… Revenez-nous en forme l’an prochain! Nous vous invitons à prendre connaissance de nos souhaits pour 2014 en consultant notre carte de Noël virtuelle au http://noel.ruralite.qc.ca ! Notez que nos bureaux seront fermés du 23 décembre au 3 janvier.

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AGENDA

2 décembre (C. Jacob)
Sherbrooke. Rencontre Voies vers la prospérité

3 au 6 décembre  (C. Bolduc et C. Thivierge)
Québec. Congrès de l’UPA

5 décembre (C. Bolduc, C. Thivierge, A. Germain, C. De Hamel, C. Jacob, C. Rivard et A. Vadeboncoeur)
Québec. Cérémonie de lancement de la Politique nationale de la ruralité (2014-2024)

12 décembre (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge et A. Germain)
Québec. Réunion du comité exécutif de SRQ

12 décembre (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge et A. Germain)
Québec. Réunion du conseil d'administration de SRQ

23 décembre au 5 janvier 
Vacances de Solidarité rurale du Québec

30 janvier 2014 (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du conseil d’administration des Arts et la Ville

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