Février 2014, vol. 23, no 1

EDITORIAL

Vitalité : Mode d’emploi

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Vitalité, mode d’emploi? Je vous le dis tout de go, il n’y en a pas de mode d’emploi, pas de recette magique! Il existe par contre des ingrédients indispensables à la mise en place et à la réussite des initiatives de revitalisation ou de développement qui ne peuvent et ne doivent pas nous échapper.

Nos leaders, nos citoyens engagés ont été et demeurent la clé de voûte du développement de nos communautés. C’est l’initiative humaine qui fait la différence entre une communauté en développement et une communauté en difficulté. Mais au-delà de leur présence dans leur milieu, c’est l’attitude de confiance et d’ouverture affichée par ces personnes engagées qui est déterminante. C’est sur leur capacité à renouveler le regard, à penser globalement le territoire, à accueillir de nouvelles idées, de nouvelles personnes aussi, à alimenter et protéger les initiatives émergentes que reposent la vitalité, le renouveau et l’avenir de nos villages.  

Tout comme la nature nous l’enseigne. Quand, à la fin de l’hiver, le soleil reprend ses droits dans le ciel, qu’il fait fondre la glace et la neige, bourgeonner les arbres et sortir les gens. Tout est comme avant? Non. Pas tout à fait. Les choses ont changé. Les choses changent toujours. L’hiver est dur et laisse des traces un peu partout. Des arbres seront tombés, quelques granges abandonnées auront croulé sous le poids de la lourde neige.

C’est ce que l’on remarquera en premier. Le regard est souvent attiré par ce qui manque, par ce qui se dégrade. Mais le sage sait que la vie renaît toujours. Pendant que le regard se porte sur ce qui manque, il ne voit pas d’emblée ce qui n’était pas là avant l’hiver, ce qui est peut-être délicat pour le moment, mais qui grandira. C’est pourtant dans cette pousse délicate que résident l’espoir et l’avenir.

Voilà une belle leçon à tirer dans les efforts de développement et de revitalisation de nos communautés. Revitaliser, développer, ce n’est pas seulement maintenir ce qui fonctionne déjà, c’est recréer, réinventer constamment, continuellement. Et ce processus commence dans le regard qui est posé sur les choses et les gens. L’inédit et l’inattendu grandissent dans la curiosité et l’acceptation et sont à la base des succès rencontrés.

« Il faut de l’esprit pour parler, mais il faut de l’intelligence pour bien écouter. » Oh! combien André Gide avait raison! Ces citoyens qui se présentent aux assemblées publiques sont porteurs de critiques, mais aussi de solutions pour peu qu’on sache bien écouter, bien faire parler. Ces opposants à ce projet de développement sont un frein, ou un aiguilleur, selon la façon dont on les écoute, selon l’attention qu’on leur accorde, tout dépend de l’ouverture.

Et aujourd’hui, la Politique nationale de la ruralité renouvelée est une chance de faire plus que ce que l’on faisait déjà, ou de faire mieux, si l’on choisit d’être curieux et de prendre un peu de temps pour y réfléchir.

En somme, des leaders de cœur qui gardent toujours une vision territoriale du développement en tête. Voilà le thème que vous propose Solidarité rurale du Québec pour sa 20e Conférence nationale. À la veille de débuter une décennie de Politique nationale de la ruralité, nous vous convions à réfléchir à la base de toute l’édification d’une communauté : l’humain. Avec tout ce que cela implique d’ouverture et de curiosité. Une réflexion essentielle pour que la prochaine décennie en soit réellement une de partages, de rassemblements, d’innovations. En serez-vous?  

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MOT DU SECRETAIRE

Les olympiades du développement

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Nous sommes à la veille des Jeux olympiques de Sotchi. Les nations du monde enverront leurs plus grands athlètes afin de compétitionner pour les honneurs des Olympiades. Un lourd fardeau que seul un entraînement de très haut niveau permet de supporter. Cet entraînement est physique, bien entendu, et technique, mais les aspects psychologiques sont très certainement essentiels, afin d’inciter à se dépasser. Pour arriver à ces résultats, les athlètes d’exception comptent sur des êtres aussi d’exception, qui restent pour la plupart dans l’ombre : les entraineurs. 

Or, si nous pouvons nous inspirer des valeurs de persévérance et de détermination des athlètes, les gestionnaires peuvent aussi s’inspirer des coaches olympiques. Comment? Leur approche systémique, mais globale; leur capacité à fixer des objectifs atteignables, mais très exigeants; et l’encadrement qu’ils offrent à leurs protégés sont des exemples de nature à inspirer en matière de gestion des ressources humaines pour assumer son leadership. 

Intuitivement, on croit à tort que tous les leaders doivent posséder la capacité de tenir compte de toutes les parties et d’exercer leur influence en dégageant une vision. Dans leur description de l’agilité du leadership, Joiner et Josephs (2007) précisent que tous les leaders ne deviendront pas des leaders stratégiques. Selon eux, moins de 10 % des leaders atteindront ce niveau. En résumé, il existe trois niveaux de leadership. Le type de leadership stratégique est surtout utile dans les grandes transformations organisationnelles ou sociales. Le leader tactique, soit le cadre intermédiaire que l’on rencontre le plus fréquemment, est celui qui mettra cette vision à exécution, en orchestrant les activités et en gérant les ressources. Quant à l’expert, qui occupe le premier niveau de leadership formel, c’est celui qui résout des problèmes, sans vision globale et sans engager toutes les parties dans un objectif commun et partagé.

Dans un contexte de changement constant et de complexité de plus en plus grande, nos organisations ont plus que jamais besoin de professionnels et de gestionnaires au leadership fort, qui ne se contentent pas de reproduire des acquis, mais qui, au contraire, cherchent à innover et qui sont capables d’élaborer une vision inspirante. La première étape pour un bon coach est de prendre le temps d’évaluer son équipe et ses besoins. Il en est de même pour le gestionnaire qui évaluera ses professionnels selon deux aspects : l’intelligence émotionnelle et la capacité à développer une vision globale plutôt qu’analytique. Mais lorsque le diagnostic est posé, comment amener l’équipe plus loin?

Trop d’organisations retardent des investissements dans leur équipe, tenant pour acquis que le personnel compétent apprendra de lui-même. Par exemple, la plupart des organismes développent un cadre stratégique d’intervention (ou un cadre logique ou un plan de travail annuel – peu importe le nom). Mais est-ce que ce document précise clairement les livrables pour les membres de l’équipe? Est-ce que chacun des collègues dispose d’objectifs à atteindre afin d’appuyer l’éventuelle évaluation de performance? Ce sont deux outils essentiels de base qui sont trop souvent escamotés dans le brouhaha du quotidien.

Tout cela doit aussi s’accompagner d’un support constant et d’une confiance ferme en nos professionnels. En effet, leur offrir la reconnaissance qu’ils sont des individus d’exception réalisant un mandat particulier et délicat est évidemment un autre pas pour les lancer vers le podium. 

La force du sport, c’est de mettre des individus dans une situation difficile (la compétition et l’envie de gagner), de les amener à la dépasser, et être capables d’en tirer des leçons. Un peu à l’image de nos communautés rurales qui vivent des défis, des échecs et se relèvent grâce aux efforts de mobilisation de ces coaches que sont les professionnels du développement rural. L’athlète bien encadré devient en effet coach à son tour, un entraineur de communautés. Après tout, le rêve olympique sommeille dans le cœur de toutes les communautés rurales.

Pour en lire un peu plus, une suggestion : Leadership Agility (Joiner & Josephs, Jossey-Bass, 2007).

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PORTRAIT D'ICI

Des chantiers maritimes à l’agriculture

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca  

Depuis près de 25 ans, Denise Verreault est à la tête de l’entreprise fondée par son père, le Groupe maritime Verreault. Établie depuis ses débuts dans le village de Les Méchins en Gaspésie, l’entreprise regroupant six filiales occupe une place déterminante dans l'industrie maritime canadienne et emploie une cinquantaine de personnes. 

Étant née et habitant toujours Les Méchins, madame Verreault témoigne d’un fort engagement envers sa terre natale. À l’affut des difficultés rencontrées par les producteurs de sa région, elle voulut mettre à profit la passion pour son territoire au développement de sa région. Cette passion s’est traduite par la diversification de ses activités et l’acquisition, en 2006, d’une première terre agricole. Son souci pour la protection de l’environnement l’a également poussée à s’intéresser à la culture biologique. Une occasion d’affaires s’est alors imposée : la production de céréales sans gluten.

Depuis, elle a mis sur pied La Terre des Anciens à Cap-Chat, une ferme qui produit du chanvre (une variété ne possédant pas de propriétés euphorisantes), du sarrasin, de l’avoine nue et des légumineuses, tous certifiés bio. L’automne dernier, elle a inauguré une usine, La Minoterie des Anciens, à Sainte-Anne-des-Monts. La Minoterie s’affaire à transformer en farine la production de La Terre des Anciens ainsi que des grains provenant d’autres agriculteurs gaspésiens. Un investissement total d'environ 4 millions $ dont les résultats sont déjà tangibles. En effet, les produits sont déjà utilisés par la Coop du Cap de La Martre, de Cap-au-Renard.

Le produit d’usine venant à peine de se concrétiser, Mme Verreault voit déjà plus loin et rêve à de nouveaux investissements. Elle a entrepris, avec le Service de recherche et d'expertise en transformation des produits forestiers situé à Amqui, une étude sur la possibilité de développer différents projets visant à utiliser toute la tige de chanvre afin de minimiser les pertes. La production de chanvre est maintenant envisagée pour d’autres utilisations. Il pourrait entrer dans la fabrication de panneaux de contre-plaqué, qui pourraient notamment servir à la construction de maisons, et être une composante du biodiésel.

La Méchinoise a la conviction que l’agriculture demeure la base de l’économie régionale. Elle souhaite donner un nouveau souffle à l'agriculture en Gaspésie en remettant en valeur les trop nombreuses terres en friche grâce à des projets tels que la culture du chanvre. 

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AILLEURS DANS LE MONDE

Le marketing territorial

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Une tendance se dessine dans le secteur du tourisme mondial : le marketing territorial. On définit cette approche comme « l’ensemble des techniques qui permettent de construire et de développer l’attractivité d’un territoire, c’est-à-dire sa capacité à rayonner, à promouvoir son offre et à attirer sur place, d’une manière ponctuelle ou permanente, des personnes et des capitaux ». Il s’agit ni plus ni moins de regrouper les efforts de chacun des acteurs territoriaux pertinents pour développer l’attractivité du territoire. Ainsi, le tout deviendra plus grand que la somme de ses parties. 

Le marketing territorial est particulièrement intéressant parce qu’il cherche non pas à développer la seule attractivité touristique d’un territoire, mais bien son attractivité globale qui prend en compte autant le secteur résidentiel, les institutions d’enseignement, que les grands événements culturels, sportifs, commerciaux et d’affaires d’envergure. Il s’agit ni plus ni moins de considérer le caractère multifonctionnel des territoires visés, et ce, en intégrant les autres secteurs dans la démarche. Par exemple, London & Partners, un organisme créé dans le cadre des Jeux olympiques de 2012, regroupe plus de 1 000 partenaires de toutes tailles et est responsable de l’attractivité de la ville, tant pour le tourisme que pour les investisseurs, les grands événements et les étudiants. Ces territoires ne sont pas toujours, notons-le, administratifs, mais bien déterminés selon une logique qui leur est propre. Par exemple, en Europe, un projet de marketing territorial est en construction autour d’une forêt célèbre (Ardenne) qui regroupe trois pays qui la partagent, soit la Belgique, le Luxembourg et la France.

Les territoires québécois sont de plus en plus nombreux à considérer leur territoire, sa gouvernance et son développement, selon les approches intersectorielle, multifonctionnelle et interterritoriale. Finalement, on pourra clamer haut et fort que les milieux ruraux québécois sont « tendances »!

Source : Réseau de veille en tourisme. Le tourisme face aux évolutions du marketing territorial, partie 1.
http://veilletourisme.ca/2013/12/04/le-tourisme-face-aux-evolutions-du-m...

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BREVES

Solidarité rurale du Québec vous convie à sa 20e Conférence nationale!

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Cette 20e Conférence nationale se tiendra les 26, 27 et 28 mars 2014 au Fairmont Manoir Richelieu de La Malbaie. Organisée sous le thème Leaders de coeur et territoires en têtes, la Conférence nationale se veut un moment où tous les leaders pourront être inspirés pour pouvoir se lancer dans les prochaines dix années de la Politique nationale de la ruralité avec son territoire en tête, mais le cœur à la bonne place!

Entre autres, au programme : Bernard Derome, journaliste; Yannick Routhier, directeur au ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire; Gérald Lemoyne, ancien maire de Lebel-sur-Quévillon; et la Contrée en montagnes dans Bellechasse.

Les détails de la programmation sont disponibles au: www.ruralite/CN  

 

Le réseau québécois du crédit communautaire au service du développement des collectivités

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca  

Depuis 2000, le réseau québécois du crédit communautaire (RQCC), comme outil de développement économique et de lutte à la pauvreté, participe à la revitalisation des territoires. Au cours des 13 dernières années, il a permis à 3 650 TPE et PME de naître ou de se maintenir, en plus de contribuer à la création ou au maintien de 6 700 emplois. En rendant disponibles des fonds aux entrepreneurs exclus - en tout ou en partie - des systèmes traditionnels de financement, le RQCC vient faire la différence pour ces personnes qui se sont retrouvées devant des portes closes. Plusieurs TPE et PME en milieu rural, telles que Vivres en vrac de Val-David ou Charlevoix Pure Laine de Baie-Saint-Paul, ont pu voir le jour grâce à leur financement.

Pour avoir davantage d’information sur le RQCC, consultez leur site Internet au : http://rqcc.qc.ca/.

 

Colloque sur les pratiques de revitalisation intégrée

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca  

Les 18, 19 et 20 mars prochain aura lieu, à l’hôtel Delta de Trois-Rivières, le troisième colloque sur les pratiques de revitalisation intégrée organisé par ÉCOF-CDEC de Trois-Rivières, la CDEC de Québec et le Réseau québécois de revitalisation intégrée. Sous le thème « S’unir pour agir différemment », cet évènement vise à partager des expériences, à échanger sur les enjeux et à enrichir les réflexions sur la revitalisation intégrée comme outil de collaboration et de concertation dans un objectif de changement. Il s’agit d’une occasion pour les acteurs du développement économique communautaire, social et local, de découvrir le travail dynamique et novateur des collectivités de partout au Québec.

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AGENDA

20 janvier   (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du comité aviseur du programme pilote d’appui à la multifonctionnalité

23 janvier (C. Bolduc)
Sorel. Conférence lors de la session nationale des établissements verts Brundtland

23 janvier (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Rivard)
Montréal. Tournée des membres fondateurs de SRQ : rencontre avec la Fédération des cégeps

30 janvier (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du conseil d’administration des Arts et la Ville

3 février (A. Genest et A. Vadeboncoeur)
Montréal. Journée de réflexion sur la périurbanité dans le cadre de la semaine des régions

3 février (C. Bolduc)
Montréal. Rencontre du groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture au Québec

5 février (C. Bolduc)
En ligne. Animation d’un atelier web pour les Arts et la ville sous le thème : Aimer sa ville, son village

5 février (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge et A. Germain)
Conférence téléphonique. Réunion du comité exécutif de SRQ

5 février (C. Jacob)
Montréal. Rencontre du conseil d’administration du OLT-TIESS

7 février (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Rivard)
Québec. Tournée des membres fondateurs de SRQ : rencontre avec la Fédération des commissions scolaires du Québec

18 février (C. Bolduc)
Amos. Présidente d’honneur du gala de reconnaissance du minicolloque en développement rural de la MRC d’Abitibi

20 février (C. Bolduc, C. Thivierge et C. Rivard)
Longueuil. Tournée des membres fondateurs de SRQ : rencontre avec les Cercles de fermières

21 février (C. Bolduc)
Amos. Participation à la cérémonie de remise de doctorats honorifiques de l’UQAT

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