Été 2014, vol. 23, no 4

EDITORIAL

S’adapter : la vraie force des ruraux

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

 « On ferme des bureaux régionaux de ministères, des bureaux de poste, des points de service de caisse, des écoles, et Orléans Express souhaite diminuer ses services de transport. Est-ce qu’on est en train de fermer des villages en faisant par-derrière et par détours ce qu’on n’a pas pu faire directement et par-devant? »

La question du journaliste frappait comme un coup de poing.

Tout comme les mots du ministre des Finances lors du discours du budget : « déficit structurel 1». Et derrière ces deux mots menaçants qui « sonnent savant » suivent d’autres que nous, les ruraux, avons déjà entendus : rationalisation, consolidation, réévaluation…

L’avenir semble si sombre ces jours-ci dans les pages des journaux et les commentaires politiques.

Et pourtant, à bien y regarder… Le monde change, voilà tout. Et à une vitesse effrénée. Dans les circonstances, on peut se payer le luxe de courir comme des poules sans tête un temps. Mais pas éternellement. À un moment, il faut s’asseoir, prendre du recul, revenir à la base, au pourquoi des choses, se parler. Distinguer aussi les batailles à mener, et les chicanes qui n’en valent pas la peine. Les pierres et le mortier ne valent que rarement la peine qu’on se batte pour eux, à moins de porter en eux l’histoire.

Qu’est-ce qui vaut donc la peine qu’on se batte au bout du compte?

C’est simple. Les gens qu’on aime, qui sont généralement intrinsèquement liés au territoire qu’on habite et qui nous habite.

Le monde change. Mais pas l’humain, au final.

Les possibles évoluent très rapidement. La technologie qui aura mis en péril un service ou une entreprise hier pourra en sauver d’autres demain. Et cet État-providence qui agonise nous ramène à l’essentiel : la solidarité. Une solidarité qui s’exprimera autrement, qui passera davantage par le partage des ressources disponibles et l’entraide au niveau local, celle-là même qui concerne notre quotidien et qui est ouverte à la contribution de tout le monde. C’est précisément par la solidarité que nous serons plus forts que toutes les menaces. Parlez-en à toutes ces communautés rurales qui se voient un jour privées d’éléments de vitalité et qui le lendemain se donnent des moyens, différents, mais tout aussi efficaces. Les Lac-Édouard, St-Joachim de Shefford ou Petit-Saguenay de ce monde ont de quoi inspirer toute une société!

Qu’on cesse un peu de croire que les ambitions collectives d’hier sont les utopies d’aujourd’hui, parce que le monde change! Au contraire, elles sont plus vivantes que jamais parce qu’il nous appartient maintenant, et à personne d’autre, d’y donner vie! Le gouvernement n’est pas responsable du bonheur collectif pas plus qu’il l’est de notre joie de vivre. Nous en sommes les premiers responsables. L’État est responsable des écoles, pas de l’éducation de nos enfants. Il est responsable des hôpitaux, mais pas de notre santé. Nous avons tranquillement abdiqué plusieurs de nos responsabilités. Ne serait-il pas temps de se les réapproprier, de commencer par là?

« On ne peut empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes, mais on peut les empêcher d'y faire leur nid. » Voilà un proverbe chinois qu’il vaudrait la peine de méditer par les temps qui courent. Que l’été soit l’occasion de prendre du recul, de danser sous la pluie, de se rappeler, individuellement et collectivement, que le bonheur tient finalement d’abord et avant tout de notre propre volonté…

1 Un déficit structurel correspond à un solde négatif des finances publiques sans tenir compte de l’impact de la conjoncture sur la situation des finances publiques. La conjoncture économique est l’ensemble des éléments qui caractérise la situation économique d’un pays à un moment donné. La conjoncture désigne ce qui est susceptible d’être modifié à court terme, par opposition avec la structure qui désigne les éléments fixes et permanents d’une économie.

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MOT DU SECRETAIRE

L’innovation sociale en milieu rural

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

Les communautés rurales du Québec sont l’objet de fortes mutations. Les enjeux auxquels elles doivent faire face sont très nombreux, allant de l’arrivée de néoruraux, en passant par la fermeture de services de proximité ou des projets d’exploitation des ressources. Individuellement, les communautés ne peuvent réagir comme les grandes villes ou les grandes entreprises. Elles disposent de peu de moyens, sont très hétérogènes et sont, par définition, réparties sur un très vaste territoire avec une faible densité de population. La réflexion partagée et les échanges leur sont indispensables pour s’assurer que le développement qu’elles désirent se mette en place. Un système d’innovation sociale au profit de la résilience et de la prospérité de nos communautés est donc indispensable.

Selon le Réseau québécois en innovation sociale (RQIS), une innovation sociale est une nouvelle idée, approche ou intervention, un nouveau service, un nouveau produit, un nouveau type d’organisation qui répond plus adéquatement et plus durablement que les solutions existantes à un besoin social bien défini. La portée d’une innovation sociale est transformatrice et systémique. Ces systèmes d’échanges existent naturellement en milieu rural. L’intérêt ici est de maximiser leur efficacité, les rendre plus efficients et par le fait même offrir des occasions répétées de prises de conscience des acteurs de ces systèmes déjà en place.

Qu’est-ce que la prospérité?
Réal Boisvert1 pose la question : « L'objectif est-il simplement d'accroître la richesse nationale, ou s'agit-il de quelque chose de plus subtil : améliorer le bien-être de la majorité des gens, garantir leur liberté, renforcer leur sécurité économique? » C’est dans ce contexte que nous croyons qu’un indicateur de vitalité des communautés est l’aptitude des communautés à supporter la vie. La résilience peut être perçue comme un effet de la vitalité des communautés.

La résilience de nos communautés, un objectif à atteindre et un outil d’analyse écosystémique
René Dubos, écologiste, utilise le mot résilience pour désigner la capacité qu'ont les systèmes vivants de se reconstituer, après avoir subi un choc violent ou un stress continu. Selon Gilles Paquet, c’est la capacité de garder le cap, d’assurer la pérennité d’un organisme ou d’une société, le maintien d’une certaine permanence dans un environnement turbulent. Nous dirons qu’un système est résilient s’il perdure malgré les chocs et perturbations en provenance du milieu interne et de l’environnement externe. Très souvent, la survie passe par l’acquisition de propriétés nouvelles et par la modification de l’organisation : ce qui permet au système de maintenir son intégrité. Un système résilient disposera de mécanismes qui permettront de continuellement redéfinir sa propre organisation.

La confiance, valeur fondamentale d’un système résilient, basée sur les rapports de réciprocité bien décrits par Karl Polanyi (1971) et les contrats moraux entre citoyens qui assuraient l’entraide en cas de crise, était le pilier de l’économie préindustrielle. Les bouleversements des 50 dernières années (concurrence internationale, surabondance de l’information, dérives économiques, réduction de l’état keynésien) ont provoqué une érosion du sens de la « communauté » en s’en remettant à des structures bureaucratiques et marchandes. Notre intention de rebâtir la résilience au sein de nos communautés passe par la réponse à ce besoin de confiance. 

L’engouement pour les marchés publics, les lieux de partages, des contacts directs avec des artisans sont des exemples illustrant ce besoin de rapprochement et de confiance entre les gens. Un ouvrage collectif de l’Université De Boeck2  précise que la confiance peut-être entendue comme un état psychologique se caractérisant par l'intention d'accepter la vulnérabilité basée sur une perception optimiste des intentions d'autrui. En d’autres termes, et sous d’autres registres : « Il y a une faille dans toute chose. C'est par là qu'entre la lumière. »3. La revitalisation des communautés commence par là.

1 Les indicateurs de développement des communautés, 2007
2 L'analyse économique de la confiance, 2008
3 Citation de Leonard Cohen

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PORTRAIT D'ICI

Partenaires 12-18 : Des raccrocheurs de jeunes, des réveilleurs de leader du Centre-du-Québec

Par Cynthia Rivard
crivard@solidarite-rurale.qc.ca    

« Vivre dans un milieu rural, ce n’est pas aussi simple que vous pensez. Oui, le calme est là, l’espace; l’air est plus sain. Mais vivre loin des amis, des voisins, des magasins, de tout, ça fait en sorte que les congés, les étés, c’est très long à rester chez nous sans rien faire. » Pour Mathilde Lemay, 14 ans, comme pour plusieurs jeunes, la vie dans un petit village n’avait rien de bien excitant. S’asseoir avec d’autres jeunes du village pour se mettre en action aura changé cette réalité.

Soutenus par des accompagnateurs, les jeunes de 16 municipalités sont invités à se regrouper dans leurs villages, à se nommer des officiers et à réfléchir ensemble aux façons d’améliorer la vie au village et à réaliser des projets. Ces comités, imputables, doivent produire des états financiers et fonctionnent comme tout bon conseil d’administration, avec ordres du jour et procès-verbaux. 

Journées de gardiennage pour parents en quête de répit, bingo avec les personnes âgées, voyages organisés pour les jeunes à La Ronde, New York ou Toronto, parrainage d’enfants en Afrique… la liste des projets réalisés par les jeunes est longue et diversifiée, mais ils ont tous en commun d’induire un changement positif.

Certaines activités sont par ailleurs offertes aux jeunes qui le souhaitent. Ainsi, le MAMROT régional, en collaboration le DGEQ et les présidents d’élection de chaque localité, a offert aux jeunes de participer au jour du scrutin lors des dernières élections municipales en participant aux activités du bureau de vote. Les responsables des relations publiques de chaque cellule (un poste d’officier) peuvent, quant à eux, réaliser des entrevues avec des personnalités publiques, notamment lors de KARV, l’anti.gala, diffusé à VRAK.TV.

Cette façon de faire permet aux jeunes de vivre ce qui sera souvent une première expérience d’implication sociale, et cela se fait au sein de leur milieu de vie. Ils peuvent même continuer leur engagement au-delà de leurs 18 ans en devenant mentors auprès de la cellule 12-18 du village.

La reconnaissance des gens du milieu comme l’expérience qu’ils acquièrent sont des acquis qui les suivront toute leur vie durant. Ainsi raccrochés à leurs milieux, éveillés à leur leadership, qui sait jusqu’où ils iront.

 

La P’tite École de Lac-Édouard

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

En 2003, les citoyens du village de Lac-Édouard, niché au cœur des montagnes en Haute-Mauricie, voyaient leur école fermer. Sachant que l’avenir d’un village passe par la prise en main de ses habitants, les 175 citoyens de cette communauté ont ciblé les éléments essentiels à leur revitalisation. Conscients qu’un village vit grâce aux générations futures, la remise en place d’un environnement éducatif au sein de la communauté est devenue le point de départ pour dynamiser leur village.

Voyant leurs enfants parcourir 65 km vers l’école située la plus près, des parents et des acteurs de la municipalité se sont regroupés afin d’offrir aux deux enfants d’âge scolaire un environnement éducatif stimulant dans leur milieu. Croyant fermement au projet, la municipalité a offert gracieusement l’accès à un local du centre communautaire, qui est l’ancienne école, et participé activement à la rénovation d’une classe, d’une bibliothèque, d’un gymnase et d’un parc-école avec l’aide de plusieurs dizaines de bénévoles. Tous les équipements essentiels au bon fonctionnement d’une école et à l’apprentissage des élèves ont été mis à la disposition du village. Le temps, les compétences, l’expérience et l’amour des citoyens pour la survie de leur école ont permis la prise en charge de l’avenir de leur milieu de vie et la création, en 2008, de la P’tite École de Lac-Édouard.

Même si tout se déroule dans un cadre scolaire qui favorise le développement physique, social, affectif et intellectuel des enfants, la P’tite école évolue sous le régime éducatif de l’enseignement à la maison. Au début du projet, la mise en place et l’adaptation du programme d’enseignement du ministère de l’Éducation à la réalité multiniveau des élèves étaient exclusivement sous la responsabilité d’une enseignante retraitée et de citoyens bénévoles. Depuis 2010, la P’tite école est partiellement soutenue par la commission scolaire. Une enseignante est engagée à raison de trois jours par semaine afin de compléter l’équipe de neuf citoyens bénévoles. Aujourd’hui, la P’tite École est fréquentée par huit élèves de maternelle à la 5e année qui évoluent dans le même local.

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BREVES

Publication de la 2e édition de l’ouvrage « Comprendre le Québec rural »

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Comprendre le Québec rural a été révisé et mis à jour avec les données du recensement de 2011. Cet ouvrage se veut une contribution à un travail d’actualisation et de vulgarisation des connaissances sur les nouvelles réalités rurales au Québec.

Enrichi d’une annexe statistique avec plusieurs dizaines de tableaux, prenant en considération la typologie des milieux ruraux devenue classique avec la Politique nationale de la ruralité (PNR), Comprendre le Québec rural devient un ouvrage que tout agent de développement rural appréciera pour la compréhension qu’il pourra lui apporter du milieu dans lequel il s’implique.

JEAN, Bruno en collaboration avec Lawrence DESROSIERS et Stève DIONNE (2014), Comprendre le Québec rural, 2e édition revue et augmentée, Université du Québec à Rimouski – Chaire de recherche du Canada en développement rural – GRIDEQ – CRDT, 166 pages.
Téléchargement gratuit : http://www.uqar.ca/files/developpement-rural/quebecrural2.pdf

 

« La Passion du rural ». Quarante ans d’écrits, de paroles et d’actions pour que vive le Québec rural

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

Monsieur Bernard Vachon, professeur retraité du département de géographie de l’UQAM, vous offre gratuitement son dernier ouvrage en version numérique. Son livre, le tome 2, sera publié à raison d'un chapitre par semaine sur notre site Internet. Dans la même foulée, le tome 1 est aussi offert, tout à fait gratuitement.

Le tome 2 raconte l’Évolution récente du Québec rural, 1961-2014; de l'exode au puissant désir de campagne. M. Vachon se dit « heureux que cette somme d'observations, d'analyses et de voies d'avenir pour le Québec rural soit désormais facilement accessible à tous ceux et celles qui ont à cœur la prospérité et le plein épanouissement de ce deuxième versant du Québec. »

À lire et partager : www.ruralite.qc.ca/fr/Enjeux/La-passion-du-rural

 

Journée de la ruralité d’Albanel

Par Anne Vadeboncoeur
avadeboncoeur@solidarite-rurale.qc.ca

Le samedi 5 avril dernier se tenait la journée de la ruralité de la MRC Maria-Chapdelaine, où 120 personnes se sont donné un moment de rencontre pour faire un bilan des projets entourant la Politique nationale de la ruralité. Neuf prix ont été remis soulignant les initiatives réalisées sur le territoire. Solidarité rurale du Québec intervenait lors de cette journée pour définir certains paramètres de la Politique nationale de la ruralité 2014-2024, dont l’intersectorialité. À la suite de cette présentation, les gens ont réfléchi autour de mises en situation permettant de développer des projets avec une approche de partenariat intersectoriel. Une journée inspirante, laissant présager des projets novateurs à l’image d’une MRC dynamique!

 

Élections scolaires 2014

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca

Le 2 novembre 2014 sera un jour d’élections scolaires au Québec. Pour tout savoir sur les élections scolaires – comment participer, comment être candidat ou quels sont les enjeux –, visitez le site www.electionsscolaires2014.com de la Fédération des commissions scolaires du Québec.

 

Formation des agents de développement rural

Par Anne Vadeboncoeur
avadeboncoeur@solidarite-rurale.qc.ca

La formation des agents de développement rural s’est déroulée en Outaouais du 6 au 9 mai dernier, réunissant 150 agents. Sous le thème : « Des agents innovants au cœur du changement : L’An 1 de la PNR 3 », les thématiques de l’intersectorialité se retrouvant au cœur de la PNR 2014-2024 et le rôle de l’agent en lien avec celle-ci ont été abordés. Un rendez-vous apprécié par les agents de développement rural présents.

 

La période estivale chez SRQ

Du 9 juin au 29 août, nos heures d’ouverture seront :

  • Du lundi au jeudi : 8 h à 16 h 30 (fermé pour le diner) et
  • Le vendredi : 8 h à 13 h.

Prenez note que nos bureaux seront fermés du 21 juillet au 1er août 2014.
Également, la revue de presse sera offerte du lundi au mercredi du 7 juillet au 29 août.

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AGENDA

3 juin (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Rivard)
Montréal. Tournée des membres fondateurs – Rencontre avec la CSQ

3 juin  (C. Bolduc, C. Thivierge, C. Rivard)
Montréal. Rencontre avec le Réseau québécois de villes et villages en santé

4 juin (C. Bolduc, A. Genest, C. Thivierge, A. Germain) Lac-Mégantic. Conseil d’administration de Solidarité rurale du Québec

5 juin (A. Vadeboncoeur, C. Jacob)
Québec. Séminaire du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité

5-6 juin (C. Bolduc)
Alma. Colloque Les Arts et la Ville

6 juin (S. Bellerose)
Montréal. Conseil d’administration de la Revue K

12 juin   (C. Bolduc, A. Vadeboncoeur)
Venise-en-Québec. Colloque « Aller plus loin avec la PNR3 » de la table des agents ruraux de la Montérégie

12 juin  (C. Bolduc)
Montréal. Conseil d’administration d’Équiterre

12 juin (C. Thivierge)
Québec. Rencontre du comité technique des partenaires de la ruralité

18 juin  (C. Bolduc, C. Thivierge, A. Genest)
Québec. Cérémonie de remise de l’Ordre national du Québec

18 juin (C. Jacob)
Montréal. Conseil d’administration du TIESS

27 juin (A. Genest)
Mont-Tremblant. Participation au tournoi de golf bénéfice de l’APNQL

3 juillet (C. Bolduc)
Rencontre téléphonique. Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture

8 juillet (C. Bolduc)
Trois-Rivières. Rencontre du Jury de sélection – Tournée vitalité culturelle

9 juillet (C. Bolduc)
Montréal. Conseil d’administration d’Équiterre

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