Octobre 2014, vol. 23, no 6

EDITORIAL

La solidarité existe-t-elle encore?

par Claire Bolduc,
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Ce qui compte vraiment ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément - Albert Einstein

Au début, ce n’est qu’une petite secousse, une vibration accompagnée d’un bruit sourd. Qui enfle peu à peu. Soudain, la menace apparaît, réelle, plus grosse, plus grande que ce que l’imagination pouvait concevoir. Et voilà : le tsunami déferle, sans pitié, balayant tout sur son passage, ne laissant, en se retirant, que désolation et humains meurtris, démunis…

Cette image de tsunami, c’est celle que j’ai en tête en ce moment en prenant connaissance de l’actualité. Pas tant l’image des coupes et de l’austérité — bien qu’il y ait là aussi matière à inspirer des visions de tsunamis —, mais celle des confrontations et des dissensions qui émergent en ce moment, entre des alliés de longue date, des compagnons de lutte qui, ensemble, ont été en mesure de gagner tant de batailles et qui, désormais, se déchirent pour un bout de pouvoir ou pour simplement exister…

La solidarité est éminemment fragile devant la menace, dans le danger. Chaque personne, chaque organisation voit son univers se rétrécir; le monde autour devient flou. Il n’existe plus que son travail, sa mission, sa raison d’être… Sans même s’en rendre compte, l’humain ou l’organisation passe en mode survie, parce qu’à tort ou à raison, on croit qu’on ne peut compter sur personne d’autre que sur soi…. Et nous devenons en perpétuelle confrontation les uns envers les autres.

La solidarité existe-t-elle encore? Alors que les menaces planent, que les différences nous inquiètent, pourquoi ne pas les transformer en force pour nous mener plus loin dans nos échanges, le plus naturellement possible, et partager notre authenticité en toute modestie?

Le monde rural change sans cesse. Il a changé. Il changera demain encore. Dernièrement, nos amis de Sol et Civilisation en France me posaient une question coup de poing : le rural existe-t-il encore? Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est le rural. Pour nous, c’est d’abord un rapport à l’espace, à l’autre et au temps unique, différent de ce que l’on trouve dans d’autres milieux. Une conscience plus aigüe de ces rapports, qui nous provient peut-être de l’observation des grands cycles et des grandes règles de la nature, des interrelations, du temps qu’on ne peut maîtriser, du fragile équilibre dans lequel tout évolue. C’est une intelligence de la terre, une sagesse populaire que nous avons en commun.

Cet angle d’observation nous amène à comprendre que le monde dont nous faisons partie n’est pas mécanique, mais bien organique, vivant, avec tout ce que cela implique de patience, d’équilibre qui se recrée sans cesse. De là viennent les valeurs de prise en charge, de solidarité, d’innovation, de rééquilibrage des pouvoirs, de diversification économique qui sont inscrites dans la Déclaration du monde rural que nous portons.

Le gouvernement revoit présentement tous ses programmes, toutes les structures. Il y a longtemps à Solidarité rurale que nous militons en faveur d’une décentralisation, pour que les acteurs du développement sur les territoires de MRC puissent donner leurs propres réponses aux défis nationaux, pour qu’ils puissent s’appuyer sur l’intelligence collective pour mettre en place des solutions qui leur conviennent, qui leur ressemblent. N’est-ce pas là l’assise d’un réel développement durable?

Mais pour que cela soit possible, encore faut-il qu’il existe encore des structures et des programmes qu’eux considèrent comme étant efficaces au bout de l’exercice! L’État ne peut donc faire l’économie d’une analyse territoriale dans sa révision! Encore faut-il aussi que la décentralisation se fasse dans le respect des compétences de chacun, et dans le dialogue, plutôt que dans la confrontation.

Le monde rural change, il a changé, je le répète. Et il n’est pas à l’abri de l’individualisme et du cynisme ambiant. En ces temps d’austérité à laquelle on donne des allures de grande crise, notre pire ennemi potentiel, c’est nous-mêmes. Passer en mode survie, en mode « je », en mode « mon organisation » est un luxe dont nous paierons tous le prix.

Plus que jamais, nous avons besoin les uns des autres, c’est une nécessité pour le monde rural!

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MOT DU SECRETAIRE

Les acteurs du développement, des tisserands de résilience

Par Christian Thivierge
cthivierge@solidarite-rurale.qc.ca

À la veille d’un important exercice de révision des programmes et de possibles rationalisations et réorganisations des mandats des acteurs du développement du Québec, il apparaît intéressant d’examiner nos politiques de développement et particulièrement les liens qui se manifestent entre les acteurs du développement rural.

L’examen des politiques rurales du Québec et du Canada réalisé par l’OCDE en 2010 a démontré que la vision développée par le gouvernement pour ses régions rurales stimule leur développement. La Politique nationale de la ruralité, l’une des approches d’appui au développement rural parmi les plus avancées dans les pays de l’OCDE, est centrée sur le renforcement des capacités des collectivités. Il n’est plus à démontrer, aujourd’hui, que le développement social et le renforcement des capacités collectives sont des préalables à un développement économique durable. Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi la PNR est pilotée par un ministère distinct de ceux qui régissent l’agriculture et le développement économique.

Toujours selon cet examen de l’OCDE, les performances de la PNR peuvent toutefois être améliorées. « En particulier, il serait pertinent de mieux intégrer les objectifs de développement territorial, collectif, économique et entrepreneurial et de renforcer davantage encore le rôle de l’échelon supralocal (MRC) dans la gouvernance territoriale. »

Historiquement, les MRC ont été créées pour mieux coordonner le développement territorial, renforcer la cohésion entre les municipalités et améliorer l’efficience par le biais des économies d’échelle. Progressivement, les MRC ont agi sur leur développement économique et le soutien de l’emploi. Les CLD, structures essentielles du développement économique local cofinancées par le gouvernement provincial et les MRC, sont venus achever le travail de ces dernières dès 1998.

Ces deux entités forment l’unité de base de la gouvernance économique de nos territoires ruraux. Autour de ce noyau gravitent d’importants acteurs (SADC, CDEC, CDC, CRÉ, CLSC, commissions scolaires, etc.) qui complètent le travail de diversification économique. La coordination de ces multiples acteurs est assurée par le gouvernement et demeure une délicate tâche d’équilibriste. L’intégration des politiques économiques et l’adaptation des programmes sectoriels aux conditions rurales sont aussi un enjeu. Solidarité rurale du Québec prône une approche territoriale en réponse à ces défis ou, autrement dit, la possibilité pour les régions de moduler les programmes provinciaux à leur réalité.

La diversité est source de résilience en biologie. La diversité des acteurs, avec leurs historiques et leurs approches, permet le maintien d’une toile résistante aux soubresauts. Il est temps de réfléchir collectivement aux orientations de développement que nous désirons pour notre Québec et à la façon dont les acteurs peuvent travailler plus étroitement afin de maximiser leur efficience et l’utilisation des fonds que les contribuables confient à ces organismes. Chez Solidarité rurale du Québec, nous croyons que pour assurer la prospérité de tous, nous devons réagir aux changements rapides ou lents de l’économie en optimisant les ressources existantes et en intégrant les outils de développement dans une culture de partenariat. Ceci permettra aux entrepreneurs ruraux de tirer avantage des richesses naturelles et de réinvestir dans la diversification économique.

En conclusion, notons que, selon l’OCDE : « Le budget plutôt limité de la politique rurale prouve que des politiques territoriales décentralisées à petit budget peuvent être efficaces si elles sont compatibles avec les aspirations locales. »

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PORTRAIT D'ICI

Allo transport : un organisme + deux MRC = un comté!

Par Caroline Jacob
cjacob@solidarite-rurale.qc.ca  

Le transport en milieu rural a été un sujet d’actualité au Québec cet été. Profitons de l’occasion pour regarder de plus près un modèle québécois de transport collectif.

Allo transport est un service de liaison qui a pour mission d'orchestrer le transport collectif et le covoiturage pour offrir à la population une formule peu coûteuse de transport communautaire. Innovateur, ce service de transport se déploie sur deux MRC, Maria-Chapdelaine et Domaine-du-Roy, couvrant ainsi tout le comté de Roberval. La Corporation du transport collectif comté Roberval inc., un organisme à but non lucratif, a été créée en 2004 pour chapeauter le service.

Entre autres objectifs, Allo transport facilite l'accès aux différents types de transport. Il répertorie et met au services des usagers des places disponibles dans les véhicules de transport collectif (autobus scolaires, transport adapté, etc.) et dans les véhicules de particuliers (automobiles, camionnettes, etc.) qui circulent dans le comté ou qui se dirigent vers l’extérieur. Depuis mars dernier, la gestion de la banque de covoiturage se fait à l’aide d’une application développée pour l’organisme et qui intègre Google Maps.

Au fil des années, la crédibilité grandissante de la Corporation lui a permis d’augmenter le nombre d’ententes de service avec différents organismes, notamment le Carrefour jeunesse-emploi, les Maisons de la famille de Roberval et de Dolbeau-Mistassini, les centres d'éducation des adultes et de formation professionnelle de la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets, le Juvénat Saint-Jean de Dolbeau‑Mistassini, le CSSS Domaine-du-Roy ainsi que la Coopérative Nimilupan Nitshinatsh de Mashteuiatsh.

En 2013, Allo transport a effectué 36 563 déplacements (dont le tiers en covoiturage) sur tout le territoire du comté, portant ainsi le nombre de déplacements total à 162 351 depuis sa mise en service. Les principaux motifs de déplacement étaient les loisirs (17 100 déplacements) et le travail (11 900 déplacements).

Site : www.allotransport.com

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AILLEURS DANS LE MONDE

Le défi du transport actif pour les écoles rurales de l’Iowa

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Le transport actif est souvent un défi pour les régions rurales en raison des distances à parcourir plus grandes qu’en ville et du manque d’infrastructures sécuritaires et adéquates. Dans la foulée du programme national américain « Safe Routes to School », un programme plutôt conçu pour les milieux urbains et pour lequel il n’existait aucun modèle d’application en région rurale, les écoles de six comtés ruraux du nord-est de l’Iowa ont adapté les activités proposées à leur réalité pour encourager les jeunes à adopter un mode de transport actif.

Dans les régions urbaines, le programme permet l’amélioration et la construction d’infrastructures près des écoles (trottoirs, passages pour piétons, pistes cyclables, etc.), la tenue d’activités de sensibilisation ainsi que la mise en place de mesures incitatives. Les écoles de l’Iowa ont repris certaines mesures instaurées en milieu urbain telles que des autobus pédestres ou des trains de vélos chaperonnés par des parents, mais des activités adaptées à leur situation ont dû être imaginées. Dans les communautés à faible densité de population, des stations de débarquement ont été mises en place, inspirées des stationnements incitatifs des réseaux de transport en commun : les parents se rencontrent et marchent avec les enfants le reste du trajet jusqu’à l’école.

Malgré toutes les bonnes intentions, la marche et le vélo ne sont pas nécessairement des options pour se rendre à certaines écoles. La promotion de l’activité physique et du transport actif se réalise alors autrement : par exemple, le programme a permis la mise sur pied d’un club de kilométrage au sein duquel les étudiants peuvent amasser des récompenses en marchant sur une piste extérieure ou dans le gymnase, et certains professeurs ont intégré l’activité physique à leur programme d’enseignement régulier en utilisant des techniques comme « Stories in motion », où les jeunes miment activement une histoire.

Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Le rapport annuel d’activité de 2013-2014 montre que, pour l’ensemble des six comtés, c’est 14 % des étudiants qui marchent ou roulent jusqu’à l’école alors qu’en 2011-2012, c’était 22 % des jeunes.

Source: “Getting Rural Kids Walking and Biking : A Case Study From Northeast Iowa”, par Tanya Snyder, http://usa.streetsblog.org/2014/07/22/getting-rural-kids-walking-and-bik...

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BREVES

Zebrea : source d’inspiration

Par Cynthia Rivard,
crivard@solidarite-rurale.qc.ca

Un bébé et son parent qui enseignent l’empathie à des enfants, une application mobile qui permet de faire du microbénévolat, des boîtes à donner… voilà un aperçu de ce qui vous attend sur le site de Zebrea, média des solidarités créatives. Avec comme objectif de sensibiliser et d’inspirer la communauté en valorisant les initiatives porteuses de sens, Zebrea recense une foule de projets de partout, en plus de dresser le portrait de gens qui changent le monde. Une source à consulter souvent! http://zebrea.com/

 

Wikicité : la citoyenneté à l’ère numérique

Par Cynthia Rivard
crivard@solidarite-rurale.qc.ca  

L’ère numérique crée tout un bouleversement dans les façons de faire et de voir, mais elle ouvre également tout un lot de possibilités. L’Office de consultation publique de Montréal dévoilait ces possibles concernant la participation citoyenne en organisant l’événement Wikicité en février dernier. Visualisation 3D de projets d’aménagement en temps réel grâce au téléphone intelligent, consultations Web sur les budgets municipaux et cocréation étaient des sujets abordés. Généreusement, l’organisation rend maintenant disponible un site Web permettant de mieux connaître les enjeux, mais également les possibilités de l’ère numérique par le biais d’une présentation de pratiques et d’outils prometteurs. L’Office montre comment elle-même appliquera les enseignements reçus lors de l’événement et présente un lexique, question de s’y retrouver dans tout ce nouveau vocabulaire. Pour y accéder : http://wikicitemtl.com/ 

 

Néorurale.ca : blogue sur le lifestyle néorural 

Par Cynthia Rivard
crivard@solidarite-rurale.qc.ca

Cassiopée Dubois et ses comparses explorent tous les « racoins » du mode de vie rural dans leur blogue Néorurale.ca. Créé pour « laisser la parole aux néoruraux afin qu’ils y expriment leur expérience, leur vision de la ruralité et ce qui les a poussés à s’établir en région », le blogue aborde avec humour la différence rurale. Pour en savoir plus : http://neorurale.ca/

 

Le Prix Ruralia-Desjardins : 40 000 $ en bourses!

Par Amélie Germain
agermain@solidarite-rurale.qc.ca

Pour une quatrième année, Solidarité rurale du Québec et le Mouvement Desjardins remettront le Prix Ruralia-Desjardins. Le prix sera remis à quatre projets d’initiative citoyenne qui auront su mobiliser l’ensemble de leur communauté rurale et se démarquer par leur aspect rassembleur et novateur.

En nouveauté cette année, quatre bourses seront remises : soit un grand prix de 25 000 $ et trois prix de 5 000 $. Pour connaître les critères d’admissibilité ou déposer votre candidature, visitez le site Internet du prix au : http://www.ruralite.qc.ca/fr/Outils/Prix-Ruralia-Desjardins .

La date limite pour le dépôt de votre candidature est le 2 décembre 2014.

 

Des nouvelles de la coalition

Par Caroline De Hamel
cdehamel@solidarite-rurale.qc.ca

Solidarité rurale du Québec, en tant que coalition, cherche à se rapprocher de ses membres non seulement pour mieux les desservir, mais aussi pour nourrir les réflexions et les visions de la coalition. La dernière année a notamment servi à mieux comprendre leurs attentes. Les membres fondateurs ont tous été rencontrés et les membres corporatifs et individuels ont été sondés sur différentes questions. Dans la poursuite de cette démarche, un espace privilégié a été créé sur notre site Web. Cet espace membre sera appelé à évoluer pour répondre aux différents besoins.

Nous tenons à remercier tous nos membres, tant corporatifs qu’individuels, pour la confiance qu’ils nous témoignent. Nous profitons de l’occasion pour souhaiter la bienvenue à 15 nouveaux membres individuels, ainsi qu’aux organisations suivantes qui ont joint l’effectif de la coalition :

  • Localité de Radisson
  • MRC du Rocher-Percé
  • Municipalité de Cayamant
  • Municipalité de L'Ange-Gardien
  • Municipalité de Saint-Pierre-les-Becquets
  • Regroupement québécois des intervenantes et intervenants en action communautaire en CSSS

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AGENDA

1-2 octobre (C. Rivard)
Québec. Congrès de Place aux jeunes en région 

2 octobre (C. Bolduc)
Québec. Participation au forum sur la lutte contre l’intimidation

7 octobre (C. Bolduc)
Québec. Rencontre du Groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture

8 octobre (C. Bolduc)
Montréal. Participation au grand cocktail-bénéfice d’Équiterre

9 octobre (C. Bolduc, C. Thivierge, A. Vadeboncoeur, C. Rivard)
Québec. Participation à la remise des Grands Prix de la ruralité

9 octobre (C. Bolduc)
Québec. Conférencière aux deux jours pour le leadership jeunesse de la Fondation Monique-Fitz-Back et du mouvement des EVB-CSQ

21 octobre (C. Bolduc)
Amos. Conférencière à la table ronde intergénérationnelle d’étudiants

21 octobre (C. Bolduc)
Amos. Conférencière à la semaine des bibliothèques publiques

22-23 octobre (C. Bolduc)
Montréal. Participation au 10e congrès de la Fédération des cégeps

27 octobre (C. Thivierge, A. Vadeboncoeur)
Nicolet. Rencontre du comité national des agents de développement rural

28 octobre (A. Vadeboncoeur, A. Germain, C. Jacob)
Nicolet. Forum de réflexion sur la ruralité périurbaine

29 octobre (C. Jacob)
Montréal. Participation au conseil d’administration du TIESS

30 octobre (S. Bellerose, C. Rivard, A.Vadeboncoeur)
Montréal. Participation à l’assemblée générale annuelle de la revue Kaléidoscope

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